‹ Correspondance littéraire (volume 3)Chapitre 105 sur 354 · Grimm lui-même · texte numérisé non relu

Grimm lui-même

4. CtUéchisme de VtumnéU honme au Dialogue entré un caloyer et un homme de bien. Réimprimé dans toutes les éditions complètes de Voltaire.

tous les jours l'éloge dans la bouche du héros du siècle. En arrivant à huit heures du soir à Gotha, il apprit que Votre Altesse partait le lendemain à cinq heures du matin pour Altenbourg avec toute sa cour ; il n'osa plus faire aucune démarche pour se présenter. C'est le seul regret qu'il ait remporté de son voyage d'Allemagne, qui est d'ailleurs en tout point le plus agréable qu'un sage ait jamais fait, sans excepter celui de la reine de Saba et celui des Mages à l'étable de Bethléem. Je vois par V Essai sur les miracles que milord Maréchal envoie à Votre Altesse * que vous travaillez toujours, madame, à votre édification. J'en bénis Dieu et le bon ange de Votre Altesse sérénissime. Ce bon ange siège dans la bonne tète qui gouverne la plus belle âme d'une grande et adorable princesse dont un grand roi parle sans fin et sans cesse. C'est un morceau bien sagement et bien profondément raisonné que celui de David Hume. Il me semble aussi que la traduction qu'on envoie à Votre Altesse sérénissime est beaucoup meilleure que celle qui a été imprimée il y a quelques années.

Je viens de faire partir à l'adresse de Votre Altesse quelques livres et une boîte contenant un portrait en profil. Comme je l'ai fait encadrer sous verre, je ne dormirai tranquillement que lorsque le bon apôtre m'aura mandé par ordre de Votre Altesse que cette boite est anivée en bon état. J'ai pris pour cela toutes les précautions possibles, et remets le reste à regret à la Providence.

Je lui remets aussi la plume du très-excellent apôtre de la plus adorable souveraine, afin qu'elle l'inspire et lui donne le louable dessein de m' écrire; mais je crains que le bon apôtre ne soit resté à Gotha.

Je vous supplie, madame, de me souffrir à vos pieds. Il faut bien permettre que depuis le grand Frédéric, le plus grand des mortels, jusqu'au petit Frédéric de la rue de Luxembourg, le plus petit des hommes, tout adore Votre Altesse sérénissime.

1. Hume, dans ses Philosophical Essays conceming human tmderstanding (Londres, iHS), a consacré aux miracles un chapitre qui fit grand bruit en Angleterre, et qui figure dans la traduction publiée par Mérian (Amsterdam, 1758, 2 vol. in-12, tome II, p. 13-75). Nous ignorons quelle est la traduction « beaucoup meiUeure » qu^on avait envoyée à la duchesse de Saxe-Gotha en 1763.

LETTRES A LA DUCHESSE, ETC. ftll

20 octobre 1763.

Madame,

J'ai reçu la lettre dont Votre Altesse séréDissime m'a honoré le 3 de ce mois. Il faut bien souffrir que Votre Altesse, à peine de retour de ses Ëtats d'Altenbourg, emploie les premiers moments à m'écrire; il y a longtemps que Votre Altesse ne met point de bornes à ses bontés. M. le marquis de Castries ^ a vu, madame, ce que vous avez eu la bonté de me mander sur la personne à laquelle il s'intéresse. Il aura lui-même l'honneur de témoigner sa reconnaissance à Votre Altesse sérénissime. M. Gelly, c'est le nom de la personne en question, m'a écrit à cette occasion une lettre que je joins ici ; 11 m'a remis aussi ce petit mémoire sur le bruit qui a couru qu'une compagnie s'était formée ici pour rembourser les princes et États de l'empire de leurs fournitures de fourrages. Ce bruit paraît fondé. On dit qu'il y a une compagnie qui achète toutes les prétentions de fourrages liquidées et non liquidées, et qui paye huit sols par ration pour la cession de tout droit. Ce que je sais, c'est qu'un sous-fermier de cette compagnie a dit à une personne de distinction dont je le tiens, qu'il achèterait su sols la ration de tout prince ou État d'Allemagne qui voudrait lui vendre ses prétentions, et qu'il y gagnerait deux sols par ration, parce que la compagnie comptait en donner huit sols. Or si cela est, il est bien plus court de s'adresser à la compagnie même. La formation de cette compagnie parait assez indécente et même incroyable; mais les choses les plus incroyables ne sont pas souvent les moins vraies. Celle-ci pourrait influer sur M. Gelly ; car si le conseil de Votre Altesse jugeait convenable de traiter avec cette compagnie et de préférer un payement convenu et effectif à un payement éloigné et incertain, sa mission n'aurait plus d'objet. Ce que je sais, c'est que la reconnaissance de M. de Castries n'en perdra rien de sa force, et si Votre Altesse sérénissime a des ordres à faire passer à M. Gelly, ou qu'elle désire de plus grands éclaircissements sur cette compagnie, je m'acquitterai de tout avec le zèle que je dois sentir et qui ne peut finir qu'avec ma vie.

1. Gharles-Eugène-Gabriel de La Croix, marquis de Castries, maréchal de France en 1783, né en 1727, mort en 1801.

M. d'Âlembert a été bien touché des bontés de Votre Altesse, et il vous supplie, madame, d'agréer son profond respect. Je pense toujours que ce ne sera pas la dernière fois qu'il aura été à Berlin, et qu'il pourra réparer le malheur qu'il a eu de manquer l'occasion de faire sa cour à une princesse dont il a entendu Téloge pendant trois mois de suite dans la bouche du héros du siècle.

Votre Altesse trouvera dans le premier paquet encore un exemplaire du profil du philosophe Diderot ^ Ce profil n'est pas un ouvrage de M. de Carmontelle; c'est moi qui l'ai fait faire et qui possède la planche. Ainsi j'en peux fournir à Votre Altesse le nombre qu'elle désirera. Jusqu'à présent le philosophe ne m'a pas permis d*en donner ici, et je me suis conformé à ses ordres pour ne point effaroucher sa modestie. Dans ce paquet il se trouve aussi l'estampe du docteur Tronchin, que M. le contrôleur général a fait faire *..

Je supplie Votre Altesse de me souffrir à ses pieds, où je serai toute ma vie, où mon respect, mon attachement et la reconnaissance me retiennent également. Ma santé, un peu altérée depuis deux ou trois joui*s, ne me permet point de parler aujourd'hui à M""' la Grande Maltresse ni d'elle ni de sa souveraine, qui est celle de mon cœur.

1" novembre 1763.

Madame,

Après la plus belle résistance du monde, M. d'Alembert a consenti à ce que j'envoyasse à Votre Altesse sérénissime la lettre du grand roi, votre dévoué frère, et celle de l'impératrice des Russes; mais il a exigé et pris ma parole que Votre Altesse ne permettrait à qui que ce soit de les copier. En conséquence je les ai transcrites moi-même, et me suis trouvé très-flatté d'être le répondant de la souveraine que j'adore. Le philosophe d'Alembert m'a fait sentir, indépendamment d'autres raisons, que ni le roi très-philo-

1. n s^agit de Testampe gravée par Chenu, d'après la peinture de Garand. Elle a été reproduite à l'eau-forte par M. Rajon, pour une édition de la Beligieuse (la planche a été égarée après quelques épreuves d'essai), et sur acier par M. Delannoy, pour les OEuvres complètes.

2. Nous ignorons à quel portrait Grimm fait allusion : le cabinet des Estampes ne possède que celui de Liotard gravé par Gaillard et à la manière noire par J. Watson.

sophe ni l'impératrice ne trouveraient peut-être pas bon de voir courir ces lettres, et je serais assurément au désespoir de lui causer à cet égard la moindre tracasserie ; je n'en aurais pas même voulu pour moi, mais Tenvie de faire ma cour à Votre Altesse sérénissime Ta emporté.

J*ai reçu la lettre dont Votre Altesse m'a honoré le 18 du mois passé. Il faudra bien m'accoutumer à recevoir ces marques de la bonté de la souveraine de mon cœur. Elles me sont délicieuses malgré le remords qu'elles excitent en moi ; je ne puis voir Votre Altesse prendre la plume pour m'écrire sans me sentir le cœur serré ; il est vrai que le moment qui suit cette image est délicieux et fait toujoui^ couler mes larmes.

Madame, il y a aujourd'hui un an que je partis de Marbourg pour aller me mettre aux pieds de Votre Altesse sérénissime. Si je calcule bien, cette lettre sera remise à Votre Altesse le jour que je repartis de Gotha. Quelle suite de jours sacrés pour moi je vais célébrer I Vos bontés ont épuisé ma sensibilité ; mon bonheur était trop grand pour pouvoir en jouir, il ne m'en reste qu'un souvenir qui me remplit de la plus douce des satisfactions et d'une reconnaissance au delà de l'expression.

Que je suis charmé du succès de Bouflerlé * et de son maître, et de leur heureux voyage 1 J'ai fait passer à M. de Carmontelle à Fontainebleau, où il est avec le M. duc de Charti-es, les témoignages de bonté de Votre Altesse sérénissime. Il ne dépendra pas de moi qu'il ne les mérite par tout ce qu'il imaginera de plus propre à les mériter.

Il est vrai, madame, que le jour même que Votre Altesse a observé une aurore boréale, nous l'avons vue en France et, suivant ce qui me revient, d'une manière très-remarquable. Un de mes amis revenant de Fontainebleau à Paris a eu tout le temps de la bien observer. Il prétend qu'elle a été très-forte à différentes reprises, qu'il y a eu aussi quelques intermittences, et qu'elle a duré en tout jusqu'à environ dix heures et demie. Je ne sais si ces observations s'accorderont avec celles de Gotha. Quant à cette fleur d'arbrisseau singulière que Votre Altesse m'a fait la grâce de m'envoyer, plusieurs personnes entendues à qui je l'ai montrée doutent qu'elle puisse être filée. Cependant on m'assure

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