‹ Correspondance littéraire (volume 2)Chapitre 53 sur 167 · DE LA NOTICE DES TABLEAUX EXPOSÉS CETTE ANKÉE A U L 0 L V R E · texte numérisé non relu

DE LA NOTICE DES TABLEAUX EXPOSÉS CETTE ANKÉE A U L 0 L V R E

Les portraits de M. Vestier ont presque tous le mérite d'une parfaite ressemblance, d'une bonne couleur, d'une belle harmo-

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nie, et l'on croit pouvoir placer cet artiste au premier rang de nos peintres de portraits.

Curius refusant les présents des Samnites, par M. Peyron.

Ce tableau, pour être le morceau de réception de l'artiste, n'en a pas paru meilleur. Le lieu de la scène est sans caractère et mal entendu. On ne peut reconnaître dans le personnage principal qu'un pauvre homme mettant lui-même son pot au feu, et non un héros retiré modestement à l'ombre de ses foyers et méprisant des richesses qui pourraient corrompre son bonheur et ses vertus.

La Mort de Socrate (à M. le comte d'Angiviller) est, dit-on, l'esquisse de celui qu'il doit exécuter pour le roi. Quel Socrate à opposer à celui de M. David ! On l'a si bien senti, que ce n'est que les derniers jours de l'exposition des tableaux que l'auteur a hasardé de le soumettre aux yeux du public. Les figures y sont tellement enveloppées dans les étoffes de leur habillement, que l'on n'y distingue, pour ainsi dire, qu'un amas de draperies dont les plis monotones et maniérés contribuent encore à faire paraître ces figures plus courtes qu'elles ne le sont peut-être en effet. Le lit de Socrate manque de convenance, c'est un lit d'hôpital. Sa tête est tout à fait ignoble; on sait bien que ce philosophe était laid, mais son came était grande et belle. C'est ce que dit sa tête d'une manière sublime dans le tableau de M. David, et c'est ce qu'elle ne dit point du tout dans celui de M. Peyron. Les personnages qui entourent Socrate ont tous le même âge et le même caractère, ils ne diffèrent entre eux que par la couleur de leur barbe et de leurs cheveux.

Vues intérieures de Paris, à la gouache et à l'aquarelle, par M. le chevalier de Lespinasse.

Ces vues, prises et dessinées presque toutes d'après nature, sont d'une exactitude et d'une vérité admirables. La Vue de Paris depuis l'hôpital général jusqu'il l'Etoile a paru un véritable chef-d'œuvre1. L'immensité des détails qu'embrasse ce grand espace est rendue avec la plus extrême finesse et la plus parfaite précision sans aucune sécheresse ; il paraît impossible dans ce genre d'aller au delà.

{. Elle appartient aujourd'hui au Musée du Louvre et a été pendant quelque temps exposée dans les galeries des dessins.

Cyannippe. roi de Syracuse, ayant été condamné par V oracle, fut sacrifié par sa fille au pied de l'autel de Bacchus; ellemême ensuite s'immola pour apaiser la colère de ce dieu, ne voulant pas survivre à ce malheur: par M. Perrin.

Quoique peut-être un peu noir, le ton de ce tableau est d'un très-bon effet. Tout y esl bien composé, la touche en est ferme et facile : les tètes sont en général belles, mais on a distingué surtout celle d'un prêtre de Bacchus. Les draperies sont d'un beau style et les niasses bien déterminées; celle de demi-teinte que produit le porche du temple t'ait une belle opposition avec la lumière répandue sur le groupe principal. Les femmes qui sont placées au bas du perron sont un peu égales et trop mas- - - dans leurs vêtements, mais elles ont cependant de la noblesse et de la beauté, surtout la femme qui soutient celle qui tombe; on croit voir une belle figure de Guerchin.

Le tableau du même artiste qui représente Antoine consentant que l'on /nuise sa blessure dans Vespérance de revoir Cléopâtre n'offre que des masses pittoresques bien établies. Le sujet, tel qu'il est exécuté, pourrait fournir la matière de deux ou trois tableaux ; l'action n'est ni assez simple, ni assez prononcée.

Son morceau de réception, Escalope recevant des mains de Vénus les herbes nécessaires à la guérison d'Énée, n'a qu'une manière facile et tient trop du goût de l'école française.

(t Depuis le Poussin, personne, dit un de nos critiques (et tout le monde nous a paru de son avis), personne ne paraît avoir senti le paysage comme M. de Valenciennes. Les compositions de cet artiste annoncent du génie ; sa manière est grande, fière comme cette belle nature de la Sicile dont il nous offre les aspects. Sa couleur est chaude, quoique un peu égale. » Ses fabriques sont heureusement disposées, mais on a reproché à ses tableaux de présenter presque tous les mêmes effets. Ils ont tous le même principe ; c'est toujours une masse de demi-teinte sur le devant; lorsqu'il fait des arbres sur les plans les plus avancés, ils manquent de caractère; on les trouve du moins touchés avec trop d'égalité. De tous ses tableaux, celui qui nous a paru réunir le plus de beautés est le paysage où il a placé Cicéron découvrant à Syracuse le tombeau d'Archiméde, ejue Voubli de ses concitoyens avait laissé enseveli dans les broussailles. Cette circonstance répand dans toute la composition un intérêt plus vif, un

charme plus attachant, elle arrête plus longtemps les yeux par cela même qu'elle occupe davantage la pensée et l'imagination.

Le talent de M. de Valenciennes ne doit point faire oublier celui de son digne émule, M. Taunay. Les tableaux de ce dernier sont en général très-riches et par la beauté des sites qu'il sait choisir avec goût et par la grande quantité des figures qui les ornent, et par le nombre des animaux qui sont très-bien faits. Sa touche est spirituelle et sa couleur vraie. Son tableau de la Bénédiction des troupeaux à Home est d'une composition charmante. Son Ermite est peut-être d'un style plus élevé. Les groupes de la multitude qui écoute l'ermite prêchant du haut d'un tertre sont bien disposés et même assez bien dessinés. La partie du devant est d'un ton brun qui tranche trop, mais le fond est plein de suavité. L'exécution en général en est belle, et la manière de ce jeune artiste rappelle souvent le pinceau enchanteur de Berghem et de Wouvermans.

On retrouve dans tous les portraits en miniature de M. Hall sa grâce accoutumée, mais celui où il a paru vraiment se surpasser lui-même est le portrait d'un jeune Chevalier de Malte. La beauté du modèle a sans doute exalté son talent. Nous ne pensons pas qu'il soit possible de réunir plus de mérite dans une tête en petit : pureté de dessin, finesse de couleur, vie, grâce et vérité, tout s'y rencontre au degré le plus éminent.

On nous pardonnera de ne point nous arrêter aux énormes tableaux de M. Robin, à son Saint Louis abordant pour la première fois en Egypte, à ce même Roi pansant avec sa famille les blessés de son armée. Ces deux tableaux, destinés pour l'église cathédrale de Blois, sont de pitoyables caricatures de la manière du Tintoret. On a dit qu'ils gagneraient à être vus de cent pieds de haut. A la bonne heure !

La Mort du due Léopold de Brunswick, par M. Wille fils. Nos peintres, hélas ! n'ont pas été plus heureux à traiter ce beau sujet que ne l'avaient été nos poètes. L'action principale est rendue d'une manière tout à fait équivoque. On ne sait si le prince se précipite ou s'il est précipité par le marinier, et ce n'est cependant ni l'une ni l'autre de ces actions qu'il s'agissait d'exprimer. La figure du héros est d'une raideur qui sent le mannequin ; ne faisant aucun effort pour résister au mouvement que doit lui imprimer la chute du bateau, elle a l'air d'y être

adhérente. On ne voit d'ailleurs nulle part le désordre el la terreur qui doivent résulter de cette scène sublime. A tant de défauts,

ajoute/ encore un excès de propreté dans les couleurs et dans les détails de l'habillemenl du prince, qui achève de glacer l'âme, alors qu'il eût été si facile de la remplir des émotions les plus vives et les plus louchâmes.

L'Etude qui répand des fleurs sur le Temps, par M. Julien. Il y a beaucoup plus d'esprit dans ce titre qu'il n'y a de talent dans le tableau.

Plusieurs tableaux très-enrichis de figures et d'animaux, par M. Demarne. On a remarqué à L'exposition de cette année, comnir aux expositions précédentes, que la couleur de cet artiste est diaphane jusque dans les corps les plus solides. En regardant ses tableaux, on croit voir de la peinture sur verre ou sur faïence. Les animaux ont l'air d'être habillés de coton. 11 semble qu'au lieu de chercher à rendre la nature, M. Demarne s'efforce uniquement d'imiter quelque peintre hollandais. On ne peut nier cependant que ses ouvrages n'offrent plusieurs détails agréables, mais il n'est pas besoin de répéter que de beaux détails ne sont pas de beaux tableaux.

On ne peut reprocher aux paysages de M. Nivard le ton factice qu'ont ceux de M. Demarne, mais, comme l'a dit Merlin, on n'y voit que de la fidélité, beaucoup de fidélité, et puis encore de la fidélité; or cela ne suffit pas.

L'Amour conjugal, par M. Lemonnier. (Pour le roi.)

« Cléombrote, poursuivi par son beau-père Léonidas, s'est sauvé dans le temple de Neptune, où Léonidas vient pour l'en arracher et le faire mourir. Chélonis, femme de Cléombrote, se rend suppliante avec son époux, qu'elle tient étroitement embrassé, les cheveux épars, et fondant en larmes avec ses enfants à ses pieds. L'excès de sa douleur fléchit Léonidas, son père, qui ordonne à Cléombrote de sortir aussitôt de Sparte et d'aller en exil. »

Le sujet est conçu d'une manière assez intéressante, la composition est en général sage et bien disposée, l'effet très-harmonieux. La tète de Cléombrote a de l'expression, mais on a remarqué que la touche de cet artiste paraissait trop également ferme jusque dans les demi-teintes, que Chélonis était mal drapée, et que Léonidas, avec son bras en enseigne, sentait beaucoup trop la machine d'opéra.

188 CORllESl'ONDANCE LITTÉRAIRE.

Un Philosophe et son élève dans son cabinet- un Astronome -y V Instruction villageoise; par M. Bilcoq. 11 y a, dans ces trois tableaux, une sorte d'harmonie, mais elle manque de vérité; il y règne un ton de bistre qui leur donne l'air de la vétusté. Tous les ouvrages de cet artiste se ressemblent par le ton. Le précieux des accessoires détruit d'ailleurs l'effet des figures.

Le Saint François et le Christ de M. Giroust ont du mérite ; les extrémités en sont bien dessinées.

Tous les Portraits de M. Mosnier annoncent un vrai talent. Celui de M. le baron de Breteuil est d'un ton ferme et d'un bel effet. La tête est fort ressemblante et tous les détails sont bien rendus. Il y a beaucoup de grâce et de simplicité dans le portrait de cette femme en chapeau de paille dont le catalogue n'indique pas le nom.

Alexandre domptant Bucéphale, par M. Monsiau. Alexandre a moins l'air de dompter Bucéphale que d'être dompté par lui. Le cheval ne vaut cependant pas mieux que le héros ; il y a de la maigreur dans ses formes et de la raideur dans tous ses mouvements.

Parmi les artistes qui traitent la nature morte, le public a distingué M. Roland, qui a porté en effet l'illusion de ce genre aussi loin qu'elle puisse aller dans ce Crucifix imitant le basrelief en talc sur un fond violet.

Nous n'avons pas eu cette année moins de douze grandes statues, tant groupes que figures simples, plus de vingt portraits ou tètes d'étude, soit en marbre, soit en plâtre; cependant on ne saurait se dissimuler que toute cette richesse n'a pas excité beaucoup d'intérêt.

La petite figure en marbre de Vénus recevant la pomme des mains de l'Amour, par M. Pajou, n'a pas paru digne de la juste réputation de cet artiste. C'est une assez jolie figure, mais sans caractère et d'une conception trop peu idéale.

La statue de Molière, par M. Caffieiï, est beaucoup mieux en marbre qu'elle n'était il y a deux ans en plâtre. On a trouvé cependant que les deux bras ouverts n'étaient pas une position heureuse ; les cuisses paraissent trop courtes et mal attachées au corps; il y a du mérite dans la tête, l'exécution du surplus de la figure est sèche et dure.

Le Chevalier Bayard, de M. Bridan, est absolument dépourvu

de noblesse; la stature esl grêle, rajustement mesquin et le travail froid.

On a éto plus content du Maréchal de Luxembourg, de

M. Mouchy. mais on a blâmé l'artiste d'avoir cherché à faire soupçonner au moins le genre de difformité de son héros. Il est sur que cela ne produit pas un effet heureux.

La statue du professeur Rollin, par M. Lecomte, annonce trop de bonhomie; l'exécution en est aussi sèche que le caractère en est niais.

Le Racine, de M. Boizot, ne vaut guère mieux; les formes en sont généralement lourdes. Quand on le regarde en face on ne voit, pour ainsi dire, que des lignes parallèles; les mains sont cependant d'un travail précieux.

Le- portraits de M. Houdon ont presque tous du caractère et de la vérité. On a distingué particulièrement ceux du Prince Henri et de Washington. Sa Vestale est charmante, mais plus jolie peut-être qu'il ne convient au caractère d'une vestale; les draperies en sont rondes, molles, les plis trop parallèles entre eux et ne laissent pas assez apercevoir le nu. Le vase qu'elle tient dans ses mains n'est pas d'un style assez antique.

Le groupe de M. de Joux représentant Cassandre enlevée par Ajax prouve du travail et de l'étude, mais on n'y voit point le mouvement qui convenait à l'action; Ajax a plutôt l'air de se mettre en équilibre que de faire un enlèvement. On ne voit aucune défense de la part de Cassandre. Le guerrier absolument nu a choqué universellement et le ceinturon qui porte son épée a paru tout cà fait ridicule.

Le Saint Vincent de Paul de M. Stouf a, dit-on, plusieurs détails précieux, mais la pose en paraît si maniérée que l'exécution la plus parfaite ne saurait le rendre supportable.

On s'est accordé, ce me semble, assez généralement à trouver que le Grand Condé de M. Roland était une des meilleures statues de l'exposition de cette année. Le modèle en avait été fort critiqué il y a deux ans; l'artiste a su profiter de ces critiques avec beaucoup de succès. La différence la plus importante du modèle à la statue est que dans le modèle la main gauche était appuyée sur la hanche et que dans la statue cette même main, empoignant l'épée, donne au héros une action plus déterminée;

l'autre main, qui jette le bâton de commandement, rend l'action plus vraie.

Les deux figures de M. Moitte, dont l'une représente le Commerce et l'autre la Normandie, sont bien posées, d'un bon style et bien drapées.

Nous ne dirons rien du pauvre Mi nos en demi-nature de M. Millot, ni du lourd Bacchus de M. Deseine, ni de la triste Vierge de M. Delaistre, ni du gros Berger de M. Biaise, mais nous ne devons pas oublier le Duquesne deM. Monot.Ona observé avec raison que cette figure bien posée a un mouvement vrai et toute la dignité du commandement qu'elle doit exprimer; on désirerait seulement plus de fermeté clans quelques parties, mais singulièrement sous le bras qui commande. On trouve aussi trop d'égalité dans les étoffes,

Parmi les gravures on n'a distingué, ce me semble, que la Vénus de M. Porporati, d'un burin très-pur, mais d'une couleur trop faible, quelques sujets de M. Moreau d'un effet agréable et quelques portraits de M. Klauber d'uneexécution assez ferme. La gravure est un art qui a beaucoup perdu depuis que les fantaisies du luxe en ont fait un métier.

Le vendredi lli décembre on a donné, sur le Théâtre-Italien, la première représentation des Étourdis, ou le Mort supposé, comédie en trois actes et en vers de M. Andrieux, connu déjà avantageusement à ce théâtre par la jolie pièce d'Anaximandre, dont nous avons eu l'honneur de vous rendre compte dans le temps1.

Cette comédie a obtenu le plus grand succès. La vivacité piquante de l'exposition pouvait faire craindre que l'auteur ne pût pas en soutenir la gaieté ; mais il a eu le talent très diffi-

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