‹ Correspondance littéraire (volume 2)Chapitre 76 sur 167 · Joseph II, empereur d'Autriche · texte numérisé non relu

Joseph II, empereur d'Autriche

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a te faire méconnaître quelque temps et reconnaître ensuite... g Hais je te conseille d'accoutumer tes yeux à se fixer sur les « objets dont il faut que tu t'occupes, et d'accoutumer les yeux de ton peuple à te voir avec moins de surprise que de plaisir... » Le roi obéit , et peu à peu il sembla que la Sagesse elle-même fût sur le trône. Les finances se rétablirent, la nation fut florissante et plus respectée que jamais, et Bien-Né l'ut aussi heureux qu'un mi peut l'être. »

— Plus on \oit les auteurs de tant de jolies petites pièces vouloir essayer les comédies du genre de celles de Molière, de Regnard, de Destouches, et même de La Chaussée, plus on reste convaincu que de tous les ouvrages dramatiques, une comédie en cinq actes, et surtout une comédie de caractère, est le plus difficile à concevoir et à exécuter. Depuis le Méchant, on ne peut guère compter que V Inconstant et l'Optimiste qui nous rappellent du moins l'étude et le goût des bons modèles. Malgré tous les défaut^ de ces deux comédies, défauts que nous n'avons pas dissimulés dans le compte que nous avons eu l'honneur de vous en rendre, M. Collin est, depuis Gresset, le seul de nos auteurs comiques qui nous ait donné l'espoir d'un talent qui pourrait consoler un jour Thalie de sa longue viduité. Nous avons vu à la suite de 13arthe et de Dorât une foule déjeunes poètes s'empresser à défaire, à refaire les Fausses Infidélités de l'un, et la Feinte par amour de l'autre. Nous les avons vus réussir plus ou moins dans l'imitation de ces bluettes dramatiques ; mais toutes les fois qu'ils ont voulu hasarder des comédies de caractère, ils n'ont pas manqué de trahir le secret de leur impuissance : c'est qu'il y a loin d'un esprit facile, agréable, au talent de concevoir une intrigue simple, des incidents vraisemblables qui composent une action dont la marche et le mouvement gradué tendent toujours à développer les travers et les ridicules d'un caractère propre à la scène. Au lieu de cette simplicité, de cette unité d'action qui constituent le premier mérite de tout ouvrage dramatique, et plus particulièrement peut-être encore celui de la comédie de caractère, nous avons vu l'impuissance de ces auteurs attacher presque toujours à l'action de leurs drames des incidents tout à fait étrangers, et qu'ils semblent n'avoir imaginés que pour remplir avec effort le quatrième et le cinquième acte de leurs pièces; au défaut d'unité dan.^ le plan xv. 49

ajoutez des caractères faiblement esquissés, des nuances de mœurs ou trop faibles ou trop prononcées, des situations romanesques, des incidents accumulés sans motif et sans vraisemblance ; nulle gradation clans les développements de l'action et des caractères; voilà ce que nous offrent depuis longtemps presque tous les grands ouvrages dramatiques que nous avons vu hasarder au théâtre; trop heureux encore quand aux vices du sujet, à la stérilité de la composition, ils ne joignent pas de plus un style rempli de manière et de faux goût, un dialogue aussi étranger au ton de la société qu'à celui de la bonne comédie, et qui ne présente qu'un assemblage de vers détachés, de phrases suspendues pour amener bien ou mal des mots prétendus heureux, que l'accent ou le jeu d'un acteur en faveur fait valoir en leur prêtant une intention fine et spirituelle, que l'on est tout étonné de ne plus retrouver à la lecture. C'est la manie de vouloir montrer partout de l'esprit, même celui que l'on n'eut jamais, qui a contribué, plus que tout le reste, à corrompre le style de la comédie.

La conversation est devenue, dans quelques sociétés, une espèce de lutte dans laquelle on réduit le naturel même et la raison à se cacher sous des formes tourmentées et bizarres ; on ne dit plus de choses neuves ; on rajeunit comme l'on peut par l'expression ce qui a été dit mille fois. Nos cercles, c'est-à-dire ceux où l'on fait de l'esprit, ressemblent à ces combats en champ clos, où les assaillants, ne trouvant plus que des lances brisées, les aiguisent chacun de son mieux et n'en fournissent pas moins leur carrière.

C'est ainsi que les imitateurs de Barthe et de Dorât composent leurs comédies avec des fragments de comédies, nous peignent des mœurs qui ne sont point les nôtres ; mais leur style nous offre au moins, jusque dans le langage de leurs valets et de leurs soubrettes, des modèles de cette manière de ne pas parler comme tout le monde, de ces tournures instantanément à la mode, et de ces expressions néologiques de tant de nos bureaux d'esprit qui, sans cela, risqueraient fort d'être perdues pour la postérité. Ce genre d'imitation n'est pas celui que l'on désirerait le plus rencontrer au théâtre ; mais l'impossibilité de concevoir des plans ordonnés comme ceux d'un bon tableau où l'artiste, ne se permettant jamais de rassembler dans le même cadre deux

sujets différents, subordonne toutes les figures accessoires à la principale, donne à chacune de ces ligures le maintien qu'elles doivent avoir et le coloris qui appartient à leurs mœurs, à leurs âge-, à leurs passions, il n'est point surprenant que nos poètes comiques ne réussissent pas mieux à nous présenter au théâtre îles scènes d'un grand caractère et d'un grand effet. C'est ce que non- axons encore trop bien senti en voyant la pièce de M. Vi-

. intitulée la Belle-Mère^ ou les Dangers d'un second mariage, comédie en cinq actes et en vers, représentée pour la première fois au Théâtre-Français, le 24 juillet.

Le caractère d'une belle-mère, l'amour que ces secondes épouses feignent ordinairement pour leurs maris, l'art avec lequel elles s'emparent de leur confiance, leur feinte sensibilité qui n'a pour but que de s'assurer l'ascendant qu'elles ont pris sureux,qui tend à écarter tout ce qui pourrait lecontre-balancer, et surtout les (Mitants du premier lit, tous ces petits calculs de l'intérêt et les moyens qu'elles emploient pour le servir peuvent fournir le sujet d'une véritable comédie. Molière avait esquissé quelques traits de ce caractère dans son Malade imaginaire, où M Irgant cajole son vieux mari, flatte sa manie et ne l'investit des soins les plus empressés que pour le détacher de ses enfants ; mais ce grand maître se garda bien de présenter ce caractère - des formes exagérées, et d'en développer l'égoïsme par une combinaison de moyens plus propres à le faire paraître atroce que ridicule ; il eût fait un drame d'un sujet de comédie, et l'art de Molière ne s'était pas élevé jusque-là; il se borne tout bonnement à nous faire rire des soins affectés de M,ne Argant pour son malade imaginaire, et la situation où celui-ci fait le mort pour éprouver sa sensibilité est préparée d'une manière si subite si plaisante, que la folie de cette scène en couvre, pour ainsi dire, l'atrocité, si bien effacée d'ailleurs par l'expression des scènes suivantes, où la pitié filiale s'exprime avec tant de douceur et d'intérêt.

En 1737, Morand introduisit une autre belle-mère dans sa comédie intitulée l'Esprit de divorce. La haine qu'il avait conçue

1. M. Vîgée est le frère de la célèbre M'ne Le Brun; il est déjà connu lui-même par deux pièces açréables données avec quelque succès à ce môme théâtre, et dont non-, avons eu rhonneur de vous rendre compte dans le temps, les Aveux difficiles f-t la Fausse Coquette. (Meister.J

contre la sienne lui fit traiter ce caractère d'une manière trèsopposée à celle de Molière; c'est une femme artificieuse qui, non contente de brouiller son mari avec ses enfants d'un premier lit, les divise encore entre eux par de faux rapports, et tâche, par les conseils qu'elle leur donne successivement, de consommer leur ruine. Le public, révolté de voir paraître sur la scène un caractère si odieux, et que ne lui annonçait pas le titre de la pièce, manifesta son mécontentement de la manière la plus marquée dès le second acte. L'auteur, qui était assis sur les banquettes qui garnissaient encore l'avant-scène de nos théâtres, se leva, et, s'adressant au parterre, dit : « Messieurs, le caractère que j'ai peint dans cette pièce est celui de ma belle-mère ; si vous la connaissiez, vous verriez jusqu'à quel point mon respect pour vous m'en a fait adoucir les traits... » Sa pièce fut alors écoutée tranquillement; elle eut même un grand succès.

Morand avait voulu se venger des libelles que sa belle-mère répandait contre lui sous le nom de Mémoires, dans un procès qu'il avait avec elle. L'aveu qu'il fit au public lui valut un nouveau procès en diffamation, dans lequel il fut condamné à de gros dommages envers cette belle-mère. Au reste, cette pièce, qui n'est pas restée au théâtre, n'était pas sans mérite ; à l'espèce d'horreur qu'inspirait le caractère du principal personnage, l'auteur avait su mêler la gaieté d'un dialogue piquant et plusieurs situations vraiment comiques. C'est ce que n'a point fait M. Vigée clans sa comédie de la Belle-Mère.

La pièce de M. Vigée ressemble beaucoup plus à un drame qu'à une comédie de caractère, et on pouvait tout aussi bien l'intituler l'Intrigant, ou le Danger des liaisons, que la Belle- Mère, ou les Dangers d'un second mariage. Au reste, on pardonnerait volontiers à l'auteur d'avoir fait un drame en croyant faire une comédie, si cette pièce avait le principal, le seul mérite que l'on cherche dans cette espèce de compositions dramatiques, celui de l'intérêt; mais il s'en faut de beaucoup que ce drame produise même celui que l'on devait attendre de la manière dont l'auteur a conçu le caractère de son principal personnage. En exagérant, comme il l'a fait, ce sentiment peut-être excusable, puisqu'il est dans la nature, ce sentiment qui porte les belles-mères à employer l'ascendant qu'elles prennent ordinairement sur leurs maris pour servir leurs propres enfants auv.

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dépens de ceux d'un premier lit, il fallait du moins, pour rendre ce caractère intéressant, le faire dominer dans toute l'action du drame; il fallait que les événements qui le composent fussent le résultat des desseins de la belle-mère, et que tous conspirassent au même but. Le rôle de M"e Belfont n'est ici que secondaire, l'autour l'a subordonné à celui du marquis, il n'en a fait qu'une femme faible et sans caractère, dont un homme de qualité, aussi \il (jue corrompu, se joue bassement pour réparer, grâce à cette intrigue, le dérangement de sa fortune. On sent que l'intention de M. Vigée a été île diminuer les torts de sa belle-mëre, en

-antce qu'ils ont de plus odieux sur les conseils du marquis; mais cotte intention a non-seulement le défaut de prévoir trop tôt le dénoûment, elle a de plus l'inconvénient destructif de tout intérêt d'avoir forcé l'auteur à faire d'une action épisodique l'action principale de son drame; ce sonl les amours de Darmand pour Angélique, contrariés par l'ambition de Mn,e Belfont et la. faible»e presque incroyable de son époux, qui forment le peu d'intérêt que présentent les trois premiers actes de cette pièce, et coi intérêt s'évanouit pour ainsi dire au quatrième pour faire place à une reconnaissance trop peu préparée par ce qui la précède pour produire l'effet qu'on obtient ordinairement de ce moyen tant usé par tous nos dramaturges. Ainsi ce n'est point le caractère de belle-mère qui constitue le véritable intérêt de la pièce, il tient uniquement à l'aventure romanesque d'un jeune homme de qualité, expatrié pour un duel, et revenu en France sans instruire sa famille de son retour, réduit à vivre, sous un nom supposé, chez un homme que la reconnaissance ne justifie pas assez de lui donner sa fille, sans connaître ni sa naissance, ni sa fortune, et qui se voit au moment d'être forcé à se battre avec un frère qui ne le connaît point, si leur père ne tombait pa> pour ainsi dire du ciel pour empêcher ce fratricide. Tous

événements si étranges, et quelquefois si faiblement motivés, -ont loin de produire l'effet qu'en attendait probablement l'auteur, après les avoir accumulés avec tant d'effort, et cet effet 51 trouvé encore affaibli par la manière dont l'auteur a voulu lier à ce roman les caractères de M"'e Belfont, de son époux et du marquis, pour donner à son drame la physionomie d'une comédie de caractère. C'est donc dans le plan même cie l'ouvrage qu'il faut chercher la cause du peu de succès qu'il a obtenu; mais

telle qu'elle est, la pièce doit ajouter à l'estime que l'on avait déjà conçue du talent de M. "Vigée; plusieurs scènes, et surtout celle de M't,e Belfont avec son mari, au troisième acte, méritent des éloges. Le style a paru en général facile, quoiqu'il manque encore souvent de naturel et de précision ; on a remarqué plusieurs vers d'une tournure également simple et heureuse, tels que ceux que dit le marquis pour justifier son absence; il arrive de son régiment.

11 faut donc tous les ans, pour bien servir son prince, S'ennuyer quatre mois au fond d'une province. Et là, très-mécontent d'avoir quitté Paris, Aux autres enseigner ce qu'on n'a guère appris.

C'est l'endroit de la pièce qui a été le plus vivement applaudi. Cet ouvrage n'a eu encore que quatre ou cinq représentations.

FAITE IL Y A QUINZE ANS I>AR H. LE COMTE D'ADHÉMAR, DEPUIS AMBASSADEUR EN ANGLETERRE.

Air du vaudeville du Tableau parlant.

Dans un monde trompeur J'eus de la bonhomie, Je parlai de l'honneur,

J'offris mon cœur; La bonne compagnie Persifla ma folie :

Ma foi, vive le vin

Et la catin!

Je fus fort bien traité Quand j'attaquai Silvie; Mais je fus débouté

Pendant l'été.

La bonne compagnie De l'absence s'ennuie :

Ma foi, vive le vin

Et la catin !

D'une prude à grands frais Je me fis une amie, Même encor je l'aurais

Sans son laquais.

La bonne compagnie Souvent se mésallie :

Ma foi, vive le vin

Et la eatin!

— Les habitants de Pau avaient l'ail demander à Louis MV la permission d'ériger dans leur ville une statue à Henri IV; on leur répondit que les circonstances [l'étaient guère propres à favoriser ce projet, que le roi leur permettrait plutôt de lui en ériger une à lui-même. Ils obéirent, niais au bas de la statue de Louis XIV ils mirent pour inscription deux vers béarnais, dont l'équivoque spirituelle ne peut être rendue en français, et qu'il faut traduire grossièrement ainsi :

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