‹ CorrespondanceChapitre 14 sur 24 · La mort de M«« Orfila · texte numérisé non relu

La mort de M«« Orfila

Ses obsèques ont été pleines d'un deuil sincère et d'une tristesse pleine de gravité. La peine au fond de tous les cœurs , des larmes dans tous les yeux! Voilà désormais un salon fermé qui contenait tant d'heures clémentes, tant d'amitiés dévouées! Vous n'êtes pas un des moins frappés: mais qu'y faire ? Attendre et se résigner.

Il y a tantôt six semaines j'ai reçu de M. le comte de Falloux une très-aimable visite. Il était charmé, disait-il, de certain article de la Revut de Paris, à propos du R. P. Lacordaire et de M m# Svetchine. On n'eût jamais dit que ce même homme qui me témoignait tant de reconnaissance et presque d'admiration était un de ceux qui me ferment l'Académie. Ah! que j'aurais voulu voir votre aimable femme en ce moment!

Ma femme et moi nous vous serrons la main de tout notre cœur.

A M. Camille Doucet, à Paris.

Aux Rotoirs, t5 juillet 1864.

Mon cher camarade et mon cher ami,

ous êtes vraiment très-bon et très-bienveillant; je vous en remercie, et voilà Ibien longtemps déjà que je veux vous écrire, une fois pour toutes. Je n'ai pas ignoré

vos démarches auprès de plusieurs parmi vos confrères. M. Guizot me les a fait dire, et Saint- Marc-Girardin me les a racontées. Voilà de ces preuves qu'une âme honnête ne saurait oublier.

Cette nouvelle misère que vous soulagez à ma prière était digne en effet de votre intérêt. Ces pauvres vieilles sont encore trop heureuses de trouver un de leurs contemporains qui leur vienne en aide et protection. Nous ne savons pas l'adresse exacte de M Ua Charton. Elle habite un grenier de Belleville, mais le numéro nous échappe. Notre fidèle Julie, qui le sait très-bien, est à Trouville, dans sa famille. A son retour, peut-être elle nous dira cette adresse, si d'ici là vous ne Pavez pas retrouvée.

Encore une fois, croyez je vous prie, à ma reconnaissante amitié.

A M. Aug. Dufour, à Saint-Quentin.

Chers amis,

Tréport, le 3o août 1864.

ous revoilà sur ces mêmes bords de POcéan où je vous ai retrouvés. La plage est la même, et le même ciel brillant; mais je ne vois plus les deux frères,

l'aimable femme, et je n'entends plus Ven/ant qui nous chantait si bien ces heureuses mélodies :

Mon cœur, tous soupirez au nom de l'infidèle!

Que c'est ennuyeux de vieillir, que c'est bête! Il n'y a pas encore trois ans que les petits enfents venus au monde à l'ombre heureuse du château d'Eu criaient à mon passage : Vive le Roi! Je leur jetais des gros sous à l'ancienne marque... Ils crient aujourd'hui : Vive l'Empereur! Je ne leur donne plus rien, et je regrette avec un gros soupir ma misérable économie.

Enfin, voilà déjà la fin de la belle année; ayant peu les frimas, demain le collier de misère et le cercle à reparcourir.

J'ai pourtant acheté une petite maison vis-a-vi* du chalet, et je pourrai vous loger quand vous viendrez à Paris pour contempler monsieur votre petit-fils ! Mon Dieu, qu'Horace avait raison quand il disait si bien :

Oublieux du tombeau, tu bâtis des maisons!

Ma chère femme est là qui se hâte pour écrire sous ma dictée. Elle se rappelle à vos chers souvenirs. Nous vous embrassons de tout notre cœur.

A M. Diodore Rahoult, à Grenoble.

Passy, 3o décembre 1864.

ous êtes, Monsieur, un véritable artiste, un inventeur. J -aurais dit cela beaucoup mieux si j'avais eu l'espace et le loisir; mais votre digne associé M. Dardelet m'a remis ce beau livre le jeudi soir, et j'écrivais l'article le vendredi.

On a beaucoup admiré chez moi cette suite ingénieuse et piquante de compositions si diverses, et plus d'un Romain l s'est souvenu de vos peintures, dont il célébrait la composition et la belle couleur.

Ce qui fait que j'ai grande envie de vous proposer un marché de dupe, et je serai le mauvais garçon. Si vous pouviez échanger un petit morceau de peinture, un dessin, quelque chose enfin signé de vous, contre un bel exemplaire de la troisième édition d 1 * Horace , tiré sur papier vélin, et relié par un maître, je ne vous cache pas que l'échange me rendrait bien content.

Rappelez-moi, je vous prie, au souvenir de M . Dardelet, qui, lui aussi, a bien du talent, et faitesmoi l'honneur de me mettre au rang de vos amis.

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