‹ Correspondance littéraire (volume 2)Chapitre 120 sur 167 · QUATRAIN SUR DORAT · texte numérisé non relu

QUATRAIN SUR DORAT

Il eut des mots, des riens charmants, Il fut léger, doux, presque tendre; Je crains seulement dans vingt ans Qu'on ait de la peine à l'entendre.

— On a donné au Théâtre-Français, le vendredi 1k avril, la première représentation de la Fausse Apparence, comédie en trois actes, en vers, par M. Imbert, l'auteur du Jugement de Paris, du Jaloux sans amour, etc. La Fausse Apparence, comme la plupart de nos pièces modernes, n'offre qu'un fonds très léger, et ne se soutient que par des détails plus ou moins heureux. Ce joli ouvrage, écrit d'ailleurs d'un style brillant et facile, a été parfaitement bien joué : le rôle du mari jaloux, par Mole, celui de l'amoureux, par Fleury ; le rôle de la femme, avec beaucoup d'intérêt, par Mme Petit- Vanhove ; celui de la sœur, par M"e Contât, avec infiniment d'esprit et de grâce.

— On vient de donner enfin ces jours passés, au Théâtre de Monsieur, une comédie française qui a réussi, le Conseil imprudent-, cest une imitation de la pièce de M. Goldoni, intitulée Un Curioso Accidente. Le sieur Paillard elle, qui l'a traduite, y joue le principal rôle, et le joue avec une grande vérité. Cet acteur a un organe assez ingrat, peu de maintien, même une sorte de disgrâce; mais il est impossible d'entendre mieux la scène et de faire oublier plus parfaitement l'acteur, pour ne laisser voir que le personnage dans tous les moments et dans toutes les nuances de l'action.

— Nous nous sommes empressés de vous annoncer le

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Voyage dTAnacharsis au moment où l'ouvrage a paru1; nous avons mis moins d'empressement à vous rendre compte de la sensation qu'il avait faite, et du jugement que nous avions osé en porter. Aujourd'hui que l'opinion qu'on peut avoir du mérite de cet ouvrage parait plus généralement arrêtée, nous nous permettrons d'en parler avec plus de confiance. Peu de livres avaient joui, même avant d'être publiés, d'une aussi grande faveur; la réputation de l'auteur, l'estime personnelle qu'il a méritée à plus d'un titre, l'attente où l'on était depuis longtemps d'un travail qui avait occupé pour ainsi dire sa vie entière, tout justifiait une prévention si favorable ; aussi la première édition du livre a-t-elle été enlevée en moins de deux mois. C'est en effet un des plus riches monuments qu'on ait encore élevés à la gloire du peuple le plus intéressant de l'univers; il n'existe, je crois, en aucune langue, rien de si exact, rien de si complet sur les arts, les sciences, la religion, la politique, les usages et les mœurs de la Grèce, et dans notre langue il est au moins peu d'ouvrages dont le style soit d'une correction aussi pure, d'une

- tnce aussi continue. Que lui manque-t-il donc? rien que du talent et de l'imagination. Il n'y en a point dans le plan; il n'y en a guère plus dans les détails de l'exécution.

M. l'abbé Barthélémy nous a révélé lui-même dans un avertissement tout le secret de sa composition. Il suppose qu'un jeune ScUhe nommé Anacharsis vient en Grèce quelques années avant la naissance d'Alexandre, et que d'Athènes, son séjour ordinaire, il fait plusieurs voyages dans les provinces voisines, observant partout les mœurs et les usages des peuples, assistant à leurs fêtes, étudiant la nature de leur gouvernement, quelquefois consacrant ses loisirs à des recherches sur les progrès de l'esprit humain, d'autres fois conversant avec les grands hommes qui (lorissaient alors, etc. C'est à cette supposition que se sont bornés tous les efforts de son génie, et il n'en a pas tiré plus de parti dans tout le cours de l'ouvrage que dans l'avertissement qu'on vient de citer ; ainsi la fiction qu'il s'est permise n'est qu'un vain cadre dans lequel il a tâché d'enchâsser de son mieux les résultats plus ou moins importants de ses savantes et laborieuses recherches. Il n'en résulte aucune sorte de mouve-

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