Allusion I M. Moore, qui avait connu M. Rahoult I Rome
A M, Aug, Dufour, à Saint-Quentin.
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Ami Dufour-Coup-de-Fusil,
ous vous avons reconnu à vos magnificences, et comme en ce moment nous sommes retenu par les deux genoux et les deux pieds sur un fauteuil rembourré d'épines, Dieu sait les soupirs pleins d'envie !
Ah! disons-nous, quel grand espace il a dû parcourir, — le champ de blé, le colza, la haie et le buisson, pendant que nous nous traînons à peine sur un mètre de tapis représentant une rose ! Ah ! que Jupiter ait tout fait pour l'un, si peu pour l'autre, et que, partis du même collège, celui-ci arpente par minute un arpent de terre, et que l'autre ait grand'peineà mesurer son fossé! Il n'a fallu rien moins que l'aspect de ce lièvre, escorté de ces quatre perdreaux, pour calmer un peu notre envie, assez voisine de la haine, et, les ayant mangés bel et bien, voyez, cher ami (quel caractère admirable!), nous vous pardonnons d'être un homme heureux, leste et bien portant, heureux même en gendre !
En même temps nous nous rappelons au souvenir de tous les vôtres , de la jeune grand'mère
CORRESPONDANCE. 2ÔI
et de la jeune mère, et du philosophe, et, sachant que vous vous portez bien , nous vous serrons la main de tout notre cœur.
A M. Eugène Lambert, président de chambre
à la Cour de Rennes.
Passy, a 3 mars iS65.
Monsieur,
e suis bien touché de l'honneur que vous me faites. J'ai lu tout de suite, avec le plus vif intérêt, votre introduction aux Poésies posthumes (VÊvarisxe Boulay- Paty, et j'y ai retrouvé tout le poëte heureux, triste, et chantant et pleurant tour à tour. Il avait eu l'honneur d'être un ami de M me Svetchine; elle en parle à plusieurs reprises dans ses lettres; on voit qu'elle aime et comprend l'intime émotion, la couleur cachée et la croyance hésitante.
En toute hâte lisant, grâce à vos bontés, ce recueil suprême, j'ai voulu voir s'il contenait la belle pièce d'Évariste Boulay-Paty à M"* Svetchine. Elle s'y trouvait trop louée, et avait exigé la suppression de cette pièce, et je vois
avec peine que le poëte ait été beaucoup trop obéissant.
Certes, je parlerais bien volontiers de ces novissima verba d'un si vrai et charmant poète; mais nous obéissons à une véritable hiérarchie, et la discipline exige que mon cher confrère M. Cuvillier-Fleury soit averti le premier de ce nouveau livre. Il en parlera dignement : il aime, il honore le talent et le bel esprit. Moi, de mon côté, je trouverai bien le moyen de signaler ces chères paroles.
Agréez, etc.
A M. Diodore Rahoult , peintre , à Grenoble.
Passy, i5 mai i865.
I est arrivé tout galant, tout paré, rare et charmant, le beau jeune homme ' !
II est de bonne race et fils de bonne mère; et que vous avez bien fait de le signer, cher maître : on Peut pris pour un fils de Meissonier ! Le père Moore est enchanté, ma femme est ravie, et notre exposition ne désemplit pas. J'en suis tout ensemble heureux et honteux. Soyez cepen-
i. Le Petit Chasseur, une composition offerte à J. Janin ea échange d'un riche exemplaire de son Horace.
dant le bien glorifié et le bien remercié. Vous avez dépassé toutes mes espérances. Je vous demandais un petit dessin, vous me faites un chef-d'œuvre. Ah! quel malheur que mon fils du Petit-Bonheur, mon petit Tréjean, ne soit pas à la grande exposition ! Plusieurs m'ont dit que vos deux tableaux avaient été remarqués ; moi, le goutteux, je n'ai pas encore fait ma visite à mes amis des Champs- Elysées, mais j'irai bientôt, quand les chiens nos voisins auront cessé leurs hurlements.
Nous espérions fort que vous viendriez vousmême, et Dieu sait si vous seriez le bienvenu !
Quant à moi, je vous prie en grâce de vous rappeler que les deux ou trois relieurs de Paris sont des lambins, des capricieux, des vaniteux, des inspirés! Us travaillent à leurs heures; ils ont peur de maculer le papier nouveau. Bref, il faut les attendre, et voilà pourquoi vous ne recevrez pas avant deux mois d'ici mon Horace... Oui, mais il sera digne d'un si bon peintre et d'un si bel envoi !
Je vous dis mille amitiés;
Au prince Galitfin.
Passy, le 16 mai i863.
ensez donc, cher seigneur, si j'ai manqué contre la destinée en arrivant juste lau moment où vous sortiez du chalet de Passy! Je courais, je courais, portant mes hommages et mes vanités. L'horrible tâche et que je suis malheureux!
Voici donc ce qui s'est passé entre les arbitres de mes nouveaux destins :
M. Autran, qui avait eu, Tan passé, tout ce qu'il pouvait avoir, a perdu quelques voix dans la bagarre. Alors M. Thiers et M. Guizot se sont entendus sur leurs protégés respectifs. M. Guizot, qui me protège , au fond ne tient guère à moi ; M. Thiers, qui a voté contre moi.,, je lui suis trèssympathique. Ils ont arrêté ce qui suit : « Moi, Thiers, je voterai pour J. J. -Ampère, — Moi, Guizot, pour Autran-de Vigny. » C'était convenu. Mais (nouvel incident) trois jours après surgit M. Cuvillier-Fleury, qui me prend naturellement M. Guizot. Je m'incline. Oui, mais un toile général ! De vraies clameurs dans le camp d'Agramant. Si bien que nouvelle débâcle! Alors j'ai vu M. Thiers, il était revenu à J. J. J'ai vu
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cet admirable et charmant Berryer, il m'a reçu comme un des siens...
Aujourd'hui même, sur le conseil de M. de Sacy (qui me reste avec Saint-Marc-Girardin), j'ai écrit à M. Villemainque je me présentais entre les deux fauteuils. Je n'aurai ni l'un ni l'autre; et, ma foi, ça sera bien fait! Qu'allais-tu chercher dans cette galère , animal !
Voilà, belle Emilie, à quel point nous en sommes...
Au néant ! à l'impossible ! à l'absurde ! à l'hébétement ! Nommez Bonaparte, et que ce soit fini!
Je vous salue , et je vous prie en grâce de me pardonner ce que je vous écris là.
Votre attristé, exécuté, ahuri.
A M. Gustave Révilliod, à Genève.
Passy, a 5 décembre i865.
Mon cher ami,
e viens encore de recevoir un bon témoignage de votre aimable et constante amitié. Vous avez un rayon à part dans ma bibliothèque, et bien souvent j'admire un zèle que rien ne lasse , une ardeur que rien n'ar-
réte. Ah! que c'est beau d'être un citoyen purement et simplement, sans autre ambition que de rechercher les titres de sa république, et sans autre récompense que de les lui rendre expliqués, commentés, glorifiés! Ainsi, vous laisserez une trace ineffaçable dans l'histoire de votre Genève bien-aimée, et, votre tâche accomplie, il y aura pour vous bien de l'honneur.
Recevez donc mes félicitations tout ensemble avec mes meilleures actions de grâces.
Ma chère femme, ici présente, et qui tient la plume, se joint à moi pour que nous vous envoyions nos amitiés les plus sincères et les plus dévouées.
A Madame Mennessier-Nodier.
Passy, le 1 5 mai 1866.
ertes, je suis très-malheureux et bien maladroit de déplaire à l'une des femmes dont j'ai gardé le plus honorable et le plus cher souvenir, à la fille de Nodier, à l'aimable et très-grande artiste, honneur de notre monde lettré. Je vous vois encore à dix-huit ans! J'entends encore à mon oreille charmée ces beaux airs que vous composiez sur les chefs-d'œuvre
naissants. O belles heures si loin de nous! charme envolé! regrets superflus!
Mais cette histoire qui vous fâche, hélas! je l'ai copiée, et mot à mot, dans les mémoires que M ma Victor Hugo écrivait il y a deux ans, dans tes Mémoires de sa jeunesse. Elle est là tout entière; et si j'avais pensé que tout cela eût été fiction, je ne serais pas tombé dans la faute de M" a Hugo elle-même.
Voici donc ma première excuse, et la seconde est toute remplie de mes louanges, de mon admiration , de mon respect pour le cher maître et doux compagnon de notre heureuse et libre jeunesse. Il me semble, au nom de Nodier, que nos belles années vont reparaître, et si quelque injuste esprit l'accuse, ô dieux et déesses de la vingtième année! à coup sûr ce quelqu'un -là n'est pas de notre génération.
J'écris à l'instant même au rédacteur du Grand Journal y et le vais gourmander de la belle sorte. Il est animé des meilleurs sentiments, mais c'est jeune encore, oublieux, fantaisiste... Il vous obéira, soyez-en sûre.
Ma chère femme est ici , dans le jardin , et se rappelle à vos bons souvenirs.
Pardonnez-moi , et croyez, je vous prie, au dévouement, aux respects, aux repentirs de votre ami.
A M. le conseiller Charles Desmaçes.
27 juin 1866.
Cher monsieur,
'ai lu d'un bout à l'autre, avec pitié, avec terreur, ce livre formidable, ému, curieux , des Supplices ' , semblable au fameux traité de Pignorius, De Servio. Mais que j'ai donc regretté de n'avoir pas mis sous vos yeux un livre abominable, ornement de ma bibliothèque, dans lequel sont contenues, représentées ad vivum, toutes les façons de tuer un homme, et par le fer, et par le feu, par toutes les géhennes, à cordes et crocs ; grands hommes et martyrs !
Je l'ai moi-même intitulé : Les Supplices : on eût dit que je prévoyais. Avant peu de temps, un mien confrère qui n'a rien à me refuser, un certain Éraste (de V Indépendance belge), écrira quatre ou cinq colonnes tirées de ce livre de fer.
Laissez-moi cependant vous bien remercier de votre bonne grâce à citer les belles lignes de
I. Les Pénalités anciennes , supplices et prisons, par Charles Desmazes. — Pion, éditeur (1866).
M. Monteil parlant de son ami J. J f , qui l'entourait de tant de louanges et de respects.
Et daignez agréer les meilleures déférences de votre obéissant et tout dévoué serviteur.
A M. Clément Janin.
Passy, le 5 juillet 1866.
Mon cher neveu,
MïM
ods m'avez adressé une aimable lettre, et si je réponds un peu tard, c'est que [je prépare en ce moment ma saison d'été, pour parler comme les magasins de la ville de Paris. Nous partons pour la Normandie; et cependant laissez-moi vous dire à quel point je suis touché de vous voir suivre avec tant d'intérêt mes petites publications. J'écris de mon mieux ; mais, sitôt que mon livre a vu le jour, bonsoir à la compagnie! et je le traite en fils adultérin, je n'y pense plus.
Un de mes étonnements, c'est que vous ayez découvert V Amour des livres. Comment donc avezvous fait (je le dis à ma honte) pour obtenir ce bluet, dont pas un exemplaire ne restait chez le libraire à quatre heures de relevée? En même temps je découvre que vous êtes un bibliophile,
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un ot$ nôtres y un de ces bons à rien qui perdent leur vie à ramasser des feuilles errantes. Prenez-y garde! Il n'est pas de plus sûr moyen d'aller à l'hôpital. Tout à l'heure encore un commissairepriseur de la dernière vente vient de m'enlever le peu d'argent qui me restait pour mes menus plaisirs.
Je suis content que M. Noël marche à grands pas dans les sentiers de la vie. Il y trouvera, fc malheureux, bien des obstacles ; mais enfin, avec un peu de chance, on arrive à bien mourir. Voilà désormais toute mon ambition. Je suis sûr, grâce à Dieu, de laisser une bonne renommée, et pour la continuer une vaillante femme ! Et Dieu sait
si je fais des vœux pour qu'elle soit une providence à tant d'enfants de cette innombrable famille que ma sœur augmente chaque jour avec un épouvantable acharnement. Que d'enfants!
que d'enfants ! que de pauvres diables ! Hier encore on accomplissait un mariage, un fécond mariage. O saint Malthus !
Heureusement que je ne verrai pas les arrivants, plus nombreux que les sables de la mer. Noël et sa sœur, en voilà assez. Veillez-y, ô sage et prudent bibliophile! On aurait de si beaux livres avec les catéchismes, les grammaires et les rudiments de ces mangeurs de tartines en résiné!
Sur quoiji nous rappelle à vos bons souvenirs, vous embrassant de tout cœur.
Votre ami bien vieux, brisé, cassé, vermoulu.
A M. Gustave Cohen, à S aint-É tienne.
Passy, le 9 juillet 186O.
ertes, Monsieur, ma peine est grande, et vous me voyez tout chagrin de ce défaut. Mais qui donc eût pensé que ces trois cents exemplaires seraient enlevés comme un pamphlet venu de Claremont ' ? Je n'ai sauvé de cette émeute que l'exemplaire au nom de ma chère femme, et, quand j'envoyai pour en acheter une douzaine, le libraire se mit à rire. O rire honorable et disgracieux!
J'ai retrouvé deux épreuves. Voulez-vous me permettre de vous envoyer ce fragment? C'est plein de fautes : voilà pourquoi j'espère un bon accueil du bibliophile Cahen. Vous portez, Monsieur, le nom d'un homme admirable, le vrai traducteur de la Bible, un savant non récompensé. Je l'aimais et je l'honorais de tout mon cœur.