M. EUGÈNE POITOU
Joubert était né en 1754, dans le Périgord. ]Après avoir professé chez les Doctrinaires, obligé par sa mauvaise santtl de renoncer à l'enseignement, il vint encore jeune à Paris et y vécut quelque temps dans le moiwle des lettrés et des philosophes. Là, il connut particulièrement iMarmontel, La Harpe, Diderot, d'Alembert. Il semble que le courant des. idées et des mœurs du siècle l'ait un moment entraîné. Dans ses pensées détachées, il fait de rares et lointaines allusions à cette époque de troubles et d'égarements de sa jeunesse: « Mes découvertes, dit-il quelque part, et chacun a les siennes, m'ont ramené aux préjugés. » — Et d'ailleurs : « Moa âme habite un lieu par où les passions ont passé, je les ai toutes connues. »
Diderot; ce génie étrange et fougueux, mêlé de fumée et de flamme, l'avait charmé d'abord, mais le désenchantement fut pi-ompt; Joubert avait l'esprit trop juste et le goût trop fin pour être longtemps séduit par l'emphase et les théories creuses du philosophe. Vers le même temps, il se liait avec Fontanes,^ et de ce jour naissait entre eux une amitié qui devait durer toute la vie; la conformité de l'âge, la communanté des goûts et des sentiments, un même amour des lettres, un même culte de l'antiquité et des sévères traditions, tout rapprochaii ces deux hommes faits pour se comprendre et s'aimer, mais dont l'un, avec moins d'éclat, était singulièrement