‹ Correspondance littéraire (volume 2)Chapitre 8 sur 167 · Chauderlos de La Clos, auteur des Liaisons dangereuses · texte numérisé non relu

Chauderlos de La Clos, auteur des Liaisons dangereuses

Mais ce ne fut qu'un ridicule

Que se donna notre héros,

Et s'il en perdit le repos,

Ce fut par excès de scrupule.

On dit qu'il en eut tant d'ennui

Qu'il se tua; je veux le croire,

Mais n'en déplaise à sa mémoire,

Peu de gens feront comme lui;

Car on peut dire à notre gloire

Que nous avons tous aujourd'hui

Une douceur bien méritoire

A supporter les maux d'autrui.

Mais quand dut se trouver à plaindre

Notre héros? ce fut alors

Que, malgré son rang, ses trésors

Et ses eunuques, il dut craindre

D'être trahi; car, entre nous,

Pour un amant fier et jaloux

(Et tout homme l'est à l'extrême),

N'est-ce pas une vérité,

Que voir mourir ce que l'on aime

Vaut mieux que d'en être quitté?

Si vous doutez de mon système,

Interrogez tous vos sultans :

De ces messieurs Paris abonde;

On ne voit qu'eux dans le grand monde,

Bien scélérats, bien séduisants,

Petits despotes de tendresse,

Un peu Français par la faiblesse,

Mais bien Turcs par les sentiments.

D'ailleurs, à quoi devait s'attendre

Notre héros?... Mari jaloux

D'une Française jeune et tendre,

lgnorait-il que les verrous,

Ni tous les soins que l'on peut prendre,

N'ont jamais garanti l'époux

Quand l'épouse a voulu se rendre?

Si l'on veut s'en mettre en courroux

Et tout tuer; si l'homme sage

Ne sait pas s'armer de courage

Et braver ce léger hasard,

Maris, prenez tous un poignard :

Un peu plus tôt, un peu plus tard,

Vous pourrez tous en faire usage.

Oui, malgré les beaux sentiments

Si bien exprimés par Voltaire,

Malgré les vœux et les serments

Et tout ce langage ordinaire, \ a in protocole des amants.

L'hymen n'a point de feux constants.

Zaïre aurait été légère,

Et le sultan, dans sa colère,

Ne s'est trompé que sur le temps.

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