I. Voir précédemment, page
inique n'est pas la même que celle de l'intérêt, mais il n'y a jamais d'effet au théâtre sans le degré de vraisemblance qu'exige au moins l'illusion du moment. A ces défauts essentiels, que n'ont pu racheter des traits pleins d'esprit et d'un vrai talent, s'est encore joint un tort pour lequel l'auteur s'était flatté d'obtenir grâce plus aisément dans la circonstance actuelle que dans aucune autre, c'est celui d'avoir osé dégrader sur la scène, dans le vil personnage de son duc et pair ', la première classe de notre hiérarchie politique ; les mêmes personnes qui lisent avec transport tous les ouvrages qui invitent la nation à faire justice des privilèges des différents ordres dans la prochaine assemblée des états généraux ont paru voir avec indignation l'excès de l'avilissement dans lequel on osait lui présenter un grand seigneur. Le peuple veut souvent que l'on respecte l'idole même à laquelle il ne croit plus, et il tient encore en France à ces antiques monuments d'une féodalité qu'il voudrait détruire.
Quoi qu'il en soit, l'auteur du Faux Noble a trouvé une sorte de consolation à se persuader qu'il n'y avait qu'une cabale de ducs qui avait fait tomber sa pièce. A la bonne heure! Que n'appelle-t-il aussi du parterre aux états généraux, comme M. de La Blancherie, l'agent de la Correspondance générale, qui me disait ces jours passés : « Je suis las de toutes les persécutions qu'éprouve le plus bel établissement dont on ait jamais conçu l'idée (celui de la Correspondance générale). Je travaille dans ce moment à un grand mémoire pour les états généraux ; je suis bien aise de faire décider à la nation assemblée si je suis un sot ou non. »
— Dénonciation au public à l'occasion de quelques écrits anonymes, particulièrement d'une comédie ayant pour titre la Cour Plénière'2, calomnieusemcnt attribuée à M. Bergasse; avec
I. Je sais bien que Dorante, dan* le Bourgeois gentilhomme, joue un rôle tout aussi vil que le duc d'Alfort, mais rien ne prouve d'abord que ce comte Dorante >"it un homme de qualité; et quand il le serait, la bassesse de son caractère disparaît, pour ainsi dire, sous le comique des situations où il se trouve placé. Les - essentiellement odieux ne peuvent être supportés au théâtre qu'autant qu'ils excitent dans la tragédie encore plus d'admiration que d'horreur, dans la comédie plus de rire encore que de mépris. (Meikt2R.)
-'. La Cour Plénière, héroi-tr agi-comédie en trois actes et en prose, par M. l'abbé i>l (par Gorsas); Bacille (Paris), chez la veuve Liberté, à l'enseigne de lu Révolution. 178N, in-8".
des détails sur sa retraite en Suisse, V époque et les motifs de cette retraite, des réflexions sur le danger de ce qu'on appelle bulletins à la main, et les moyens sourds qu'emploie une cabale pour favoriser et faire renaître les anciens abus de la police ; brochure.
Ce misérable pamphlet, dont nous ignorons l'auteur, mais qu'on ne peut se dispenser d'attribuer à quelque enthousiaste du talent et des vertus de M. Bergasse, est dirigé principalement contre M. de Flandres de Brunville, procureur du roi au Chàtelet, que les bruits publics avaient désigné un moment pour remplacer M. de Crosne au département de la police. Nous aurions dédaigné de parler de ce libelle s'il n'avait pas été honoré d'une sentence du Chàtelet, qui le supprime comme contenant des faits faux, calomnieux, etc., et si, dans le réquisitoire qui précède cette sentence, nous n'avions pas trouvé cette phrase vraiment remarquable : « Vous ne confondrez pas, messieurs, la licence sans frein qui a enfanté cette production coupable, avec cette liberté si désirable de la presse, cette conquête nouvelle de l'opinion publique, ce moyen puissant de lumières dont nous ressentons déjà les utiles effets, et dont l'avenir nous promet encore de plus heureuses influences... » Et c'est ainsi qu'aujourd'hui l'on parle au Chàtelet, dans ce tribunal que l'on vit, il y a quelques années, tout près de condamner aux galères le pauvre M. Delisle, pour avoir fait un livre presque aussi moral qu'ennuyeux, intitulé la Philosophie de la nature!
— De Londres et de ses environs. Brochure in-8°. Ce n'est point une description, ce n'est point un voyage, c'est, comme l'auteur l'appelle lui-même, une Promenade d'automne en Angleterre1. Mais cette promenade est agréable, intéresssante, quelquefois même instructive. L'auteur avoue qu'il n'a passé que vingt et un jours à Londres; il sent que ce n'est pas tout à fait assez pour étudier en détail les hommes, les mœurs et le gouvernement de l'Angleterre; mais, pour juger de la physionomie du peuple anglais, des jardins, de la forme des villes et de la beauté du sang, etc., il ne faut, dit-il, que passer la mer, ouvrir les yeux
1. Cambry a publié la môme année une brochure sous ce titre; elle a été réimprimée, ainsi que celle dont Meister rend compte, dans une édition augmentée du Voyage philosophique d'Angleterre, de La Coste, 1791, 2 vol. in-8°.
et revenir en France. C'est ce qu'il a t'ait, et son ouvrage prouve qu'un homme d'espril ei d'imagination peut embrasser beaucoup d'objets en peu de temps el en conserver une impression vive et profonde. Si son style, ainsi qu'il se l'est reproché luimême, parait singer quelquefois le langage de la poésie, il a souvent aussi la grâce et le naturel du sentiment le plus vrai.
L'auteur de cette jolie promenade est un Breton, M. de Cambry. Nous n'avions vu jusqu'ici de lui que deux ou trois petits contes et quelques pièces fugitives insérées dans YAlmanach des muscs l. mais nous savons qu'il est occupé depuis plusieurs années d'un grand ouvrage sur les plus anciens monuments de notre histoire 2.