‹ Correspondance littéraire (volume 2)Chapitre 18 sur 167 · Voir tome XIV, page · texte numérisé non relu

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perdre encore la douce habitude; il y a plusieurs morceaux dans cet opéra qui seraient faits pour donner les plus grandes espérances.

— Observations fondamentales sur les langues aneiennes et modernes, ou Prospectus de l'ouvrage intitulé la Langue primitive conservée, par M. Le Brigant, avocat. Brochure in-4°.

On sait que MUe Kerkabon, cette bonne tante d'Hercule l'Ingénu, avait toujours pensé que la plus belle de toutes les langues était le bas-breton ; c'est précisément l'opinion que M. Le Brigant cherche à établir dans cet ouvrage, de toute la puissance de son génie et de son érudition. Il fera voir : 1° la filiation historique et critique des langues de l'ancien et du nouveau monde depuis l'origine du celtique jusqu'à présent; cette filiation, démontrée par les monuments de l'histoire et par ceux de la nature, sera fortifiée de preuves que cette langue, qui remonte à la plus haute antiquité, s'est conservée entière, et qu'elle est actuellement parlée et usuelle en Basse-Bretagne et dans la principauté de Galles. La seconde partie de son livre contiendra la grammaire et la syntaxe de cette langue primitive encore existante; la troisième, une méthode pour décomposer les mots des autres langues par les monosyllabes radicaux du celtique ; la quatrième, un vocabulaire et un dictionnaire complet des radicaux monosyllabiques et des mots composés de cette langue, sous chacun desquels on a rassemblé les altérations, les modifications, les extensions de leur sens propre ou figuré chez les différents peuples.

Ce bel édifice pourrait bien n'être au fond qu'une caricature du système développé par le président de Brosses, dans son Traité sur la formation mécanique des Uingues, lequel prouve au moins ingénieusement qu'il est des sons primitifs qui se retrouvent dans les origines de toutes les langues, plus ou moins purs, plus ou moins composés. Quoi qu'il en soit, on ne saurait refuser à M. Le Brigant le mérite d'un travail très-opiniâtre et d'une sagacité souvent assez heureuse.

— Les Amants d autre fois, par Mme la comtesse de Beauharnais. Trois volumes in-8°.

C'est le titre qu'il a plu à Mme de Beauharnais de donner à un recueil de contes, de romans et de pièces fugitives dont la plupart étaient déjà connues. Le premier ouvrage de ce recueil est

un poëme erotique, en prose, intitulé Azèmir le Grand; ce poème est en douze chants comme YÉnéide. Au commencement l'on est tenté de croire que l'intention de l'auteur était de peindre Louis XIV; en continuant de lire, on est bien plus tenté de ne rien croire du tout; c'est de la magie sans invention, de l'héroïsme sans chaleur, sans intérêt, de la monotonie la plus triste et la plus langoureuse. On lit avec moins de peine deux Nouvelles tirées des OEuvres de Bandel, surtout l'histoire de Violente; à force d'être bizarre, elle a du moins une sorte de caractère. Cette Violente a un vieil époux et un jeune amant, nommé Octave. Dangereusement malade, elle est bientôt réduite à l'extrémité; Octave vient la voir, le mari survient, on se détermine à cacher l'amant dans un grand coffre. Violente cependant touche à son dernier moment ; elle montre à son mari le coffre qui renferme Octave, lui dit qu'il contient des effets auxquels elle est extrêmement attachée, et exige que sans l'ouvrir on l'enterre avec elle. Elle ferme les yeux. Vous allez craindre que l'amant ne fasse du bruit; non, il se résigne et se laisse porter paisiblement dans un caveau funèbre. Heureusement le vieux époux a deux neveux qui croient que ce coffre renferme de grandes richesses; ils viennent la nuit pour s'en emparer, l'ouvrent; le jeune homme en sort tout habillé ; cette apparition leur fait prendre la fuite. Octave n'en est pas moins décidé à suivre les dernières volontés de sa belle inhumaine, il va terminer ses jours auprès d'elle; mais, avant de se frapper, il hasarde un dernier baiser; ô miracle de l'amour! il sent palpiter deux cœurs, Violente n'est pas morte, etc. Si ce n'est pas là un amant d'autrefois, c'est encore mieux, c'est un amant de l'autre monde.

La Marmotte au bal est une espèce de conte philosophique dont l'objet principal est d'attaquer l'injustice avec laquelle le public juge les productions de nos Sapho modernes. On ne peut se dissimuler que Mme la comtesse de Beauharnais n'a pas trop de raisons de s'en louer. Il y a dans ce petit ouvrage une volubilité de style vraiment rare; on y trouve des pages entières du babil le plus sémillant et d'un persiflage dont le génie même de Dorât aurait pu être jaloux.

— Le passage de Massillon que Mme de Genlis a pris pour épigraphe de son dernier ouvrage n'a pas paru d'un choix aussi

heureux que celui qu'une femme de ses amies lui a conseillé d'y substituer; le voici : Saurait enflé de quelques lumières qu'on croit avoir puisées clans des lectures plus recherchées, on veut tout instruire sans connaissance, tout entreprendre sans talents, tout décider sans autorité; tout parait au-dessous de ce quon croit être soi-même. Ce passage est tiré d'un sermon de Massillon pour le jour de la Purification, sur les dipositions nécessaires pour se consacrer à Dieu par une vie nouvelle; volume des Mystères, page 102.

— Lettre d'un Anglais èi Paris. Brochure in-8°. Londres, 1787. C'est le meilleur pamphlet qui ait encore paru en faveur des opérations de M. de Calonne, parce que, suivant les grands principes de l'art polémique, au lieu de défendre il attaque, et c'est particulièrement au clergé que s'adressent les traits les plus forts. On y représente ce corps redoutable, ou plutôt trop longtemps redouté, comme le véritable auteur de toutes les oppositions formées par l'assemblée des notables, et pour le rendre plus intéressant, voici de quelles couleurs on s'est permis de le peindre aux yeux de la nation :

« Parmi ces corps privilégiés répandus sur la surface de ce vaste empire, il en existait un, comblé de prérogatives, d'honneurs et d'exceptions ; il en existait un, révéré des malheureux même qui supportaient le poids de ces exceptions pécuniaires. Le clergé avait conservé des dehors d'indépendance quand le temps avait anéanti toutes les indépendances particulières; seul au milieu de l'État, il osait présenter au roi, comme un don volontaire et libre, ce que le reste des peuples acquittait comme devoir et services, et tandis que le noble ajoutait aux impôts qu'il payait le sacrifice de sa vie, tandis que le peuple usait la sienne à fertiliser de ses sueurs le champ de ses pères, le clergé, tranquille et opulent, offrait paisiblement des prières pour nos armées, enlevait la dîme des moissons, voyait avec fierté les divers corps de l'État s'empresser de mettre aux pieds du trône leur existence et leur fortune lorsqu'il semblait n'accorder à son roi que des dons de sa munificence. Faut-il donc, pour révérer les ministres d'une religion sainte, accumuler sur leurs tètes d'immenses richesses? Et ira-t-on jusque dans le temple du Seigneur apprendre à n'y honorer que l'excessive opulence?

« Toutes les objections faites par les notables contre la forme

ùk CORRESPONDANCE LITTÉRAIRE.

proposée des administrations provinciales sont imputées à l'ambition du clergé, qui aurait voulu s'attribuer exclusivement la présidence de ces assemblées. Les difficultés insurmontables que ce corps a prétendu trouver dans la subvention territoriale en nature n'ont point eu, dit-on, d'autre objet que celui de renverser le plan destructeur de ses privilèges et de se ménager la possibilité de s'en ressaisir un jour. J'admire, ajoute l'auteur, que le clergé, qui a fait valoir ces objections avec l'énergie la plus exagérée, n'ait pas senti que tout ce qu'il disait contre cette espèce de dîme royale se rétorquait avec avantage contre la dîme ecclésiastique qui est beaucoup plus considérable, et que présenter l'une comme odieuse était prononcer la réprobation de l'autre, c'était porter anatlième à son revenu le plus précieux. » Si l'impôt est converti en argent, poursuit l'anonyme, lorsque la classification des terres du royaume aura donné la connaissance exacte des sommes que le clergé devra fournir à la contribution générale, il dira au roi : Vous n'avez plus d'intérêt à la destruction de nos antiques privilèges, puisque nous offrons, en conservant nos fermes, de verser au trésor royal le contingent auquel nous sommes assujettis. Cette offre adoptée, le clergé voit dans les crises orageuses de l'Etat les causes de son bonheur particulier; il les attendra avec autant d'impatience que d'attention. Alors, en ces moments difficiles, il offrira des secours, un emprunt, un droit gratuit qu'on récompensera en lui rendant sa première existence.

On attribue la Lettre d'un Anglais à M. Le Brun, l'auteur des Discours du chancelier Maupeou, de la nouvelle traduction du Tasse et de Y Iliade1.

— Le Mode français, ou Discours sur les principaux usages de la nation française'1. Un gros volume in-8°, Londres,

Ce gros volume n'est qu'un seul discours à perte d'haleine, où l'on célèbre avec la même emphase le trône et la cuisine de

1. Elle est plus probablement de M. Le Hoc, commis de M. le contrôleur général. (Meister.) — Quérard ne cite cette brochure nia l'article de C.-P. Lebrun, ni à celui de Le Hoc; elle est également inconnue à Barbier.

2. Selon Barbier, l'édition presque entière de ce livre, dû à J.-Fr. Sobry, fut supprimée par les soins de M. de Breteuil, et les exemplaires qu'on avait sauvés valaient jusqu'à quatre louis. Sobry publia en 1788 le Nouveau Machiavel , qui fait suite au Mode français.

France. Rien de ce qui existe dans le royaume n'est oublié et tout y est porté aux nues; l'espèce de dignité attachée à la grande étendue du ressort du parlement de Paris, la révocation de l'édit de Nantes, le désintéressement des procureurs, il n'est rien qui ne trouve sa place dans ce superbe panégyrique. L'âme tendre et reconnaissante de l'orateur bénit avec la même effusion ce que le bonheur des Français doit à la sagesse de la Providence, du roi, des ministres, des cours souveraines, des intendants, des subdélégués, des collecteurs, etc., etc. Il convient qu'en accordant à la nation française toutes les vertus imaginables, les nations rivales l'accusent de les gâter par une légèreté dont on voudrait lui faire un grand crime. « Mais cette légèreté, dit-il, n'est point de celle qui est volage et superficielle, c'est de cette légèreté qui répugne à la pesanteur et à la monotonie. » Sous ce rapport on ne pourrait reprocher à l'auteur d'être trop Français.

Le gouvernement de France lui paraît en général le plus excellent des gouvernements en ce qu'il est le plus simple, mais il désapprouve fort tous les écrits semés par les ministres ; ils sentent trop l'appel à la multitude, affichent trop le désir de décliner la juridiction suprême. « Tout engage, ajoute-t-il, un ministre français à se taire. On s'est avisé de publier, il y a quelques années, des tableaux détaillés des recettes et des dépenses du trésor royal ; il répugne infiniment à la politesse française de recevoir de pareils comptes. » Ce sont les propres expressions de l'auteur, nous n'y changeons pas une virgule

On n'est guère surpris que l'anonyme ne parle pas avec la même considération de nos gens de lettres et de nos cuisiniers. 11 dit de ces derniers qu'ils sont regardés partout comme les plus excellents du monde parce qu'ils savent surtout ne pas s'écarter de la nature. Mais ce que l'on a quelque peine à comprendre, c'est d'où peut venir à ce juge si bénévole l'espèce d'humeur qu'il paraît avoir contre nos tragédies. Il ne peut s'empêcher d'avouer que nous leur prodiguons trop d'admiration, et l'on sent que si le ton dominant de son discours le lui avait permis, il en eût dit volontiers plus de mal encore.

Nous avons cherché jusqu'ici très-inutilement l'auteur de ce bel ouvrage, mais si le précis que l'on vient de voir pouvait par malheur faire soupçonner tant d'éloges d'ironie ou de mauvaise xv. 5

foi, nous nous empressons de déclarer qu'il est impossible que ceux qui auront, comme nous, l'avantage de les avoir lus conservent encore une pareille idée.

— Confession du comte de C*** avec l'histoire de ses voyages en Russie, en Turquie, en Italie et dans les pyramides de l'Egypte, au Caire et à Paris. Un petit volume in-12.

Ce nouveau roman du comte de Cagliostro ne vaut pas, à beaucoup près, celui du Mémoire de M. Thilorier *. C'est un conte où il n'y a guère plus d'invention que de vérité. Notre aventurier déclare dans* ces confessions, car c'est toujours lui qui est censé écrire son histoire, qu'il est fils naturel d'un marquis sicilien, fort riche et grand alchimiste. A Pétersbourg, il loge chez la comtesse de Novogorotzi, femme très-savante dont aucun Russe n'a jamais entendu prononcer le nom. Cette dame épouse le comte de B*** qui devient jaloux de Cagliostro et l'oblige à changer de domicile ; mais au moment de son départ il reçoit de la comtesse un talisman dont la vertu ne peut être révoquée en doute. En l'ouvrant il y trouve un billet de vingt mille roubles payables à N***. Après avoir fait à Constantinople plusieurs guérisons miraculeuses, il est appelé auprès de la fille du grand vizir et lui inspire une grande passion. Pour sauver la vertu de cette jeune princesse il passe en Egypte. 11 descend dans une pyramide ; égaré sous ces sombres voûtes, il arrive à une rivière où il rencontre une nacelle qui le porte dans un vaste souterrain éclairé par des lumières phosphoriques. Le souterrain, qui peut avoir trente lieues d'étendue sur cinquante, est habité par un peuple très-doux et très-heureux ; ce sont les Assiliens. Il y trouve encore une beauté au cœur sensible et tendre, l'aimable Féline ; il ne tarde pas à s'en faire adorer, mais la coutume assilienne ne lui permettant pas de devenir son époux, il la détermine, ainsi que son père, à regagner la pyramide et puis Alexandrie, où Féline et lui renouvellent au pied des autels la foi qu'ils s'étaient promise.

1. J.-Ch. Thilorier avait publié un mémoire juridique contre Cagliostro. L'auteur de la Confession du comte de C'*' nous est inconnu.

CHANSON

A Mm* DE*** POUR LE JOUR DE SA FÊTE (au mois de décembre)

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