XCII LA VIE ET LES TRAVAUX
fidèle de sa personnalité. Les pensées auront sans doute un grand prix, aux yeux des hommes qui attachent quelque valeur à la nouveauté des aperçus, à la finesse des expressions, à l'éclat des images. Elles offriront aux esprits délicats une abondante et délicieuse pâture; mais les lettres de M. Joubert montrent de plus près encore l'aménité de son âme, son dévouement à l'amitié , sa philosophie sereine et naïve. Je ne sais quelles exhalaisons embaumées de douceur et de paix semblent s'échapper de leurs pages. Il y a là bien plus que le souvenir et le culte de l'antiquité ; j'ai cru y retrouver l'antiquité elle-même se reproduisant, par un caprice du hasard, sous une plume contemporaine, et j'en ai recherché les débris avec l'empressement curieux qu'on mettait à découvrir quelques épitres égarées de Pline ou de Cicéron. Mon insistance a pu même, j'ai lieu de le craindre, paraître incommode à quelquesuns de ses amis. Qu'ils reçoivent ici ou mes remercîments ou mes excuses. J'obéissais, en les fatiguant de ma prière, à un besoin impérieux, celui de montrer sous un aspect de plus cette nature d'élite jetée sur la terre comme un modèle , et qui demeurera désormais un des plus rares ornements du siècle où elle a paru. Maintenant ma tâche est accomphe. J'y ai consacré, ^.pndant trois années, tous les intervalles de loisir que me laissaient des fonctions laborieuses, car j'avais à compenser par la longueur du temps l'inhabileté de