‹ CorrespondanceChapitre 71 sur 102 · CXXXVI JUGEMENTS LITTERAIRES · texte numérisé non relu

CXXXVI JUGEMENTS LITTERAIRES

si achevé, groupé autour de M. de Chateaubriand tant de figures curieuses ou célèbres du commencement de ce siècle, M. Villemain a tracé en passant un portrait de Joubert plein de finesse: « M. Joubert, dit-il, le plus ingénieux des amateurs plutôt que grand artiste, homme de loisir par sa fortune, ses goûts, sa santé délicate, était épris de la passion des lettres autant qu'on le fut au dix-huitième siècle, mais autrement. Il aimait la perfection la plus exquise : une page de Platon, quelques vers de Virgile ou d'Horace, une lettre de madame de Sévigné, une pensée de Pascal, l'occupaient et le faisaient rêver des matinées entières. La déclamation ou l'aridité philosophique lui était insupportable ; Rousseau même le choquait par mille côtés. La méthode de M. Joubert pour faire des extraits consistant à détacher des livres les passages qu'il voulait relire, il n'avait découpé de la Nouvelle Eéloîse et de V Emile qu'un petit nombre de demi-pages. Mais ce critique si dédaigneux, dont le goût pouvait paraître difficile jusqu'au caprice, ce sybarite littéraire avait parfois une facilité charmante dans les entretiens, l'instinct leplusjuste du beau et du vrai dans les arts, et la passion du génie d'autrui *• »

Le portrait est ressemblant ; mais, si j'ose le dire, il ne nous montre Joubert que de profil. A beaucoup d'égards, sans doute, Joubert était un sybarite littéraire; mais il y avait chez lui autre chose et mieux que cela. Il n'était pas en effet de ceux qui ne cherchent dans les lettres que les jouissances raffinées de l'imagination et du goût, sortes d'épicuriens lettrés, comme son ami Fontanes, jaloux seulement de la forme, assez indifférents au fond, plus préoccupés de l'élégance de leurs paroles et de l'harmonie de leurs périodes que de la recherche de la vérité et du respect des principes. C'était un esprit grave, une âme généreuse et ardente, passionnée pour la vérité et la vertu, plus encore que pour la beauté et la perfection de l'art ; ou plutôt aimant surtout le beau,

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