Chant Ier, vers
2. Voir tome XIV, p. 339. Meister y désigne un sieur Tacusset comme l'auteur des paroles. Nous n'avons pu savoir s'il s'agissait d'un pseudonyme ou de deux auteurs distincts.
Une anecdote que M. d'Arnaud a insérée, sous le nom du Paysan généreux, dans le cinquième volume des Délassements
d'un homme sensible, a fourni à If. Magnitot le fond du drame de CHestine. Dans cette anecdote, dont nous ne garantissons pas l'authenticité, un paysan russe, pour soustraire la fille de son seigneur à la fureur des soldats de Pugatchew, la demande pour femme, l'obtient, n'use d'aucun des droits qu'il acquit sur elle, et la conduit ensuite aux pieds de l'impératrice, qui, pour le récompenser de cet acte de vertu; lui accorde un état digne de l'époux de cette jeune personne, etc.
Quelques longueurs supprimées dans le second et dans le troisième acte ont valu à la seconde représentation de cet ouvrage un succès moins douteux que celui de la première ; mais l'invraisemblance de l'exposition, la manière dont l'action languit ensuite jusqu'au dénoùment beaucoup trop précipité, le peu de développement donné à la situation des deux amants, et qu'on pouvait rendre aussi intéressante qu'elle est singulière, ne permettent pas d'espérer que le succès se soutienne.
La musique, sans être neuve, a paru en général assez bien faite; on y a remarqué plusieurs morceaux d'un goût simple et d'une expression vraie. M11* Carline a joué le rôle de Guillot avec une naïveté charmante.
— La Maison de Molière, comédie en prose et en quatre actes, représentée pour la première fois, au Théâtre-Français, le samedi 20 octobre, est l'imitation d'une pièce de M. Goldoni, intitulée il Molière, par M. Mercier. Gomme nous avons eu l'honneur de vous rendre compte de ce drame lorsqu'il parut en 1776 \ nous nous dispenserons aujourd'hui d'en faire une analyse détaillée; nous observerons seulement que la pièce telle qu'on l'a représentée ressemble beaucoup plus à l'original de M. Goldoni que la pièce imprimée, parce qu'on a jugé à propos d'en abréger plusieurs scènes et d'en retrancher presque toute la partie épisodique ajoutée par M. Mercier, entre autres la longue scène d'une jeune personne qui vient se présenter à Molière pour être reçue dans sa troupe, et qu'il détermine à se retirer dans une maison religieuse, etc. Cette scène était placée au cinquième acte, et, il
1. Tome XI, page 296. La note de cette page renvoie par erreur au mois d'octobre (au lieu de novembre 17S7.
faut en convenir, fort gauchement ; l'on a réduit les deux derniers actes en un.
Le véritable titre de l'ouvrage est la Journée du Tartuffe. Au premier acte, Molière est désolé des ordres supérieurs qui ont arrêté la représentation de cette pièce, à laquelle il attache le plus grand intérêt de gloire et d'utilité. Son camarade et son ami La Thorillière vient lui apporter à la fin de l'acte une permission par écrit du roi. Tandis qu'on se dispose à donner la pièce, le soir même un hypocrite, nommé Pirlon, vient porter le trouble dans la maison de Molière; il cherche à séduire sa servante, il remplit de craintes et de soupçons l'esprit de la comédienne Béjart et de sa fille, chargées, la première du rôle d'Elvire, la seconde de celui de Marianne ; il persuade à la fille aimée en secret de Molière qu'on la trompe, et qu'on finira par la sacrifier à sa mère ; il assure la mère que Molière a formé le complot de lui enlever sa fille avant la fin du jour. Toutes deux refusent de jouer; ce n'est pas sans beaucoup de peine que La Thorillière est parvenu au troisième acte à regagner l'esprit de lanière et de la fille. Pour se venger de Pirlon, Molière engage sa bonne servante à tendre à cet hypocrite un piège assez plaisant, et à s'emparer de son manteau et de son chapeau, dont il se sert en effet pour représenter le Tartuffe plus au naturel. Ce troisième acte fini, les comédiens ont imaginé de représenter la pièce même du Tartuffe, et ce n'est qu'après ces cinq actes du chef-d'œuvre de la scène française qu'on nous a donné le dernier acte du nouveau drame, sans contredit le plus mauvais. Il ne s'agit presque plus dans ce quatrième acte que de la jalousie, des fureurs de la comédienne Béjart contre sa fille, et du consentement qu'on lui arrache enfin pour ce mariage, qui fut si funeste au repos et au bonheur de Molière.
Le succès de la pièce nouvelle, et surtout du dénoûment, a été plus qu'équivoque; ceux de nos lecteurs qui la connaissent en seront peu surpris; mais ce qui paraîtra au moins singulier, et ce qui est cependant dans l'exacte vérité, c'est que l'étrange cadre où l'on avait imaginé de placer le Tartuffe en a, pour ainsi dire, détruit tout l'effet; on a écouté avec une sorte d'impatience, de distraction, et l'on peut dire d'ennui, quoique la pièce fût mise avec plus de soin qu'elle ne l'avait été depuis longtemps, et avec une exactitude de costume qui semblait
faite encore pour rendre celte représentation plus piquante.
Le sieur Fleury a joue les deux rôles, celui de Molière et celui de Tartuffe, avec beaucoup d'intelligence. M"' Petit, ci-devant M1,e Vanhove, a paru au moins fort jolie dans celui de la jeune Béjart : elle avait pris exactemenl la coiffure du temps, et ressemblait beaucoup, sous ce costume, au portrait de Ninon, par IVtitot.
11 y a dans la pièce imprimée de M. Mercier plusieurs choses peu obligeantes pour la Comédie et pour les Comédiens; on a eu, comme on peut le croire, grand soin de les supprimer. Quoique le nom de Valério ait été remplacé dans la pièce française par celui de La Thorillière, et le nom de Leandro par celui de Chapelle, le fond des deux rôles est absolument le même. La pièce italienne est en vers, la pièce française est en prose; mais l'original, ainsi que la copie, ne sont véritablement que des esquisses. Il y a plus de naturel et de facilité dans le dialogue de Goldoni que dans celui de M. Mercier, mais on y trouve aussi beaucoup de négligence et de mauvais goût ; il n'y a point de langue au monde, ce me semble, où il ne soit de fort mauvais goût, par exemple, de dire aune jeune fille jalouse du sentiment de préférence que peut mériter sa mère :
A lasciar sarei pazzo il vitello per bue.
— La Vie de saint Vincent de Poule, instituteur et fondateur des Prêtres de la Mission et des Filles de la Charité1. A Paris, "2 volumes in-12 de plus de 500 pages chacun.
Si Vincent de Paule est devenu le saint à la mode, depuis que l'abbé Maury en a fait un si beau panégyrique, nous craignons beaucoup cependant que l'histoire de sa vie, en deux gros volumes, n'effraye un grand nombre de lecteurs. On y trouve quelques détails intéressants, mais noyés dans un style prolixe et mêlés d'une foule de puérilités dignes de nos vieilles légendes; une des plus originales est peut-être ce trait du zèle inconsidéré d'un missionnaire nommé Guérin. Quelqu'un lui ayant dit la veille de son départ qu'il allait se faire pendre en Barbarie : « C'est irop peu de chose, répondit-il, je n'y voudrais pas aller si je croyais en être quitte à si bon marché; j'espère bien que Dieu