‹ Correspondance littéraire (volume 2)Chapitre 96 sur 167 · Les Châteaux en Espayne. (Meister · texte numérisé non relu

Les Châteaux en Espayne. (Meister

38/i CORRESPONDANCE LITTÉRAIRE.

l'Inconstant, au lieu du Présomptueux, qu'on s'obstinait à ne point vouloir écouter. Les Comédiens ont été pressés instamment par M. Collin de se refuser à ces clameurs; on a proposé de jouer Naninc, ce qui a été accepté enfin d'assez bonne grâce, mais après une heure de murmures, de querelles et de brouhaha.

La seule chose que l'on connaisse bien de la pièce est le titre, et ce titre n'accuse-t-il pas la conception même de l'ouvrage? Le Présomptueux et l'Heureux Imaginaire sont des caractères fort différents; pourquoi les confondre? Les originaux qu'on veut présenter sur la scène ne sauraient avoir des traits trop distincts, trop prononcés. Le comte d'Albaret, que le comte Allieri admire comme le premier bien portant imaginaire qu'il ait jamais rencontré, est un heureux imaginaire très-heureux, très-aimable, et n'en est pas plus présomptueux. Au contraire, un homme rempli d'orgueil et de présomption pourrait bien être aussi malheureux en idée qu'en réalité, et peut-être même est-ce sous ce rapport qu'il faudrait montrer ce caractère au théâtre, parce qu'on l'offrirait ainsi toujours en contraste avec lui-même et avec les circontances, ce qui en ferait ressortir naturellement tous les inconvénients et tout le ridicule.

— L'Embarras du choix, comédie en un acte, mêlée d'ariettes, représentée pour la première fois au Théâtre-Italien, le 10 décembre dernier, est de M. de La Chabeaussière, l'auteur des Maris corriges, etc. La musique est de M. Le Fèvre, et c'est sa première composition. Le principal but que s'est proposé M. de La Chabeaussière a été de célébrer deux talents précieux à ce théâtre, celui de Mme Dugazon et celui de M1Ie Renaud, en les mettant adroitement en opposition dans le même ouvrage. La pièce a été écoutée jusqu'à la fin sans murmures; le plaisir qu'on trouvait à suivre cette espèce de lutte entre deux talents si différents, mais également chers au public, a fait pardonner les longueurs qui se trouvent dans la première partie de cet ouvrage; on a été moins indulgent pour la seconde, le dénoûment a paru trop commun, trop usé; il répond mal, d'ailleurs, au titre de la pièce.

Quant à la musique, on l'a trouvée en général d'un style assez pur, assez soigné, mais remplie de réminiscences, ou du moins d'imitations beaucoup trop marquées.

— Le 20 décembre, on a donné sur ce même théâtre la première représentation d'Inès et Léonore} comédie en trois actes mêlée d'ariettes. Le poème est de M. Gauthier, c'est son premier ouvrage; la musique est de M. Breval, et c'est aussi, je crois, sa première composition dramatique.

Cet ouvrage a eu du succès, mais non pas tout à fait celui que le genre et le mouvement de l'intrigue pouvaient en faire espérer: quelques situations assez comiques n'ont pu racheter toujours ni l'invraisemblance, ni la répétition des moyens qui les amènent. On a trouvé le rôle d'Inès presque aussi froid qu'il est gratuitement odieux; il eût intéressé davantage si sa haine, sa jalousie pour sa soeur avaient été fondées sur des motifs plus dramatiques que l'envie vague, de nuire. D. Pèdre se laisse prévenir trop facilement, surtout contre une fille qui possédait auparavant toute sa confiance. Ce sont ces défauts qui ont nui essentiellement au succès de cet ouvrage, rempli d'ailleurs de détails intéressants.

La musique fait honneur à M. Breval, déjà fort connu clans nos concerts comme un excellent exécutant; elle annonce de bonnes études, de la méthode et du goût; mais on y remarque peu d'idées, psu d'invention.

Le lundi 26 janvier, on a fait l'ouverture du nouveau Théâtre de Monsieur1. Ce prince a voulu jouir du même droit que le frère de Louis XIV, celui d'avoir une troupe de comédiens sous son nom, ayant dans la hiérarchie dramatique le rang et les privilèges des théâtres royaux. Les Comédiens français, les Italiens et l'Opéra se sont opposés autant qu'ils l'ont pu à l'établissement d'une troupe dont il ne leur sera plus permis de dédaigner les succès comme au-dessous de leurs talents, quelque jalousie que leur ait inspirée souvent la vogue de quelques-uns de nos théâtres forains; le gouvernement a dérogé au privilège exclusif auquel

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