ELEGIE
SUR LA MORT DE Mllc OLIVIER
Elle n'est plus; en vain je la demande
A ce théâtre où Paris, enchanté
Du doux tribut d'un encens mérité,
A ses genoux venait porter l'offrande :
Tous sont touchés de mes cris superflus,
Chacun répond : Hélas! elle n'est plus!
Talents, beauté, douceur, vertu, jeunesse,
Jeunesse, ô don qui les embellit tous!
Vous n'avez pu la préserver des coups,
Des coups fatals de la Parque traîtresse.
Présents cruels, à quoi donc servez-vous?
Quoi! c'en est fait, mon oreille attentive
N'entendra plus cet organe enchanteur,
Cette voix pure, innocente et naïve,
Ces sons touchants qui passaient dans mon cœur !
Mon œil errant sur la scène déserte,
Cherchant en vain tes modestes attraits,
N'y verra plus que de tristes cyprès,
Et les Amours qui déplorent leur perte!
O jeux trompeurs! j'abjure pour jamais
De vos tableaux l'éclatante magie ;
1. Cette jeune actrice, née à Londres, vient d'être enlevée au théâtre à la fleur de son âge, et pour ainsi dire de son talent. Depuis le rôle qu'elle joua si bien dans le Séducteur, elle n'avait pas cessé de faire des progrès sensibles. Sa figure, sans rien perdre de son éclat et de sa fraîcheur, était devenue plus animée par une expression plus vive et mieux sentie. Quoique très-blonde avec des jeux fort noirs, elle avait naturellement je ne sais quoi de fade dans tout son air; mais grâce aux recherches d'une toilette variée avec beaucoup de goût, elle était parvenue à dissimuler fort adroitement ce défaut, et son jeu avait acquis un caractère d'ingénuité, de décence et de noblesse qui la rendait tout à fait intéressante. Il n'est personne à qui sa perte prématurée n'ait rappelé ces vers si touchants de Malherbe :
Et rose elle a vécu ce que vivent les roses, L'espace d'un matin.
Elle n'avait pas vingt-trois ans accomplis. (Meisteu.)
Tous vos plaisirs, votre art, votre féerie Ne peuvent point égaler les regrets Dont aujourd'hui cette perte est suivie.
— Lettre à l'Empereur sur V atrocité eles supplices qu'il a substitués comme adoucissement à lu peine de mort. Brochure in-S°, avec cette épigraphe : « Il faut chercher dans la punition non ce qui tourmente le plus le coupable, mais ce qui peut le rendre meilleur. »
Cotte Lettre, où l'on trouve quelques idées utiles et fortement exprimées à travers beaucoup d'exagérations déclamatoires, est de M. Brissot de "Warville, connu par un journal publié à Londres et par plusieurs pamphlets politiques sur l'agiotage, les assurances, etc. Il parait que M. Brissot veut être en littérature le Gilles de M. le comte de Mirabeau.
Parmi les supplices que l'Empereur a substitués à la peine de mort, l'auteur attaque spécialement la marque imprimée sur la joue à certains criminels, la peine de tirer les bateaux sur le Danube, et le supplice du poteau. Ce dernier paraît en effet plus cruel que la mort la plus violente, et n'est-ce pas le terme extrême, que les lois criminelles ne devraient jamais outrepasser, que peut-être même elles ne devraient jamais se permettre d'atteindre entièrement? « Le criminel condamné, dit M. de Warville, à cet affreux supplice, ne peut plus ni se remuer ni se coucher. La douleur se prolonge sur tous les jours, sur toutes les heures de sa vie ; il n'attend de changement, de sensations nouvelles que des intempéries de l'air, et ces sensations sont toutes douloureuses. Le soleil le dévore et ne le tue pas ; le froid le paralyse et ne le tue pas ; le malheureux invoque la mort, et elle ne vient point, et il ne sait quand elle viendra. Point d'espoir, d'espoir de la mort même. De la douleur et toujours de la douleur, voilà sa perspective déchirante, etc. »
Il y a, ce me semble, encore une vue assez juste dans ce qu'il dit sur la peine de la marque. « Une marque si visible ne sépare-t-elle pas le coupable à jamais de la société ? ne le forcet-elle pas à en devenir l'ennemi, et un ennemi implacable? Il faut donc ou enchaîner à jamais un homme quand on l'a flétri de cette marque, ou, si l'on se décide à lui rendre sa liberté, il faut s'attendre à voir former au sein de la société une société d'hommes féroces acharnés à sa destruction. »
Mxk CORRESPONDANCE LITTÉRAIRE.
VERS
A M. LE MARQUIS DUCREST, A L'OCCASION DE SON MEMOIRE PRÉSENTÉ AU ROI PAR M. LE DUC D'ORLÉANS l.
Moderne chancelier d'Épée, Tu veux donc de l'État être réformateur? Le portefeuille plein et la tète occupée
De projets pris à la pipée,
Tu crois, hardi déclam ateur,
Que Sa Majesté, détrompée
De la confiance usurpée
D'un prélat administrateur,
Te fera le réparateur
De sa finance dissipée;
Que sur ta parole on croira
Son autorité rétablie;
Que son Parlement se taira,
Et que son peuple l'aimera,
Comme la reine, à la folie?
Grand génie, ardent citoyen,
Ce que tu promets n'est pas mince;
Mais si tu possèdes si bien L'heureux talent de faire adorer notre prince, Commence donc par faire aimer le tien.