Le compte reodu par Diderot du Salon de
exact à Votre Altesse de cette compagnie qui veut acheter les prétentions des princes de l'Empire.
28 novembre 1763.
Madame,
Suivant les informations que j'ai prises, je ne puis douter qu'il n'y ait des gens ici qui proposent d'acheter argent comptant les prétentions des princes et États de l'Empire. Ils ne demandent qu'à recevoir les originaux des billets de liquidation et s'engagent à payer six semaines après. Je leur ai fait dire, sans nommer personne, qu'ils devaient sentir que cette extradition des papiers originaux ne pouvait avoir lieu qu'en échange de lettres de change payables à six semaines de date, mais dûment acceptées par quelque solide maison de commerce. Il ne faudrait pas autrement s'embarquer avec des gens dont la probité n'est pas autrement bien établie. Au reste, ils n'offrent que six sols pour la ration de fourrage, que le roi a passée à quinze sols dans ses billets de liquidation; mais, comme Votre Altesse sérénissime a très-bien observé, l'argent comptant est d'un grand contre-poids quand il n'y a de l'autre côté que des espérances vagues et éloignées que l'état des finances du royaume ne permettra pas de longtemps de réaliser.
Si Votre Altesse sérénissime daigne donner une nouvelle marque de bonté à son très-humble profane en l'honorant de ses ordres, je tâcherai de mériter cette nouvelle grâce par mon zèle. Il faudrait pour cet effet être muni des papiers originaux au plus tôt possible, pour pouvoir les montrer et entrer en négociation, et si ces papiers ne pouvaient pas être envoyés tout de suite, il me faudrait en attendant une note détaillée des différentes livraisons faites par les sujets de Votre Altesse, où l'on aurait soin de marquer à chaque article ce qui est liquidé et ce qui ne l'est pas. Car il y a d'autres gens qui proposent même de traiter sur des articles qui ne sont pas liquidés. Je crois bien que leurs offres seraient extrêmement minces, et qu'il faudrait procéder dans cette négociation avec beaucoup de prudence et de précaution, mais comme il n'en coûte rien d'écouter dépareilles propositions, il n'en faudrait négliger aucune.
Ce qu'il y a de certain c'est que toute cette affaire est actuellement en fermentation ici, et je crois qu'il faut saisir le moment sans perte de temps. Je sais encore de science certaine que la maison de Waldeck est entrée en négociation avec les gens en question. Je serai instruit des progrès de cette négociation. Si ces gens-là entrent une bonne fois en payement, ce sera un préjugé favorable pour eux. Les prétentions de la maison de Waldeck vont à huit millions.
M. le marquis de Castries est si éloigné de désapprouver les idées de Votre Altesse à cet égard que c'est lui-même qui m'a donné un des premiers l'éveil sur cette compagnie.
S'il a désiré de procurer vos bontés, madame, à ce M. Gelly, qu'il connaît pour un digne homme, ce n'est point du tout au préjudice de ce que les intérêts de Votre Altesse pourraient exiger. Je laisse à M. de Castries à parler à Votre Altesse sérénissime de sa reconnaissance. La seule chose qu'il désirerait, ce serait que Votre Altesse voulût accorder à M. Gelly le titre de son agent avec une lettre pour M. le duc de Praslin, sans appointements et sans affaires, parce que la simple qualité d'agent d'une cour d'Allemagne suffirait à M. Gelly pour remplir ses vues d'un autre côté et le faire réussir dans ses projets qu'il a formés pour son avancement. J'ai osé promettre à M. de Castries qu'à moins de quelque raison particulière que nous ne pourrions savoir, Votre Mtesse se prêterait volontiers à lui donner cette marque de bonté.
6 mars 1764.
.... Un des dévoués de Votre Altesse, M. le marquis de Poyanne, épouse aujourd'hui ou demain M"* de Bacquencourt, veuve d'un fermier général ; c'est une femme de quarante-cinq ans environ, et qui est fort estimée. Son premier mari était frère de ce M. Dupleix qui vient de mourir après avoir été longtemps gouverneur de Pondichéry et qui a passé les dernières années de sa vie à Paris, presque dans la pauvi'eté, parce que la Compagnie des Indes n'avait encore rien statué sur ses prétentions.