‹ Correspondance littéraire (volume 2)Chapitre 138 sur 167 · ANECDOTE SUR LE MASQUE DE FER · texte numérisé non relu

ANECDOTE SUR LE MASQUE DE FER

H. de La Borde, ancien valet de chambre du roi, a trouvé

1. C'est là une des mille conjectures auxquelles on s'est livré sur le prisonnier inconnu qui a excité dans tous les temps une curiosité d'autant plus vive qu'il

xv. 32

dans les papiers de M. le maréchal de Richelieu une lettre originale de la duchesse de Modène, fille du régent, au maréchal qui était alors son amant. Cette lettre commence par ces mots qui sont en chiffres :

u Voici enfin la fameuse histoire. J'ai arraché le secret. Il m'a horriblement coûté... »

Vient à la suite l'histoire du Masque de fer, d'après la déclaration faite par son gouverneur au lit de la mort, telle qu'elle suit.

« Pendant la grossesse de la reine, deux pâtres se présentèrent et demandèrent à parler au roi, et lui dirent qu'ils avaient eu une révélation par laquelle ils avaient appris que la reine était grosse de deux Dauphins, dont la naissance occasionnerait une guerre civile qui bouleverserait tout le royaume. Le roi écrivit sur-le-champ au cardinal de Richelieu, qui lui répondit de ne point s'alarmer et de lui envoyer les deux hommes, qu'il s'assurerait de leurs personnes et les enverrait à Saint-Lazare.

« La reine accoucha à l'issue du dîner du roi d'un fils (Louis XIV) en présence de toutes les personnes qui, par état, sont présentes aux couches de la reine, et l'on dressa le procès-verbal d'usage.

« Quatre heures après, Mine Perronet, sage-femme de la reine, vint dire au roi, qui goûtait, que la reine sentait de nouvelles douleurs pour accoucher. Il envoya chercher le chancelier et se rendit avec lui chez la reine, qui accoucha d'un second fus plus beau et plus gaillard que le premier. La naissance fut constatée par un procès-verbal qui fut signé par le roi, le chancelier, Mme Perronet, le médecin et un seigneur de la cour, qui devint par la suite le gouverneur du Masque de fer, et fut enfermé en même temps que lui, comme on le verra incessamment.

« Le roi dressa lui-même, à trois fois différentes, avec le chancelier, la formule du serment qu'il fit prêter à tous ceux qui avaient été présents à ce second accouchement de ne révéler ce secret important que dans le cas où le Dauphin viendrait à mourir,

est douteux maintenant qu'elle soit jamais satisfaite. Nous croyons inutile de mentionner ici les nombreux ouvrages publiés sur ce personnage mystérieux que l'on disait être le comte de Vermandois, le duc de Beaufort, le duc de Montmouth, le comte Matthioli, ministre du duc de Mantoue, un frère jumeau de Louis XIV, un enfant adultérin d'Anne d'Autriche et du duc de Kuckingham, le fruit d'un mariage secret de celte princesse, devenue veuve, avec Mazarin, et enfin une victime des Jésuites. (Gh.)

et il leur fit jurer de n'en jamais parler, même entre eux. On remit l'enfant à M" Perronet, qui eut ordre de dire que c'était un entant qui lui avait été confié par une dame de la cour.

«Lorsque reniant parvint à l'âge de passer aux hommes, on le confia à ce même homme qui avait été présent à sa naissance, et il se rendit avec son élève à Dijon, et de là entretenait une correspondance suivie avec la reine mère, le cardinal Mazarin et le roi. Il ne cessa pas d'être courtisan dans sa retraite; il eut pour le jeune prince le respect qu'un homme de cour conserve pour celui qui peut devenir son maître. Ces égards, que le prince ne pouvait expliquer dans un homme qu'il regardait comme son père, donnaient lieu à de fréquentes questions sur sa naissance, sur son état. Les réponses n'étaient point satisfaisantes. Un jour le jeune prince demanda à son gouverneur le portrait du roi (Louis XIV); le gouverneur déconcerté répondit par des lieux communs; il usa des mêmes ressources toutes les fois que son élève cherchait à découvrir an mystère auquel il paraissait mettre chaque jour plus d'importance. Le jeune homme n'était point étranger à l'amour; ses premiers vœux s'étaient adressés à une femme de chambre de la maison; il la conjure de lui procurer un portrait du roi; elle s'y refusa d'abord, en alléguant l'ordre qu'avaient reçu tous les gens de la maison de ne lui rien donner hors de la présence de leur maître. Il insista, et elle promit de lui en procurer un. A la vue du portrait il fut frappé de sa ressemblance avec le roi, et se rendit auprès de son gouverneur, lui réitéra ses questions ordinaires, mais d'une manière plus pressante et plus assurée; il lui demanda de nouveau le portrait du roi. Le gouverneur voulut encore éluder : « Vous me trompez, lui dit-il, voilà le portrait du roi, et une lettre qui vous est adressée me dévoile un mystère que vous voudriez en vain me cacher plus longtemps. Je suis frère du roi, et je veux partir à l'instant aller me faire reconnaître à la cour et jouir de mon état. » (Le gouverneur dit, dans sa déclaration de mort, qu'il n'a jamais pu s'assurer par quel moyen le jeune prince s'était procuré la lettre qu'il lui montra; il dit seulement qu'il ignore s'il avait ouvert une cassette dans laquelle il mettait toutes les lettres du roi, de la reine et du cardinal Mazarin, ou s'il avait intercepté la lettre qu'il lui montra.) Il renferma le prince et envoya sur-le-champ un courrier à Saint-Jean-de-Luz, où était la cour, pour traiter de la

paix des Pyrénées et le mariage du roi. La réponse fut un ordre du roi pour enlever le prince et le gouverneur, qui furent conduits aux îles Sainte-Marguerite, et ensuite transférés à la Bastille où le gouverneur des îles Sainte-Marguerite les suivit. »

M. de La Borde, qui a été longtemps dans la familiarité de Louis XV, a rapproché ce récit des conversations qu'il avait eues avec le roi sur ce Masque de fer, et elles s'y rapportent assez.

Sur la curiosité qu'il a souvent montrée à Louis XV sur cette histoire vraiment extraordinaire, le roi lui répondait toujours : « Je le plains, mais sa détention n'a fait de tort qu'à lui et a prévenu de grands malheurs ; tu ne peux pas le savoir. ;> Et à ce sujet, il lui rappelait qu'il avait témoigné dans son enfance la plus grande curiosité d'apprendre l'histoire du Masque de fer, et qu'on lui avait toujours répondu qu'il ne pouvait le savoir qu'à sa majorité; que le jour de sa majorité il l'avait demandée, que les courtisans qui assiégeaient la porte de sa chambre se pressèrent autour de lui en l'interrogeant, et qu'il leur avait répondu : «Vous ne pouvez pas le savoir. »

M. de La Borde a compulsé les registres de Saint-Lazare, mais ils ne remontent point à l'époque de la naissance de Louis XIV.

— Les Époux réunis, comédie en un acte, en prose, représentée pour la première fois au Théâtre-Italien le vendredi 31 juillet, a eu quelque succès. Nous en ignorons l'auteur. L'idée de cette petite pièce est tirée d'un drame, ou plutôt du cinquième acte d'un drame allemand de M. le baron de Gemingen, intitulé le Père de famille. La marche de ce petit ouvrage est en général faible et lente, mais le ton et le style en sont agréables et faciles. On l'attribue à une femme l.

— M. Cérutti, à qui la révolution actuelle a déjà inspiré plusieurs excellents ouvrages, Mémoire au peuple français 2 Observations rapides 3, Êtrcnnes au publie 4, Exhortation à la concorde b, etc., vient d'en publier encore un relatif aux mêmes intérêts ; il est intitulé Vues générales sur la Constitution française, ou Exposé des droits de V homme dans l'ordre natu-

Page 1