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II LA VIE ET LES TRAVAUX

Longtemps avant que ces lignes fussent écrites, M. deFontanes, demandant à ses dieux pénates d'écarter de son manoir les visiteurs importuns et les insipides rimeurs , s'était écrié :

Mais si Joubert, ami fidèle Que depuis trente ans je chéris, Des cœurs vrais le plus vrai modèle.

Vers mes champs accourt de Paiit, Qu'on ouvre ! j'aime sa présence; De la paix et de l'espérance Il a toujours les yeux sereins...

Que de fois sa douce éloquence Apaisa mes plus noirs chagrins !

Là ne se bornaient pas les amitiés illustres que M. Joubert comptait dans la vie. Autour de lui se pressaient une foule d'écrivains ou d'hommes de goût qui venaient puiser dans sa parole féconde des inspirations ou des conseils. Les femmes les plus distinguées de son temps entretenaient avec lui un commerce qufi n'interrompaient ni ses longs séjours en province , ni les langueurs d'une santé défaillante. On ne rencontre pas un esprit de cette portée sans lui supposer la force de produire un beau livre, ce témoignage suprême de l'humaine puissance. Ceux qui connaissaient M. Joubert prévoyaient donc et voulaient pour lui l'avenir littéraire auquel, pour sa part, il ne paraissait pas songer. M. de Fontanes lui écrivait en 1803 :

« Yous êtes dans la solitude, mon boû ami; rien ne

DE M. J. joinr.nT. iiï

4 VOUS disirait. Je vous exhorte à écrire tous les soirs, «en rentrant, les méditations de votre journée. Vous « choisirez, au bout de quelque temps, dans ces fan- « taisies de votre pensée, et vous serez surpris d'avoir tt fait, presque à votre insu, un fort bel ouvrage. Pro- « lîtez de mon conseil; ce travail ne sera pas pénible « et sera glorieux. Il faut laisser quelque trace de son « passage et remplir sa mission. »

Presque dans le même temps, M. Mole soupçonnait que cette tâche était plus avancée que M. de Fontanes ce le pensait.

« Il y a dans votre tête , et peut-être dans vos pa« « piers, » mandait-il à M. Joubert, « un volume com- « posé d'un bout à l'autre des pensées les plus rares, <( des vues les plus ingénieuses et les plus étendues , « exprimées dans les tours les plus heureux. J'ai juré <( de l'en faire sortir : ce sera le meilleur de mes ou- « vrages , et il aura pour moi le mérite de satisfaire à « la fois mon cœur et mon esprit. C'est dans le sens le u plus littéral que je le dis : je répondrais de tirer des <k papiers de la malle le plus excellent et le plus goûté « des volumes. »

Quel était donc cet homme que les plus beaux esprits de son siècle entouraient d'une affection si vive, d'une admiration si désintéressée? N'avait-il, en effet, laissé sur la terre que les vestiges inaperçus d'un talent ignoré? Confident inactif des travaux de ses amis,

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