Voir précédemment, p
2. Il a pour titre : la Tolérance chrétienne opposée au tolérantisme philosophique, ou Lettres d'un patriote au soi-disant curé sur son Dialogue au sujet des piiotestams, 1785, in-12.
« La matière est trop grave pour laisser la liberté de la plaisanterie, et le cœur trop affligé pour avoir d'autre accent que celui du gémissement. Notre foi oe lient point aux événements, et ootre salut ne dépend que de notre volonté. La charité amour, la charité support, nous conduiront au ciel, où je désire que madame la maréchale n'aille que lorsque la terre n'aura plus besoin d'édification. »
La Double Tromperie, comédie en trois actes et en prose, donnée au Théâtre-Italien le 19 février, pour la première et dernière fois, est imputée h M. le marquis de La Salle, l'auteur de VOjfieieu.v. de l'Oncle et les tantes, etc. Cette pièce a été écoutée jusqu'au bout avec une patience extrême ; mais on l'a sifllée avec la même énergie. L'immoralité que présente le fond de l'action a eu moins de part à cet acte de rigueur que l'invraisemblance de la conduite, et surtout la platitude et le mauvais ton du dialogue, tout farci de mauvais calembours et d'équivoques grossières.
— C'est le vendredi 29 février qu'on a donné, sur le Théâtre- Français, la première représentation de Méléagre, tragédie en cinq actes de M. Lemercier l à peine âgé de seize ans.
On imagine aisément quel concours de monde a dû attirer la première représentation d'une tragédie composée à un âge où il parait si difficile de concevoir et d'exécuter raisonnablement le plan d'un drame quelconque. La Grange-Chancel, plus célèbre par ses Pkilippiques contre le régent que par ses tragédies, avait offert déjà l'exemple de cette espèce de prodige littéraire; il donna, au même âge que M. Lemercier, sa tragédie de Juan ri Ua: quelques années après, il essaya de mettre au théâtre la fable de Méléagre ; mais il ne fut pas plus heureux dans cette dernière tentative que ceux qui avaient traité ce sujet avant lui,
1. Fils de M. Lemercier, secrétaire des commandements de M. le duc de Penthièvre. Cet intéressant jeune homme est presque entièrement paralysé du côté droit; il n'avait que quinze ans lorsqu'il a commencé sa pièce. (Mkister.)
tels que P. de Boussy, Hardy, Benserade et Boissin de Gailardon , etc.
La fable de Méléagre n'est, à vrai dire, qu'un épisode de cette tragédie, ce n'est qu'au commencement et à la fin de la pièce qu'il en est question. L'amour du Grand Prêtre pour Atalante en forme le sujet principal, et l'idée de cet amour est une imitation de celui de Corésus pour Callirhoé ; la catastrophe en est absolument la môme. On eût pardonné à M. Lemercier un plan beaucoup plus défectueux; on lui aurait pardonné également des écarts d'imagination, des fautes de convenance que son extrême jeunesse était si propre a faire excuser; mais ce qu'on a pu observer sans peine, c'est que l'application avec laquelle on évite les fautes grossières lui manque beaucoup moins que l'heureux talent de les racheter par des beautés neuves et frappantes : il n'y a rien ni dans la conception ni dans le style de son ouvrage qui puisse déceler la plus légère étincelle d'invention; tout est copié, tout est réminiscences; peut-être n'y a-t-il pas même dans le cours des cinq actes vingt hémistiches qu'on ne trouve exactement calqués sur des vers que tout le monde sait. La fortune d'une pareille tragédie est une démonstration frappante que de tous les ouvrages d'esprit le seul qu'on puisse faire aujourd'hui sans esprit, sans imagination, sans talent, c'est une tragédie médiocre. Il n'en est pas moins prodigieux sans doute qu'un enfant de quinze ans ait fait Méléagre } mais il ne serait pas très-étonnant que le jeune homme qui a pu faire ce miracle à quinze ans ne fît désormais rien qui mérite un véritable succès.
La pièce a été écoutée jusqu'à la fin, avec une attention et une bienveillance assez soutenues ; mais il n'a pas été difficile de juger quel était le sentiment qui l'inspirait. Le jeune auteur et ses amis ont eu le bon esprit de retirer la pièce après la première représentation.
— Œuvres de théâtre et autres poésies, par M. de Chabanon, de l'Académie française et de celle des inscriptions et belles-lettres, etc. Un volume in-8°. Ce volume contient deux comédies en cinq actes et en vers, avec un opéra et plusieurs épîtres morales. L'auteur annonce dans sa préface que son âge, son caractère et sa situation l'ont empêché d'exposer ses comédies aux risques tumultueux d'une représentation; mais il a
ss ■ d'être retenu par ces motifs, d'ailleurs très-excusables, car il vient de lire aux Comédiens une nouvelle pièce intitulée /'// mtne mystérieux, qui a été reçue d'une voix unanime. Ceux qui connaissent ce littérateur estimable désirenl tous que les risques tumultueux de la représentation ne l'obligent pas à se repentir de s'être écarté d'une circonspection trop malheureusement justifiée par les revers qu'il avail éprouvés autrefois dans cène carrière tout à la fois si attrayante et si hasardeuse.
La première comédie que contient ce volume des OEuvres de M. de Chabanon a pour thre l'Esprit de parti, ou les Querelle* à la mode. Cette pièce fut composée il y a sept ou huit ins, à l'époque des disputes si ridiculement importantes des Gluckistes et des Piccinistes. 11 était bien difficile que ce fond put jamais fournir celui d'une bonne comédie; et quand M. de Chabanon en aurait su vaincre toutes les difficultés, l'intérêt d'un pareil sujet devait cesser naturellement avec celui des disputes qui en étaient l'objet. Cet esprit départi, quoi qu'en dise l'auteur dans sa préface, ne pouvait guère réussir que par le mérite le l'à-propos, et ce mérite est déjà bien loin de nous.
La pièce est écrite avec beaucoup de facilité et remplie de détails heureux; mais cela suffirait-il pour faire supporter l'invraisemblance de l'intrigue, le peu d'intérêt du fond, et surtout . cette exagération dans les caractères qui, cherchant à faire de l'effet, passe toujours le but? 11 faut bien exagérer au théâtre, mais l'exagération même a sa mesure, et de toutes les limites de l'art, c'est sans doute celle qu'il faut le moins franchir.
Le sujet du Faux iSoble est d'un choix plus heureux. Ce ridicule des gens qui en imposent sur leur naissance, ou qui, à prix d'argent, troquent leurs noms contre ceux de malheureux gentilshommes, indignes eux-mêmes de les porter, puisqu'ils consentent à en faire un trafic si honteux, est un travers assez commun dans nos grandes villes, et dont la comédie peut s'emparer avec succès.
L'action de cette comédie est mieux conçue que celle de l Esprit de parti ; la marche, les incidents en sont plus naturels : cette pièce offre même quelques scènes d'un vrai comique, et qui développent également le ridicule du faux noble et la bassesse orgueilleuse de l'homme de qualité qui ne craint pas de se mésallier pour de l'argent, mais le style nous en a paru
moins soigné ; cependant, à quelques longueurs près, nous la croyons beaucoup plus propre à réussir au théâtre que l'Esprit de parti.
Nous n'oserions en dire autant de l'opéra de la Toison d'or, sujet déjà traité par le grand Corneille; c'est l'amour de Médée pour Jason, qui vient en Colchide, à la tête des Argonautes, enlever la fameuse Toison à laquelle étaient attachés les destins de son père et ceux de sa patrie. Les combats de l'amour de cette princesse avec son devoir forment le seul intérêt du nouveau poëme; Corneille avait cru devoir le soutenir par un intérêt plus vif et plus dramatique, celui de la jalousie d'Hypsipyle, jeune reine à qui le perfide Jason a déjà engagé sa foi.
Quant aux pièces fugitives qui terminent ce volume des OEuvres de M. de Chabanon, elles n'offrent rien de fort piquant; la plupart avaient déjà été imprimées dans différents journaux. 11 y a de très-beaux vers clans le Discours sur l'adversité, et dans un poëme sur la tragédie lyrique, divisé en trois épîtres la première offre des vues très-saines sur la tragédie, que quelques personnes voudraient voir bannir de la scène lyrique; la seconde indique aux poètes quels moyens ils doivent employer pour servir un art qui ne déploie jamais mieux sa puissance que lorsqu'on lui donne de grandes passions à exprimer ; la troisième indique aux musiciens les procédés qui peuvent rendre leurs compositions aussi chantantes que dramatiques.
— Apltorisïnes j^hilosophiques1, brochure in-24 de 87 pages, avec cette épigraphe :
Satis miln pauci... satis unus... satis nullus...
Maximes détachées : l'auteur, dans sa préface, les appelle Vierges; il se fait une trop douce illusion, la plupart de ces vierges sont à tout le monde. Dans le petit nombre de ces pensées, il en est pourtant quelques-unes dont l'expression est assez précise, assez heureuse, telles que celles-ci : « La bienfaisance n'est qu'une restitution... 11 n'y a peut-être que ceux qui ne
1. Attribues par les rédacteurs du catalogue de Pixérécourt (Ch. Nodier ri M. P. Lacroix) à un sieur Papillon que ne meutionne pas Quérard (n° 228"2 du catalogue).
pensent à rien qui aient besoin d'être distraits. Nous trouvons en nous-mêmes L'esquisse de tous les hommes, etc. »
— Dans le nombre des pamphlets qu'a l'ait éclore le Petit Abrumach de nos grands hommes, on peut distinguer un Dialogue de l'auteur et de l'anonyme par M.-J. de Chénier; on y trouve des portraits d'une touche assez forte, tels que celui-ci :
In vieux Normand. l'Arétin de la France, Rendu célèbre à force d'impudence, Peintre abhorré, qui d'infâmes couleurs Voulut noircir jusqu'à ses bienfaiteurs; Il commençait, mais, par un cas étrange, Ses durs pinceaux, pleins de fiel et de l'ange, Entre ses mains contre lui retournés, L'ont barbouillé de traits empoisonnés, De son front large ont souillé tout l'espace. Nouveaux affronts n'y sauraient trouver place, Et le grand homme, à la honte aguerri, Est sûr encor de n'être plus flétri.
— Considérations sur l'esprit et les mœurs, un volume in-8°, par M. Sénac de Meilhan1, intendant de Valenciennes, l'auteur des Mémoires d'Anne de Gonz/ujuc et des Considérations sur le hue et lu riehesse.
L'auteur annonce lui-même dans sa préface, avec assez de candeur, qu'il s'est cru destiné à refaire le livre de La Rochefoucauld, déjà refait par La Bruyère et par Duclos. « Ces écrivains, dit-il, semblent avoir épuisé cette partie de la morale qui a pour objet l'homme vivant en société dans la cour et la capitale; mais, quoique le fond soit le même, l'homme se montre, dans chaque siècle, sous chaque règne, avec des formes différentes. Les idées qui régnent dans le monde, l'accroissement des richesses et des jouissances, les progrès du luxe, la sévérité ou la faiblesse du gouvernement, l'empire ou l'anéantissement de quelques préjugés, la communication plus ou moins grande de la cour avec la ville, toutes ces circonstances apportent de grands changements dans les mœurs d'une nation. » Cela est incontestable; ce qui pourrait l'être un peu moins, c'est que M. Sénac eût saisi avec beaucoup de sagacité ce qui caractérise