PARIS GARNIER FRÈRES, LIRRAIRES-ÉDITEURS
6, RUB DES SAIlfTS-PfeRES, 6
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AVEBTIS8EMENT.
Que édition Doavelle de la Correspondance liuèraire de Grimm devait naturellement suivre celle des Œuvres complètes de Diderot. Au moment où, pour la première fois, l'ensemble des écrits de ce vaste esprit est présenté au public, il était juste de rendre le même hommage à celui qui fut non-seulement son meilleur ami, mais à qui, chose singulière-, il dut souvent la révélation ou le développement de ses étonnantes facultés. L'occasion, d'ailleurs était propice. La faveur avec laquelle ont été accueillies les Œuvres complètes de Diderot nous permet de supposer qu'elle ne nous fera pas défaut aujourd'hui encore ; et cette espérance est d'autant mieux fondée, qu'an concours heureux de circonstances nous met en mesure d'offrir aux lettrés et aux travailleurs les parties entièrement inédites qui avaient été signalées, il y a plus de dix ans, par une modeste et éi^ante revue de Strasbourg, le Bibliographe alsacien, de M. CIi. Mehl\ dans une note rédigée sur les propres indications du conservateur du Musée ducal de Gotha. Personne néanmoins n'eut la curiosité ou le moyen de tirer parti de ces cahiers inconnus, et quand, Tan dernier, nous allâmes à Gotha même examiner l'exemplaire dont la communication à Paris nous avait été promise, nous eûmes la satisfaction de constater qu'il allait être désormais possible de combler la majeure partie des lacunes qui déparent les éditions de 1813 et de 1829.
Déjà nous avions fait un semblable dépouillement pour les frag-
t. lanner-féTrier 18ti7, p. 130.
Il AVERTiSSEMENT.
ments donnés à M. Charles Nîsard par feu le marquis de La Rochefoucauld'Liaacourt et offerts à la Bibliothèque de TArsenal par le savant auteur des Ennemis de Yoliaire. Ces fragments, considérés quelquefois et à tort comme provenant du portefeuille de Suard, renferment plusieurs passages supprimés par la censure impériale qui ne font point double emploi avec le volume publié en 1829 par MM. Chéron et Thory, mais principalement des articles dont les éditeurs d'alors n'appréciaient pas la valeur, tels que les comptes rendus des salons de 1785, 1787, 1789, etc. Par une coïncidence curieuse, le manuscrit de Gotha est notablement incomplet en ce qui concerne la fin de la Correspondance. Ce n'est pas tout : M. A. Chaude, qui avait aidé M. Taschereau pour la réimpression de 1829 et qui a môme publié seul les quatre derniers volumes, avait pris la peine de relever sur son propre exemplaire les corrections et additions dont il nous a été donné de prendre copie. Quelques-uns portent précisément sur des passages et des membres de phrases qui avaient pu inquiéter la police de Napoléon ; mais d'autres suppressions, volontairement pratiquées dans les séries nouvelles, prouvent que MM. Taschereau et Chaude craignirent d'éveiller les mômes craintes chez les censeurs de Charles X et que le sous-titre de leur publication^ manquait tout au moins d'exactitude. Cette collation, nous l'avons refaite à nouveau sur le manuscrit de Gotha et nous avons rétabli minutieusement les épithètes aussi bien que les phrases entières ou incidentes inconnues jusqu'à ce jour.
La coordination de tant d'éléments épars nous démontrait dès lors que la pensée première de ce journal secret appartenait bien réellement à Raynal et qu'on ne pouvait sans injustice passer sous silence la période rédigée par lui, encore qu'elle fût incomplète des années 1752, 1753 et d'une partie de 175ft. C'est cette période qui occupe tout ce premier volume et qui s'achève dans le second. La notice préliminaire qui ouvre cette série et celle qu'on trouvera en tôte de la Correspondance proprement dite font connaître les particularités qui se rattachent à ces deux entreprises distinctes et néanmoins un moment concurrentes.
1. « Nouvelle édition où se trouvent rétablies pour la première fois les phrases supprimées par la censure impériale. »
AVERTISSEMENT. m
Pour nous conformer à un usage introduit par nos éditeurs et que nous voudrions voir toujours adopter dans les réimpressions de cette nature, nous faisons suivre cet avertissement de la notice de Meister sur celui dont il fut le secrétaire et le collaborateur assidu. Aussi bien, c'est ce document, où respirent la bonne foi et la sincérité que trahissent les divers écrits de Tauteur, qui a fourni depuis soixante ans les éléments de toutes les biographies de Grimm. Nous i*avons complété en certains points par des actes officiels inédits et par la publication d*un Mémoire imprimé en 1868 dans le tome H du Recueil de la société historique russe. Bien qu'il n'embrasse qu'une phase restreinte de la vie de Grimm et qu'il nous le montre sous on jour nouveau, puisque le zélateur des plus hardis philosophes du siècle y gémit sur l'abolition de droits « qui subsistaient depuis des siècles», tout comme les volontaires de l'armée de Gondé dont il partageait la mauvaise fortune, ce Mémoire est le résumé de la carrière diplomatique pour laquelle il se sentit de bonne heure un vif attrait et qui fit le malheur de sa vie ; car les exactions dont il se plaint à juste titre n'eurent assurément pas d'autre origine.
Il n'existe en ce qui concerne Raynal ni témoignage contemporain de quelque valeur, ni récit autobiographique. La notoriété ne commence pour lui qu'à l'apparition de VHistoire philosophique du commerce des Indes. Jusque-là, cet échappé des instituts jésuitiques rédige « à la solde des libraires» toutes sortes de compilations oubliées. Plus tard, sa fameuse lettre à l'Assemblée nationale déchaîne une croisade de pamphlets dont un seul a survécu, parce qu'il est signé d'André Chénîer, A sa mort, enfm, paraît une brochure déclamatoire dont l'histoire n'a presque rien à tirer^. Il faut donc demander les traits caractéristiques de cette personnalité remuante à des mémoires comme ceux de Malouet, qui l'a bien connu sur son déclin ; aux Souvenirs de D. Thiébault ; aux lettres de Diderot à M"« VoUand. Quant aux dates précises, il suffira de rappeler que Raynal est né à Saint-Geniès (Aveyron), le 11 mars 1700 et qu'il est mort à Chaillot le 6 mai 1796.
Deux portraits seulement de Grimm nous sont connus et tous
1. Éloge philosophique de G.'T.'P. Raynal, par Chérhal de MoDtrëal. Paris, an VI, in-8.