‹ Correspondance littéraire (volume 2)Chapitre 149 sur 167 · Tite-live, livre II, chap. V · texte numérisé non relu

Tite-live, livre II, chap. V

rable; les draperies du plus beau style et le ton précisément celui qui convient le mieux au sujet.

Les Amours de Paris et d» Hélène (pour M. le comte d'Artois), par le même. La scène se passe dans une salle de bains assez richement ornée dans toute la pureté du costume grec. Paris est assis au pied d'un lit dont la couverture de pourpre relevée avec négligence parait indiquer assez L'instant choisi par l'artiste. Une de ses mains soutient une lyre posée sur son genou, l'autre presse celle d'Hélène qui s'appuie languissamment sur lui dans une attitude remplie tout à la fois de grâce, de modestie et de volupté. Paris semble jouir de l'impression délicieuse que vient de faire sur elle le souvenir des transports qu'exprimait cette lyre enchanteresse. Un manteau jeté légèrement sur les épaules de Paris laisse voir toute la beauté dont les dieux douèrent l'heureux berger du mont Ida. Ce tableau prouve que le talent de M. David peut se plier à plus d'un genre. Je n'ai rien vu de plus parfaitement beau que le corps de Paris dans tout son ensemble, dans tous ses détails. Hélène a peut-être un caractère de beauté moins noble, moins pur, mais l'artiste a répandu sur ses traits le charme le plus touchant, elle respire tout l'abandon, toute l'ivresse de l'amour. On doit se méfier de son jugement lorsqu'on examine l'ouvrage d'un homme aussi rare, mais j'avouerai que l'effet général de cette dernière composition me paraît moins heureusement senti que celui de ses autres tableaux ; il a, ce me semble, quelque chose de vague, d'incertain. J'avouerai encore que quelque admiration que m'ait inspirée l'exécution précieuse de tous les détails, il m'a toujours paru que c'était un défaut de convenance de présenter un homme presque entièrement nu à côté d'une femme habillée; la surprise des yeux n'attend pas même celle de la réflexion. Si le ton des chairs n'est pas une des parties les moins admirables de ce tableau, celui des draperies nous paraît loin d'avoir la même vérité. C'est aussi le sentiment de M. Renou.

Le Déluge, par M. Regnault. On doit le compter assurément au nombre des tableaux les plus remarquables de cette exposition. La pensée en est simple. Toute la contrée paraît entièrement submergée. Sur le devant on voit un jeune homme portant sur ses épaules un vieillard et se traînant péniblement à travers les eaux dans l'espoir d'atteindre encore la cime décou-

verte de quelque rocher ; à ses côtés est une femme qui, prête à se noyer, recueille encore un reste de forces pour soulever l'enfant qu'elle tenait dans ses bras. Toutes ces figures sont d'un choix intéressant et d'un très-beau dessin, mais on remarque trop d'égalité dans le ton des chairs ; on ne voudrait pas que la lumière fût aussi également répandue partout. On pense encore que la scène aurait eu plus d'effet si le peintre l'avait placée sur un plan plus reculé. L'ensemble du tableau n'offre pas à l'œil l'idée d'un espace assez grand. Il est impossible de ne pas comparer ce tableau avec celui de la galerie du Luxembourg. Ce n'est aussi qu'un petit tableau que ce chef-d'œuvre du Poussin, mais combien l'étendue qu'il embrasse est plus vaste, combien l'effet qu'il produit est plus sombre et plus terrible ! On n'y distingue également qu'un petit nombre de figures, mais tout annonce que ce sont là les seuls restes de l'humanité entière, tout rappelle que voilà le dernier moment de la nature expirante.

La Descente de croix, du même artiste, prouve aussi beaucoup de talent; le style tient des meilleurs maîtres de l'Italie. La figure du Christ et celle de la Vierge, de la Madeleine et de saint Jean sont très-belles. On croit cependant que la tête de la Vierge n'est pas parfaitement ensemble. Ce tableau est pour la chapelle royale de Fontainebleau.

Sabinus et Éponine découverts arec leurs enfants dans leur retraite par les soldats de Vespasien, par M. Taillasson. Le sujet est conçu avec esprit. Il y a de l'intérêt dans les têtes de Sabinus et d'Éponine, beaucoup d'expression dans celle de l'un des enfants, mais le ton général du tableau est un peu gris. La scène moins éclairée aurait eu plus d'effet. Son Herminie, sa sainte Cécile et son Abélard manquent de couleur.

Ulysse sortant de Sparte avec Pénélope pour retourner à Ithaque, ou la Pudeur, par M. Le Barbier. « Icarius ayant marié sa fille à Ulysse fit d'inutiles efforts pour engager son gendre à se fixer à Sparte. Au moment qu'il le vit partir pour Ithaque, il redoubla ses instances et se mit à suivre son char. Las de tant d'importunités, Ulysse dit à sa femme d'opter entre son père et son époux ; alors Pénélope rougissante ne répondit qu'en mettant un voile sur son visage. Voyez Pausanias. »

Ce sujet présente peu d'action, mais il exige beaucoup de grâce et une grande finesse dans l'expression. M. Le Barbier ne

parait pas avoir vaincu toutes les difficultés d'une entreprise si délicate. On trouve plus d'invention, plus de talent dans ses dessins, particulièrement dans ceux qui sont destinés pour la belle édition des Œuvres de1 Gessner. Son portrait (Y Henri, dit Dubois, soldai des gardes-françaises qui est entré le premier à la Bastille, a le mérite d'une grande ressemblance.

Les portraits de M. Vestier sont bien peints, bien dessinés et d'un très-bon effet. On a distingué avec raison celui du pauvre chevalier de Latude qui, retenu plus de trente ans dans les prisons d'État, s'en est échappé plusieurs fois, et entre autres de la Bastille, par l'industrie la plus admirable, mais qui n'a dû enfin sa liberté qu'à la pitié courageuse de la dame Le Gros.

La Mort de Soerate (pour le roi), par M. Peyron. On en avait déjà vu l'esquisse au dernier salon. Ce tableau a de l'harmonie, les lumières y sont bien distribuées, il est d'un effet très-séduisant ; on en trouve cependant le ton un peu noir; mais ce n'est pas le reproche le plus essentiel que lui ait fait la critique. Soerate, dit-on, regarde hors du tableau et n'est point à la scène ; le geste de la main droite est insignifiant et tient ta la manière ; l'action de la gauche n'est pas déterminée. Toutes les figures qui forment l'ensemble de cette scène sont isolées et ne participent point à la scène principale, à l'exception de l'esclave qui lui présente la coupe, ce qui paraît prouver que M. Peyron s'occupe plus des formes pittoresques que du fond des sujets.

La Halle aux blés, morceau peint à la gouache et à l'aquarelle (31 pouces de large sur 23 de haut), par M. le chevalier de Lespinasse. Cette vue est prise à la distance de 28 toises. L'œil du spectateur est placé à la hauteur de 30 pieds et l'heure du jour entre midi et une heure. La perspective et le trait présentent la précision la plus parfaite et l'effet est de la plus grande vérité.

Mort de Sénéque (pour le roi), par M. Perrin. L'artiste a choisi le moment où Sénèque étant expiré, on éloigne Pauline, son épouse, par l'ordre de Néron. Ce tableau a paru en général d'un dessin lourd et pénible. La figure de Sénèque ressemble trop à celle d'un Christ; elle est aussi d'une nature trop forte et manque de noblesse. On reproche le même défaut à la tête de Pauline. Il y a cependant une sorte de grandeur dans l'ensemble de la composition, une manière assez large, du moins dans la distri-

bhO CORRESPONDANCE LITTÉRAIRE.

bution des masses. Le ton et l'effet sont harmonieux, l'exécution fort soignée. Son tableau représentant la Mort de la Vierge nous paraît d'un plus grand caractère. Ce tableau est destiné à décorer le chapitre des Chartreux.

Les paysages de M. de Valenciermes ont en général un grand mérite, singulièrement par la beauté du style et la netteté des plans, mais on leur reproche d'avoir trop généralement un ton jaune, ce qui leur donne la même physionomie. A en juger par le catalogue, on pourrait prendre tous ces paysages pour des tableaux d'histoire. L'un est intitulé Œdipe trouvé par le berger; l'autre Pyrrhus apercevant Philoctète dans son antre à l'île de Lemnos} etc. Ces scènes historiques ne se trouvent cependant placées que dans un coin du tableau et n'ont jamais été traitées par l'artiste que comme de faibles épisodes du sujet principal. Le second de ces tableaux offre beaucoup plus d'intérêt que le premier. Le désordre que l'on suppose devoir régner dans un lieu inhabité est supérieurement rendu, tout y porte un grand caractère. Le tableau qui représente une Ville antique où des paysans s'exercent à la course sur un troisième plan est d'un effet très piquant. Le chemin du devant a paru d'un ton trop égal.

Sainte Thérèse, par M. Girou (pour la cathédrale de Boulogne-sur-Mer). — La figure a de la noblesse dans le mouvement et de l'inspiration dans la tête. Le rayon de lumière qui éclaire le haut de la figure fait une belle opposition avec la lumière du jour qui éclaire la partie inférieure, mais la couleur en est un peu sèche.

Les portraits de M. Mosnier ont presque tous de la ressemblance et de la vérité, mais le tableau qui représente Une femme avec sa petite fille est celui qui a réuni le plus de suffrages ; il est d'un beau coloris et l'effet en est piquant.

C'est la première fois que M. Dumont, peintre de miniatures, expose ses ouvrages au salon. On y trouve plus de pratique que de nature ; le ton de tous ses portraits a paru trop noir et la manière toujours la même.

La Grange ruinée que le soleil éclaire à travers plusieurs solives est le morceau de réception de M. Légillion. On remarque dans ce tableau, comme dans ses autres ouvrages, une touche indécise, un ton vague. Cet artiste ne paraît être qu'imitateur des autres peintres.

Une corbeille renversée et remplie de différente* fleurs, par M. Corneille Van Spaendonck. ; c'est aussi le morceau de réception de l'auteur. Ce nouvel académicien a mérité le plus grand éloge qu'on puisse obtenir dans ce genre. Au beau fini des tableaux de son frère il a su ajouter une plus grande harmonie, un ton plus vigoureux.

M. Bilcoq réussit toujours parfaitement dans l'imitation de la nature morte. Ses tableaux ont cependant de la sécheresse et l'on y remarque beaucoup de réminiscences.

Les miniatures exposées cette année par M. Hall sont en petit nombre, mais elles nous ont paru faites pour ajouter encore à la réputation de cet artiste. C'est le même esprit, la même grâce, avec une touche plus ferme et plus finie.

l'absence.

Page 1