‹ Correspondance littéraire (volume 2)Chapitre 90 sur 167 · VERS MIS AU BAS DU PORTRAIT DE M. BERGASSE · texte numérisé non relu

VERS MIS AU BAS DU PORTRAIT DE M. BERGASSE

Fidèle à l'amitié, fidèle îi la patrie, Il apprit aux Français a rougir de leurs fers, Et fort de sa vertu, puissant par son génie, 11 est l'appui du juste et l'effroi des pervers.

Maillard, ou Paris sauvé (sujet tiré de l'histoire de France, année 1358), tragédie en prose et en cinq actes, par M. Sedaine, de l'Académie française. Brochure in-8°, avec cette épigraphe :

Tragicus plerumque dolet 6ermone pedestri.

(Horat.)

If. Sedaine se plaint, dans la préface qu'il a mise à la tête de cet ouvrage, d'en avoir sollicité inutilement la représentation depuis dix-sept ans; c'est surtout l'ombre de Le Kain qu'il ac-

1. Mcister oublie qu'il avait déjà cité de lui l'épitaphe d'un jeune homme tué à la Nouvelle-Angleterre; voir tome XIII, p. 422.

2. Cambry a publié divers travaux sur les Celtes et les populations primitives de la Gaule, mais seulement a la lin de sa vie. Il est mort en 1807.

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3bh CORRESPONDANCE LITTÉRAIRE.

cuse de ce malheur ou de cette injustice ; il prétend que ce célèbre comédien, que nous avons si peu d'espoir de voir remplacé jamais, déclara dans le temps qu'il ne prostituerait jamais son talent à faire valoir de la prose. Les gens de lettres qui ont conservé un respect trop religieux pour les chefs-d'œuvre de Corneille, de Racine et de Voltaire, sont tous complices de la proscription contre laquelle réclame M. Sedaine : ils ont craint, dit-il, que Paris sauvé ne prouvât, malgré la chute de XOEdipc de La Mothe, que l'on pouvait faire des tragédies en prose, et la facilité que tout homme de lettres aurait de profaner le temple de Melpomène leur a paru trop dangereuse. Nous ne répéterons point tout ce qu'on a écrit pour démontrer que nos tragédies ont besoin d'être écrites en vers; que ce travail de la versification n'a pas seulement le mérite de la difficulté vaincue, comme le prétendait La Mothe et comme voudrait le persuader après lui M. Sedaine ; nous nous bornerons ta observer que notre langue, dont le premier mérite est une élégante clarté, n'ayant presque point d'inversions, étant naturellement peu accentuée, le rhythme, la mesure, la rime même, sont des entraves qui lui sont nécessaires pour s'élever à cette précision harmonieuse, ix cette noblesse de style soutenue qu'exige le cothurne tragique. A l'appui de cette réflexion, nous rappellerons la fameuse strophe d'une ode de M. de La Faye, par laquelle M. de Voltaire répondit à La Mothe, qui, après avoir fait tant de bons et de mauvais vers, pour justifier son Œdipe en prose, osa soutenir que la versification n'était qu'un travail mécanique et ridicule.

De la contrainte rigoureuse

Où l'esprit semble resserré,

11 reçoit cette force heureuse

Qui l'élève au plus haut degré.

Telle dans les canaux pressée,

Avec plus de force élancée,

L'onde s'élève dans les airs;

Et la règle qui semble austère

N'est qu'un art plus certain déplaire.

Inséparable des beaux vers.

On peut répondre de plus à M. Sedaine, qu'en supposant que le plan sur lequel il a conçu sa tragédie de Maillard soit aussi régulier, aussi simple, et en même temps aussi dramatique que

ceux des meilleures tragédies de nos grands maîtres, dos vers faits comme ceux de Corneille, de Racine, de Voltaire, n'auraient pas nui du inoins à son succès, et qu'il est trop généreux à lui de s'interdire un moyen de réussir que tant de grands hommes n'ont pas cru devoir négliger.

.Vu reste, ce n'est pas le refus des Comédiens, encore moins l'opinion de ceux qui pensent qu'on ne peut pas faire de bonnes tragédies en prose, qui a empêché pendant dix-sept ans la représentation de Paris sauvé, c'est la prudence du ministère public, qui n'a pas cru qu'il convint de présenter sur le théâtre de la nation des Français révoltés contre leur roi; et dans la circonstance actuelle, il s'est permis encore de penser que de quelque manière que H. Sedaine eût traité ce point de notre histoire, on n'offrirait point sans quelque inconvénient sur la scène un Marcel, qui mérita bien sans doute sa fin déplorable par tous les crimes, par tous les attentats qu'il commit contre son souverain, mais dont le caractère audacieux rappellerait trop peut-être qu'il ne devint si criminel que parce que Jean II avait manqué de foi à ses sujets, en dérogeant à la charte que lui-môme força son souverain d'accorder à la nation, aux états de 1355, charte semblable à peu près à celle que les Anglais obtinrent de leur roi Jean-Sans-Terre, et sur laquelle reposent encore aujourd'hui les libertés de l'Angleterre. Tels sont les vrais motifs qui ont arrêté et qui pourront arrêter longtemps encore à Paris la représentation de l'ouvrage de M. Sedaine.

On y retrouve sans doute toute l'originalité qui caractérise le talent dramatique de l'auteur. Le mariage secret d'Héloïse avec le fils de Marcel est une idée des plus heureuses; sans cette fiction, il était impossible de concevoir le plan de cette tragédie ; tous les ressorts de l'intrigue, tout l'intérêt qu'elle inspire tiennent à ce trait de génie. Le reste de l'action offre beaucoup de détails languissants, des allées, des venues sans nécessité, sans objet ; les développements, qui n'ont presque jamais le mérite de la pureté du style, n'ont pas même toujours celui de l'éloquence que demandaient quelques-unes des situations que M. Sedaine a eu l'art d'amener si heureusement dans cet ouvrage. Parmi celles qui ne pourraient manquer d'avoir un grand effet au théâtre, on distinguera la scène où Maillard paraît au milieu des conjurés à l'instant même où l'un d'eux vient d'enfoncer son

poignard dans la table ; celle où le délire et les cris d'Héloïse appellent si naturellement son père après que son époux lui a avoué le projet de la conjuration. Par ces moyens d'une invention vraiment dramatique, l'ouvrage aurait pu se soutenir à la représentation, mais les défauts qui le déparent, et que nous n'avons fait qu'indiquer légèrement, ne lui laisseront peut-être pas le même avantage à la lecture; nous craignons donc que cette nouvelle production n'ajoute pas beaucoup à la gloire littéraire de M. Sedaine. Ce qui doit l'honorer le plus, c'est d'apprendre au public que la plus grande souveraine de l'Europe a bien voulu que cet ouvrage lut représenté devant elle, et sur le théâtre de la capitale de son vaste empire1. Paris sauvé, joué à Pétersbourg, prouve bien que le souverain qui n'use du pouvoir absolu que pour le bonheur de ses peuples doit peu redouter qu'on présente à leurs yeux le tableau des suites funestes de ce pouvoir.

— Apologue tiré d'une feuille périodique qui s'imprime en Bretagne, intitulée la Sentinelle du peuple, n° 112.

Une dame du premier rang, mais d'une mauvaise constitution, avait vécu jusqu'à ce jour infirme et grabataire ; les charlatans qui la traitaient, disant qu'elle était trop faible pour marcher, et qu'elle avait d'ailleurs des vertiges, ne lui permettaient pas de se lever. Pendant ce temps, c'était, dans la maison, dissipation de toute espèce, intendants, aumôniers, officiers, laquais, gens d* écurie, femme de chambre et dame de compagnie; c'était à qui pillerait le mieux le revenu de la malade, et ce revenu était immense. Les charlatans ne s'oubliaient pas, et l'on voyait en peu de temps des gens venus du Pont-Neuf avec la cape et l'épée acquérir hôtels et châteaux, et mener un vrai train de princes. Le scandale était public, les fermiers en gémissaient, les voisins

1. Nous avons ouï dire que le roi de Suède avait fait le même honneur à cet ouvrage. (Meister.) — Les lettres de Catherine à Grimm et de celui-ci à l'impératrice, publiées par M. J. Grot (1878-1880, 2 vol. in-8), ne nous fournissent pas la date de cette représentation; mais on voit par une lettre de Grimm (0/17 juin 1781) que Scdaine avait adressé à Catherine le manuscrit de Paris sauvé, orné de dessins dont il ne nomme point l'auteur et accompagné d'une épître dédicatoire.

2. Cette feuille, publiée par M. Monsodivc, fut distribuée clandestinement en 1787-88. Tous les arguments des défenseurs de la noblesse y sont habilement réfutés; Volney était au nombre des collaborateurs. (Cil.) — Elle eut cinq numéros et un grand nombre d'imitations dont on trouvera la liste dans la Bibliographie de M. Hatin, p. 92.

en médisaient, le maître seul ignorait le désordre, et personne ne pouvait ou n'osait l'instruire : chez les grands l'accès est si difficile !

Cependant, il y a quelques années, un médecin étranger s'introduisit, on ne sait trop comment; et ayant pu approcher le maître, il l'avertit que la maladie de sa femme n'était pas ce que l'on disait, que sa grande faiblesse ue venait que d'un régime mal entendit, d'une diète beaucoup trop sévère, et surtout de purgations excessives } qu'elle n'avait besoin, pour se rétablir, que de développer ses forées par l'exercice et l'usage de Yair libre. Le mari, qui ne désirait que la meilleure santé de sa femme, la conlia à ce médecin : et en effet, malgré des circonstances critiques qui survinrent, il améliora sensiblement son état.

Mais les sangsues de la maison, intendants, charlatans de compagnie, etc., songèrent que si la grande dame recouvrait la santé, elle régirait elle-même sa fortune; c'est pourquoi, craignant la réforme, ils intriguèrent si bien auprès du maître qu'il congédia le médecin, et la malade de retomber aux: mains des charlatans, et les charlatans de la repurger, resaigner, remettre à la diète, tant et si bien qu'enfin il fut évident qu'elle allait périr dans leurs mains.

Alors les sangsues de la maison avisant que si la grande dame mourait tout cà fait, elles-mêmes seraient frustrées, ont rappelé le médecin. Lui, qui aime beaucoup son métier, est revenu sans rancune, et, quoiqu'il ait trouvé sa malade beaucoup plus faible qu'auparavant, il a persisté dans son premier avis, et prononcé qu'il fallait d'abord la lever. En conséquence, l'on a demandé ses hardes et ses souliers; mais harcles et souliers présentés, rien ne trouvé de mesure; depuis le temps que la malade ne s'en est pas servie, ses membres ont pris d'autres formes, et sur ce cas grand embarras dans le logis. Chez gens du peuple comme nous, c'eût été chose toute simple, on lui eût pris mesure nouvelle et on l'eût habillée de neuf; mais chez les grands, il faut plus de mystères. Après y avoir bien songé, l'on a mandé les quatre Facultés et les chefs des arts et métiers. Un vendredi, au mois de novembre, se tint leur première assemblée, et là, le fait bien exposé, les avis, comme il est d'usage, se sont trouvés fort partagés. En somme, il y a deux grands partis contraires : l'un,

procédant au plus tôt fait, dit qu'il ne s'agit que de prendre la mesure actuelle du corps et de faire des vêtements neufs et conformes ; l'autre, et ce sont les gens graves et posés, soutient qu'il faut opérer avec plus de méthode, et qu'on ne peut, dans les bonnes règles, vêtir la dame sans avoir fait auparavant un inventaire de tout son garde-meuble, pour bien constater les rapports de ses anciens vêtements à sa taille actuelle. En conséquence, l'on a fouillé toutes les armoires du garde-meuble, et, comme la dame est de famille ancienne, on a trouvé des habillements de ses mère, grand'mère, même bisaïeule, robes romaines, coiffures grecques, chaussures gothiques et gauloises, tout quoi l'on va, comme de raison, lui essayer, sans oublier son premier béguin et son premier petit soulier. La clame, qui s'impatiente, crie que tout cela est inutile, qu'on lui fait perdre un temps précieux, que depuis son bas âge les modes ont changé, et qu'elle ne veut plus qu'on lui parle de carcans ni d'esclavages, fussent-ils d'or, ni de précepteurs d'acier, ni de corset de baleine, ni de plombs au coude, etc.

Les choses en sont là, et l'on ne sait comment cela finira; mais tout le monde plaint cette pauvre dame d'avoir affaire, pour s'habiller, aux docteurs des quatre Facultés, car les gens à bonnet carré aiment les vieux usages et n'entendent rien aux nouvelles modes.

— Le 19 novembre, on a donné, au Théâtre-Français, la première représentation de V Amour exilé des deux, comédie en vers et en un acte, de Mmc Dufrénoy, l'auteur du Journal lyrique i .

La manière dont Mme Dufrénoy s'est permis d'altérer un des traits les plus heureux de la mythologie a d'autant moins réussi, que tout le monde s'est rappelé la jolie comédie de l'Oracle2, faite sur le même fond. On avait applaudi, dans les premières scènes, quelques madrigaux et quelques vers assez bien tournés, comme celui-ci :

Tout exilé qu'on est, il faut que Ton s'amuse.

— Observations sur l'histoire de France, par l'abbé de Mably, nouvelle édition, continuée jusqu'au règne de Louis XIV,

1. Courrier lyrique ou Passe-temps des toilettes, 1785-1788, i vol. in-8°.

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