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IV LA VIE ET LES TRAVAUX

était-il destiné à ne vivre, dans la mémoire du monde, que par les souvenirs échappés à leur plume? Ou bien la malle mystérieuse dont parlait M. Mole devait-elle laisser échapper un jour les trésors devinés par cette jeune et noble intel'Jgence?

Le livre que je publie répond à ces questions.

Cependant, quand une œuvre pareille est jetée dans le domaine httéraire, le public a le besoin et le droit d'en savoir l'histoire, d'en connaître l'auteur. C'est donc un devoir de dire ici la vie et les travaux de M. Joubert. Malheureusement ce récit, qui demanderait une plume habile, échoit à un homme livré dès sa jeunesse aux travaux sévères de l'administratioD des armées, et qui n'aborde qu'en ti^emblant la tâche inaccoutumée que le sort lui confie. N'importe : il cherchera sa force dans son dévouement; les souvenirs du foyer lui viendront en aide, et, s'il s'égare sur la route ou la parcourt d'un pas mal assuré, il puisera son excuse dans le culte domestique dont la mémoire de M. Joubert est entourée, et qui commande à sa famille ce pieux et dernier hommage.

Joseph Joubert naquit, le 6 mai 1754, àMontignac, petite ville du Périgord , où son père exerçait la profession de médecin. C'était le premier fruit d'une union qui allait être féconde. Sa naissance fut suivie,

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en effet, de celle de sept autres enfants, et son éducation dut se ressentir de la gône qu'apportait, dans une fortune étroite, la survenance de tant de puînés. Nous n'avons, au surplus, d'autres détails sur les premières années de sa \ie que ceux qu'il a donnés luim<5me dans sa correspondance. Il rend grâce au ciel « d'avoir été un enfant doux , » et raconte , avec une naïveté sous laquelle on sent des larmes, l'amour passionné qu'il avait pour sa mère, femme d'un mérite éminent, qui, à défaut d'autres richesses, avait du moins donné à ses enfants celles du bon conseil et du bon exemple.

A quatorze ans il avait appris tout ce qu'on pouvait apprendre alors dans une petite ville du Périgord. 11 partit bientôt pour Toulouse, dans le dessein d'y étudier le droit et de se consacrer ensuite au barreau. Mais il ne tarda guère à reconnaître que son instruction classique était fort incomplète, et que l'étude austère des lois répondait mal aux besoins de sa \i\e imagination. Son goût pour les travaux littéraires l'avait rapproché de quelques pères de la Doctrine chrétienne chargés de la direction du collège de Toulouse. Habiles comme les jésuites, leurs prédécesseurs, à démêler dans la foule les jeunes gens propres à honorer la congrégation, les bons pères savaient, comuie les jésuites, les attirer à eux par de riantes espérances. M. Joubert no résista pas à celles qui s'offraient à lui.

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