‹ Correspondance littéraire (volume 3)Chapitre 108 sur 354 · XVI. «î · texte numérisé non relu

XVI. «î

25juinl7W.

Madame,

Je ne puis laisser partir ce paquet sans avoir l'honneur de dire à Votre Altesse sérénissime que m' étant trouvé le jour du départ de M. le marquis de Castries pour les eaux de Barèges à dîner chez lui, j'ai eu la satisfaction d'y rencontrer M. le comte de Scey que je n'avais pas eu l'honneur de voir depuis la guerre. M. le comte de Schomberg s'y trouva aussi, et il est très-aisé de deviner quel fut le sujet favori de notre entretien. M. le comte de Scey m'a fort recommandé de le mettre aux pieds de Votre Altesse sérénissime, et je l'ai fort assuré qu'il n'avait pas besoin de m'en prier et que je ne négligerais point une si belle occasion de faire ma cour à Votre Altesse. Rien ne prouve mieux l'attachement de tous ceux que le sort a conduits à Gotha pendant la dernière guerre que la joie qu'ils ont de se rencontrer sans se connaître ; ils se croient liés d'amitié les uns aux autres par un sentiment commun qui les attache à Votre Altesse.

Il s'est répandu ici un biiiit ces jours derniers que le grand Frédéric s'était presque empoisonné en buvant d'une limonade qui avait séjourné dans un vase où il s'était formé du vert-degris, qu'il en avait été extrêmement incommodé, mais qu'il était aussi parfaitement rétabli. Nous avons, M. d'Alembert et moi, des lettres de Berlin postérieures à la date de cet accident, et ces lettres n'en font aucune mention. Cela me fait espérer que ce n'est qu'un faux bruit ou du moins une nouvelle fort exagérée. Il serait bien cruel et bien extraordinaire que le héros et l'ami de Votre Altesse finît ainsi. J'ai la confiance que son sort sera unique en tout, et comme c'est un miracle qu'il ait survécu à tant de travaux et à tant de dangers, j'espère qu'il fournira la plus longue comme la plus belle carrière.

Je viens de lui envoyer un recueil de découpures de mon ami Huber de Genève, ainsi que le verre dans lequel on renferme ces morceaux pour les voir. J'ai prié M. de Catt, quand le roi les aura vus assez, de les envoyer avec le verre à la princesse de l'Europe que sa Majesté estime et considère le plus. Ainsi j'espère que Votre Altesse verra arriver ces découpures en temps et lieu, et qu'après avoir satisfait sa curiosité, elle aura la bonté de me les renvoyer i

Paris où Tauteur compte en disposer. Monseigneur le prince héréditaire, qui aime les arts, ne sera pas fâché de voir des productions d'un talent imique.

13 octobre 1764.

.... Mon ami Gatti vient de partir pour la Franche-Comté où il doit, entre autres inoculations, faire celle de M""® la comtesse de Scey, et mon ami Tronchin vient de partir de Genève pour aller inoculer le prince héréditaire de Parme. En attendant, notre Faculté délibère toujours pour savoir s'il n'est pas pernicieux de se faire inoculer, et j'espère qu'elle se décidera pour l'affirmative afin de mettre le comble à sa gloire et de donner à M. Orner Toccasion de faire un réquisitoire digne des autres. M. de Lugeac est venu se rétablir à Paris, après avoir été de nouveau à toute extrémité aux eaux où les médecins l'avaient envoyé fort mal à propos. Je me flatte que l'hiver ne se passera point sans compléter les portraits que Votre Altesse m'a fait la grâce de me demander.

Je n'entends point parler des découpures que j'ai envoyées à Berlin et qui doivent être renvoyées à Votre Altesse. Depuis le retour du roi de la Silésie, je n'ai eu nulle nouvelle de ce pay&-là.

Page 1