‹ Correspondance littéraire (volume 2)Chapitre 82 sur 167 · PAR M. DESPRÉAUX · texte numérisé non relu

PAR M. DESPRÉAUX

Non, point de mariage,

Je ne suis pas si fou ;

Le lien du ménage

Fut toujours un licou. (bis.)

Primo, Ton .s'aime bien

Puis on ne sent plus rien;

On parle un faux langage,

Bientôt on est volage,

Je ne suis pas si fou ;

Coucou, coucou, C'est le sort (bis) d'un époux, (bis.)

Vouloir femme constante

Est fort mal entendu;

Au monde rien ne tente

Plus qu'un fruit défendu : (bis.)

Ce plaisir n'est piquant

Que lorsqu'on le défend,

L'hymen veut qu'on soit sage,

Et l'amour est volage.

Non, point de mariage, etc.

La femme avec adresse

Vous trompe à chaque instant,

Elle ne vous caresse

1. Danseur do l'Opéra, élève du sieur Gardel, auteur de plusieurs pièces jouées avec beaucoup de succès sur le théâtre de la cour, sur celui de Mllc Guimard, du Comédien bourgeois, des parodies de Didon, etc., etc. (Meister.)

Que pour cacher l'amant. (bis.)

L'ami de son mari

Devient le sien aussi :

Aux devoirs du ménage

Elle a double avantage.

Non. point de mariage, etc.

Jeune femme est frivole,

Vous mine en peu de temps;

Vieille, c'est une folle

Grondant époux et gens, {bis.)

Disant qu'en sa maison

Elle seule a raison ;

Regrettant son jeune âge,

Désirant le veuvage.

.Non, point de mariage, etc.

L ne femme jolie

Attire mille amants,

l ne laide furie

En trouve avec le temps : (bis.)

Ou c'est son confesseur

Ou bien c'est son coiffeur.

Enfin à chaque étage

Loge le cocuage.

Non, point de mariage, etc.

La femme est-elle sage,

C'est bien un autre train,

Un éternel tapage

L'on a soir et matin. (bis.)

Fière de sa vertu,

Elle a l'esprit têtu

Et, dans son bavardage,

Reproche qu'elle est sage.

Non, point de mariage, etc.

Si femme on vous propose,

Retenez ma chanson,

Car la meilleure chose

Est de rester garçon. (bis.)

Sachez que la gaîté

Naît de la liberté;

Un peu de braconnage,

Mais jamais d'esclavage.

Non, point de mariage, etc.

— Le samedi 13 septembre, on a donné, sur le Théâtre- Français, la première représentation de Lanval et Viviane, ou les Fées et les Chevaliers, comédie-héroï-féerie, en cinq actes et en vers de dix syllabes, mêlée de chants et de danses, par M. André de Murville, gendre de Mlle Arnould, l'auteur du Rendez-vous du Mari, de Melcour et Verseuil, etc.

Le fond du nouveau drame est tiré d'un ancien fabliau, le Lay de Lanval, traduit en langage moderne par M. Le Grand d'Aussy, et mis en vers par M. Imbert, dans la collection qu'il a intitulée Choix de fabliaux, deux petits volumes in-8°.

Arlus, ce roi de la Grande-Bretagne si célèbre clans nos vieux romanciers, tient sa cour plénière; il prodigue ses largesses à ses chevaliers, mais il oublie Lanval, le plus brave et le plus fidèle de tous. Ce chevalier quitte la cour, et suit le premier chemin pour lequel se décide son coursier. Arrivé dans un vallon, il descend de cheval, s'assied sur l'herbe et rêve à son infortune. L'apparition de deux nymphes le tire bientôt de sa rêverie; elles l'invitent à les suivre, et le conduisent sous une tente ornée avec autant de luxe que de goût. Le chevalier y voit , une femme d'une beauté céleste, qui sourit de la surprise qu'elle lui cause ; elle lui déclare qu'elle l'aime depuis longtemps, et qu'elle veut lui faire un sort digne des plus grands rois. Lanval répond, comme le doit un galant chevalier, à l'amour de la fée Viviane, et jouit de son bonheur jusqu'à l'instant où l'ordre des destins force son amante à se séparer de lui; elle ne le renvoie qu'après lui avoir donné les moyens de vivre dans l'abondance, et en lui promettant de paraître à ses yeux toutes les fois qu'il prononcera son nom ; mais elle lui annonce en même temps que, s'il se permettait la moindre indiscrétion sur leur amour, il la perdrait pour jamais. Lanval, de retour à la cour du roi Artus, l'éblouit de son éclat. La reine en devint amoureuse, et lui déclara son amour ; non-seulement le chevalier y fut insensible, mais il osa même lui dire

Qu'il n'était point de reine Qui de sa mie égalât la beauté.

Indignée, et, qui plus est, jalouse, la reine se plaignit à son époux qu'un chevalier déloyal, après l'avoir priée d'amour,

avait eu l'audace d'insulter à ses charmes et do les mépriser. Lanval est arrête. Il invoque eu vain la fée à plusieurs reprises; il a faussé son serment en parlant de sa mie, et Viviane ne paraît point On va prononcer L'arrêt de Lanval, quand un chevalier propose de le contraindre, avant son jugement, à montrer sa maîtresse, pourvoir s'il a seulement manqué de politesse sans outrager la vérité. Lanval se refuse à ce moyen imaginé par son ami pour lui sauver la vie. On le conduit au supplice, lorsque plusieurs nymphes se présentent tour à tour, et annoncent l'arrivée de leur maîtresse. La fée paraît enfin ; elle avoue que, si elle n'a pu se dispenser de punir la désobéissance de Lanval, elle doit un prix à sa fidélité, et elle le lui donne en l'emmenant avec elle pour ne s'en séparer jamais.

Ce sujet avait déjà été traité sur un de nos petits théâtres avec une sorte de succès, sous le titre (ÏUrbelissc et Lanval ; l'auteur de ce drame à l'intérêt du conte a su mêler du spectacle et de la gaieté ; il n'a point négligé surtout les machines qui se présentent si naturellement dans un sujet de féerie, et qui en sont une des principales ressources.

Malgré quelques jolis vers qu'offre de temps en temps le dialogue , cette pièce, à la première représentation, n'a pas été achevée sans beaucoup d'impatience et d'ennui. L'action a paru froide et décousue, les incidents gauchement amenés; on a trouvé la déclaration d'Iseult aussi peu convenable à son rang qu'à son sexe ; l'amour de Viviane pour Lanval n'est pas non plus ce qu'il pourrait être, et n'a fourni qu'une scène agréable, celle du quatrième acte ; celle du second est ridicule. Ce qu'on a reproché plus généralement encore à M. de Murville, c'est de n'avoir pas su répandre dans un sujet de ce genre plus de spectacle et plus de variété : ce n'est pas la peine de s'emparer d'une baguette de fée pour ne pas en tirer plus de parti.

A l'aide de quelques retranchements et de beaucoup de complaisance de la part des Comédiens, cette pièce a obtenu jusqu'à dix représentations, mais elles ont été peu suivies.

— Relation des des Peleiv, situées dans la partie oenden-

taie de V océan Pacifique, composée sur les journaux, et la com-

munication du capitaine Henri Wilson et de quelques-uns de ses

officiers qui, en août il '83, y ont fait naufrage sur YAntelope, etc.,

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traduite de l'anglais l de George Keale, êcuyer. A Paris, un volume m-k° ou deux volumes in -8°. Les deux éditions, de l'imprimerie de Didot le jeune, sont enrichies de quelques portraits, de ceux du capitaine Wilson, du roi des îles Pelew, de son fils, d'une de ses femmes, d'une demi-douzaine d'autres gravures, et d'une carte des îles Pelew, et autres adjacentes.

Il ne faut pas s'attendre à trouver dans cette relation des découvertes bien importantes ou des vues bien nouvelles ; mais, à travers une foule de détails assez minutieux pour le lecteur, quelque intéressants qu'ils fussent dans le moment pour le repos et la sûreté des naufragés, on trouve plusieurs traits infiniment touchants sur les mœurs du peuple simple et hospitalier dont nous ne devons la connaissance qu'à l'infortune de M. Wilson. Après tous les secours que le roi de cette contrée offrit aux Anglais échoués sur ses bords, combien l'on est touché de la confiance avec laquelle il engagea le capitaine à se charger de l'un de ses fils et aie conduire en Europe pour s'instruire de nos mœurs et de nos usages ! Avec quel attendrissement l'on partage la douleur qu'eut ce brave officier de voir mourir, peu de temps après son arrivée à Londres, ce jeune prince qui paraissait si reconnaissant de ses soins, et dont les progrès donnaient déjà les plus grandes espérances! On ne peut se défendre aussi de prendre un grand intérêt à la destinée d'un jeune matelot anglais, nommé Blanchart, qui, malgré les instances de ses camarades et les représentations de son capitaine, voulut absolument rester aux îles Pelew; c'était, dit l'auteur de la relation, un homme d'un caractère singulier, âgé d'environ vingt ans, d'une tournure d'esprit assez sérieuse, quoique doué d'un grand talent pour la bonne plaisanterie. Ce qui rend sa résolution plus étonnante, c'est qu'on sait qu'il n'avait formé dans l'île aucun attachement particulier.

— Les personnes qui voudront recueillir les titres justificatifs de l'administration de M. l'archevêque de Sens ne doivent point oublier deux brochures de M. le marquis de Condorcet, intitulées, l'une, Lettres d'un citoyen des Étals-Unis à un Français sur les affaires présentes ; l'autre, Sentiments d'un républicain sur les assemblées provinciales et sur les états généraux.

1. La traduction a été revue par M. le comte de Mirabeau. (Mkisteu.)

Philadelphie, (788. Ce sont les deux écrits où le système de la puissance ou clos prétentions parlementaires a été attaqué, non pas avec le plus de chaleur, car on sait bien que M. de Condorcet n'en a point, mais avec le plus de force, de haine et d'adresse. Nous ne citerons ici que l'observation générale qui termine le dernier de ces pamphlets.

a Le défaut le plus dangereux pour votre nation, dit le prétendu républicain, n'est pas sa légèreté, aucune n'est plus attachée à ce qui est consacre par le temps... c'est son goût pour limitation... 11 semble qu'un Français ne puisse exister ni penser seul: il tient à un corps ou il est d'um' secte. Il pense et signe, non ce qu'il croit, mais ce que disent ceux qui ont avec lui certaines qualités communes... Il emploie son esprit, non à connaître ses droits, ses intérêts, ses devoirs, mais à savoir comme il soutiendra ce que l'avis de son ordre ou de sa compagnie lui a prescrit de penser et de croire ; il adopte aujourd'hui, à la suite des gens qu'il méprise au fond du cœur, les mêmes principes qu'hier il tournait en ridicule; il ne se cloutait pas ou il se moquait, il y a deux jours, de l'opinion pour laquelle il jurera demain qu'il est prêt à sacrifier sa vie. »

— Le lundi 13 octobre, on a donné, sur le Théâtre-Italien, la première et dernière représentation de Fanchette, comédie mêlée d'ariettes, paroles de M. Des Fontaines, musique de M. Dalavrac. La fable n'est qu'un mauvais roman chargé d'une multitude de détails, dont la niaiserie ou l'inutilité ne rendent l'intrigue ni plus intéressante ni plus vraisemblable. Les premiers actes ont été écoutés avec une froideur assez tranquille, mais à la fin le public a manifesté vivement son ennui ; il a profité de la permission obligeante que lui donnait l'auteur dans le dernier couplet du vaudeville :

Par écrit juge suprême Veut nous faire la leçon ; Venez la faire vous-même, Nous ne dirons jamais non.

Et la manière dont4ce juge suprême a prononcé son avis dispense assurément tous les journalistes de donner le leur.

— De la Monarchie prussienne sous Frédéric le Grand, avec un appendice contenant des recherches sur la situation actuelle des

32ft CORRESPONDANCE LITTÉRAIRE.

•principales contrées de V Allemagne, par le comte de Mirabeau. Sept volumes in-8°, avec cette épigraphe : Habucrunt rirtutes spatium exemplorum. Tacit., et un volume in-folio, contenant un atlas de la monarchie prussienne, suivi de tableaux statistiques et d' un grand nombre de planches relatives k la partie militaire.

L'objet que s'est proposé M. de Mirabeau n'est pas d'écrire l'histoire de Frédéric II ; il a voulu tracer le tableau de la situation où ce grand prince a laissé son pays, sa nation, son royaume, et il se flatte d'être parvenu à rassembler presque tout ce qu'il est possible d'en savoir. « La profonde habileté, dit-il, du coopérateur allemand, M. Mauvillon, qui a bien voulu analyser et critiquer la plus grande partie des matériaux de cet ouvrage, la richesse des sources où j'ai puisé, les heureux hasards qui m'ont procuré les communications les plus précieuses et les plus importantes, l'avantage que j'ai eu de traiter les points principaux dont j'ai entrepris la discussion avec les plus habiles hommes d'État et les citoyens les plus éclairés de la Prusse, sont les garants de la confiance due à ce grand travail. »

Le premier livre de la Monarchie prussienne est un précis historique des voies par lesquelles les électeurs de Brandebourg se sont élevés au rang des plus puissants souverains de l'Europe, depuis Frédéric, burgrave de Nuremberg, comte de Hohenzollern,qui, en 1411, obtint de l'empereur Sigismond, pour une somme d'environ quatre cent mille florins, la Marche et la dignité électorale en fief héréditaire, jusqu'à Frédéric le Grand, dont la politique et les victoires ajoutèrent aux États acquis à sa maison le duché de Silésie et une partie de la Pologne.

Dans le second livre, M. de Mirabeau donne une description géographique des États du roi de Prusse, accompagnée de détails fort circonstanciés sur leur population. On n'a pas été médiocrement surpris de le voir si peu d'accord, dans cette dernière partie, avec M. le comte de Uertzberg, dont les Mémoires ont tant de titres à la confiance publique.

Le troisième livre traite de l'agriculture et des productions naturelles des différents États qui composent la monarchie prussienne. L'auteur a considéré cet objet sous deux rapports : philosophiquement, pour connaître l'aptitude au bonheur que ces peuples ont reçue de la nature, et l'usage qu'ils en font; politi-

quement, pour déterminer les forces et les ressources de ces peuples.

Les manufactures et le commerce font la matière du quatrième et du cinquième livre. On \ trouve l'exagération des principes économistes, niais un grand nombre de détails intéressants et curieux. 11 parait que l'auteur a travaillé sur d'excellents matériaux.

Le sixième livre D'offre que des aperçus sur l'état des revenus et des dépenses. M. de Mirabeau nous avertit lui-même, dès le commencement de ce livre, qu'il sera impossible de donner un calcul parfaitement exact ni de la somme des revenus du roi de Prusse, ni de celle de ses dépenses. « C'étaient, dit-il, autant d'objets couverts d'un profond mystère sous l'administration de Frédéric II ; il faudra donc que, sur plusieurs articles, le lecteur se contente de probabilités.

La fin de ce volume contient plusieurs pièces relatives à la régie de M. de La Haye Delaunay; son Apologie, son Compte rendu et l'examen de ce Compte.

Le septième livre contient les affaires militaires et la tactique prussienne; c'est la partie la plus étendue de l'ouvrage de M. de Mirabeau, mais c'est aussi la partie sur laquelle on sait qu'il a été le plus à portée de se procurer d'excellents mémoires.

Le huitième et dernier livre embrasse tout ce qui a rapport à la religion, à l'instruction, à la législation et au gouvernement; c'est peut-être de tout ce grand ouvrage ce qui appartient le plus véritablement à M. de Mirabeau; c'est là qu'on reconnaît le mieux l'empreinte particulière de son génie, la hardiesse de ses idées, la véhémence et la rapidité de son style. On en jugera par les morceaux suivants :

« Puisque nous ne raisonnons ici qu'en politiques et en philosophes uniquement animés des 1 umières naturelles, nous oserons dire que, s'il est une religion dont la tendance soit infiniment dangereuse pour l'humanité, pour les souverains, pour un souverain protestant, pour un roi de Prusse surtout, c'est celle dont le clergé s'oppose incessamment au progrès des lumières en tout genre, et professe un infatigable esprit de persécution pour tout ce qui concerne le culte, la croyance et les prêtres. De tous les fléaux, celui-ci est incontestablement le plus durablement nuisible au bien-être de l'espèce humaine; et quant aux souve-

rains, un tel clergé est pour eux le maître redoutable d'un animal féroce qu'il a su apprivoiser. Flattez le maître, obéissez-lui, le monstre sera docile et caressant ; mais ayez une seule volonté contraire aux desseins du maître, le monstre qu'il détache vous terrasse et vous égorge, etc. »

« C'est une des grandes erreurs de la morale très-incomplète, très-ambiguë, souvent fausse, plus souvent défectueuse, que nous devons au christianisme, d'attacher beaucoup d'importance à ce que les prêtres ont nommé les péchés de la chair. L'incontinence de toute espèce est un vice qui nuit souvent fort essentiellement à celui qui en est possédé; mais, dans l'ordre social, si l'on excepte l'adultère, dont la plus grande source est dans les mauvaises lois, c'est assurément un des plus légers, et, par conséquent, un de ceux contre lesquels la législation doit s'exercer avec le moins de rigueur, etc. »

« Ceux qui connaissent les affaires de ce monde savent que communément un roi n'est qu'une idole, un homme posé là pour arrêter l'ambition de ceux que leur rang, leurs richesses, leur crédit ou leur force d'esprit mettraient en état de commander tous les autres, et prévenir ainsi les maux que cette ambition pourrait faire. Cet homme d'ailleurs, que les courtisans ont su, par l'irrésistible vertu de l'étiquette, hébéter et tenir dans la plus profonde ignorance des rapports qui lient les autres hommes, ne gouverne point, il fait seulement ce que lui indiquent ceux qui ont su se procurer la délégation de son pouvoir, etc.. »

Ce sont ces morceaux et quelques autres du même genre qui ont fait retarder pendant quelque temps la publication de l'ouvrage; on a commencé par exiger des cartons, on en a obtenu quelques-uns, et l'on a fini par fermer les yeux.

Dans le résumé ou dans la conclusion de son ouvrage, M. de Mirabeau déploie toute son éloquence pour prouver que l'état actuel de l'Allemagne est celui qui peut lui assurer le plus de puissance, de bonheur et de liberté, parce que, lorsqu'une grande contrée eot divisée en petits pays, la lumière et la prospérité se répandent plus facilement dans chacune de ces divisions, parce que la gloire d'une bonne administration touche bien plus vivement les princes qui, au lieu de n'être que les gouverneurs de leur pays, en sont les souverains, etc., etc.

C'est aux savants de L'Allemagne qu'il appartient de prononcer en dernier ressort et sur le choix des matériaux employés par le comte de Mirabeau, et sur l'usage plus ou moins éclairé, plus ou moins impartial qu'il en a su faire. Nous ne connaissons en France aucun ouvrage auquel on puisse le comparer quant au fond des choses, et, sous ce rapport, l'on ne peut disconvenir que l'auteur n'ait bien mérité de sa patrie; car, en attendant qu'on relève les erreurs qu'il a pu commettre ou les préventions auxquelles il a pu se laisser séduire, on reconnaîtra de bonne foi qu'il apprend aux lecteurs français une foule de faits et de détails importants dont ils n'avaient eu jusqu'alors aucune idée. Quant à la manière dont le livre est conçu, quant à la manière dont il est écrit, nos critiques ont été moins réservés, ont été moins indulgents: ils ont pensé, ils se sont permis de dire que l'histoire do hi Monarchie prussienne était moins un grand ouvrage qu'une compilation très-volumineuse, un amas de matériaux plutôt qu'un édifice; ils ont reproché à l'auteur d'avoir traite quelques objets d'une manière trop concise, d'autres avec - détails beaucoup trop minutieux. En général, on croit s'apercevoir que M. de Mirabeau a voulu faire un très-gros livre et l'achever promptement. Il a trop compté peut-être et sur l'utilité réelle de son plan et sur l'extrême facilité de son génie ; il n'a pas donné assez de soins à la distribution de chaque partie relativement à l'ensemble ; en écrivant un grand ouvrage comme on écrit un pamphlet, il a oublié qu'on jugeait tout autrement ce qui n'exige que quelques heures d'une lecture rapide, et ce qui demande une longue attention, une attention qui puisse se soutenir et se renouveler à plusieurs reprises.

La Monarchie prussienne est certainement de toutes les productions de M. de Mirabeau la plus importante et la plus utile; mais nous ne serions pas étonné qu'elle n'ajoutât pas infiniment à l'idée qu'on avait de son talent. Il y a telle de ses brochures où l'on trouve peut-être de plus belles pages que dans ces sept ou huit volumes, et dans ces sept ou huit volumes que de pages étrangères à son génie, à son style, et où l'on ne retrouve que la main fatiguée de l'ouvrier pressé de grossir les produits de son travail !

M. de Mirabeau a dédié son livre à son père, et cette épître dédicatoire est assurément le plus bel éloge que l'on ait encore fait de X Ami des hommes.

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