‹ Correspondance littéraire (volume 3)Chapitre 113 sur 354 · XVI. S · texte numérisé non relu

XVI. S

Paris, ce 27 mai ilOQ.

Le sieur Guiard est chargé, monsieur, du mausolée de la duchesse de Gotha. Cet ouvrage ne pouvait être confié à des mains plus dignes de remplir les vues du prince auguste qui Ta ordonné ; le sieur Guiard est vraiment homme de génie; attaché au service de l'infant, il a demandé à M. le marquis de Felino, son ministre, la permission d'employer à l'entreprise en question de?; travaux qu'il doit de préférence à la cour, à laquelle il s'est engagé. Le respect de cette cour pour la mémoire d'une très-grande princesse lui a fait obtenir, sans hésiter, la permission qu'il a demandée, mais il a désiré que je vous certifiasse un fait qui était par lui-même bien vraisemblable, et j'ai fait avec empressement l'occasion de vous renouveler les assurances de tous les sentiments que je vous ai voués depuis longtemps, et avec lesquels j'ai l'honneur d'être, monsieur, votre très-humble et très-ob&ssant serviteur.

d'ârgental.

Cette permission obtenue, Grimm se fit donner par le baron de Franckenberg, ministre d'État du duc de Saxe-GoUia, un pouvoir en règle dont voici le texte :

Silvius-Frédéric-Louis, baron de Franckenberg, ministre d'État de Son Altesse sérénissime monseigneur le duc de Saxe- Gotha et Âltenbourg, chargé des ordres particuliers de sadite Altesse sérénissime pour l'objet ci-dessous.

Constituons et autorisons par la présente procuration M. Frédéric-Melchior Grimm, secrétaire des commandements de monseigneur le duc d'Orléans, demeurant à Paris, rue Sainte-Anne, paroisse Saint-Roch, pour traiter et passer convention avec M. Guiard, sculpteur de Sa Majesté très-chrétienne et premier sculpteur de S. A. R. l'infant duc de Parme, concernant le monument funèbre qu'il doit exécuter et qui doit être érigé à la mémoire de feu S. A. S. M'^^ la duchesse de Saxe-Gotha et Altenbourg, conformément au modèle que ledit M. Guiard a envoyé à la cour. En foi de quoi nous avons signé la présente procuration de notre main, et y avons fait apposer le sceau de nos armes.

Fait à Ronnebourg le dix août mil sept cent aoixante-neuf.

Le traité entre Grimm et Guiard ne fut signé que le 9 mars 1770. En voici le texte :

Par-devant les conseillers du roi, notaires au Ghâtelet de Paris, soussignés.

Fut présent M. Frédéric-Melchior Grimm, secrétaire des commandements de S. A. S. monseigneur le duc d'Orléans, et nommé depuis conseiller de légation de S. A. S. monseigneur le duc de Saxe-Gotha et Altenbourg, demeurant à Paris, rue Sainte-Anne, paroisse Saint-Roch, au nom et comme fondé de pouvoir sous signature privée de Son Excellence M. Silvius-Frédério-Louis, baron de Franckenberg, ministre d'État de Son Altesse sérénissime monseigneur le duc de Saxe-Gotha et Altenbourg, chargé des ordres particuliers de sadite Altesse sérénissime pour l'objet ci-après, ledit pouvoir daté de Ronnebourg, le dix août mil sept cent soixante-neuf, et contrôlé à Paris par Langlois ce jourd'hui, lequel est demeuré ci-annexé après avoir été du sieur Grimm certifié véritable, signé et paraphé en présence des notaires soussignés.

Ledit sieur Grimm audit nom, d'une part.

Et sieur Laurent Guiard, sculpteur du roi et de S. A. R. monseigneur le duc de Parme, demeurant à Paris, rue de Richelieu, paroisse Saint-Eustache, d'autre part.

L^uels sont convenus de ce qui suit, savoir :

Ledit sieur Guiard, moyennant le prix ci-après et sous l'assurance de l'exécution de tout ce qui va être spécifié , promet et s'oblige de faire le mausolée de S. A. S. M"* la duchesse de Saxe-Gotha, décédée au mois d'octobre mil sept cent soixantesept.

Le mausolée sera en marbre, ayant principalement deux statues, l'une qui représentera cette princesse assise, qui s'endort du dernier sommeil, la tête penchée en arrière dans des cyprès, et l'autre la Thuringe, s' empressant de s'approcher de la prin- <^sse en lui prenant le bras gauche, le baisant et arrosant de ses larmes cette bienfaitrice si regrettée. Ces deux statues auront chacune au moins six pieds de proportion, en marbre blanc, et deux pouces de plus, s'il le faut, pour le bien de l'ouvrage.

Le mausolée aura pour décoration une chapelle, composée d'un arc de triomphe soutenu par deux colonnes, adossé sur son entablement, suivant les dessins de l'ordre corinthien que le

sieur Guiard en a envoyés, et dont le croquis est resté ci-annexé après avoir été des parties signé et paraphé en présence des notaires soussignés.

L'ouverture ou la largeur de ce mausolée sera de neuf pieds neuf pouces au plus, pied de roi, la hauteur et la profondeur étant abandonnées à la convenance dudit sieur Guiard.

La voûte sera en stuc, comme les anciens faisaient, ou à défaut de stuc en plâtre durci, le tout sculpté et exécuté avec perfection en conformité du dessin ci-annexé.

L'ensemble de l'architecture poun*a avoir quinze à dix-huit pieds de haut, et de la profondeur à proportion, le tout dépendant dudit sieur Guiard, excepté la lai*geur ci-dessus marquée.

Lesdites statues seront en marbre blanc, les colonnes d'autre marbre de couleur, ainsi que les cyprès et le fond de Tarcade de la chapelle, qui pourra avoir quatre à six pieds d'enfoncement, même plus s'il le faut, pour le brillant de l'ouvrage.

Le prix de tous lesquels marbres sera à la charge du sieur Guiard, comme il sera dit ci-après.

La statue de la princesse sera d'un bloc de marbre, et celle de la Thuringe d'un autre, et peut-être encore d'un autre petit bloc, pour rapporter la draperie et le bras qui tiendra la main de la princesse.

La statue de la princesse sera d'un seul morceau, mais la figure qui représentera la Thuringe sera, à cause du bras que la princesse lui donne, de deux morceaux.

Pour ces différentes décorations, il sera employé les marbres que le sieur Guiard jugera à propos, ledit sieur Guiard se chargeant de les choisir lui-même à Cairare, en se rendant de Paris à Parme.

Ce mausolée et tout ce qui est ci-dessus exprimé sera exécuté à Parme et à Carrare par le sieur Guiard, qui partira pour l'Italie au plus tard dans le courant du mois de mai de cette année, s'obligeant de mettre le tout à fin dans le courant de trois années à compter de ce jourd'hui, étant d'ailleurs observé que S. A. S. monseigneur le duc de Parme, dont le sieur Guiard est sculpteur, a trouvé bon que le sieur Guiard se charge dudit monument et l'exécute préférablement à toute autre entreprise, ainsi qu'il appert par une lettre écrite par son ministre plénipotentiaire à la cour de France, M. le comte d'Argental, à M. Grimm, du vingt-

sept mai mil sept cent soixante-neuf, laquelle, dûment contrôlée à Paris par Langlois ce jourd'hui, est restée ci-annexée après avoir été des parties pareillement signée et paraphée en présence des notaires soussignés.

S. A. S. monseigneur le duc de Saxe-Gotha sera tenu de faire prendre le tout à Parme, de fournir les frais des caisses et emballages, à ce nécessaires, d'agréer deux ouvriers qui seront au choix du sieur Guiard pour aller poser cet ouvrage en place à Gotha, et de faire donner audit sieur Guiard tous les secours et ustensiles nécessaires en cette occasion, à laquelle pose et mise en place le sieur Guiard se trouvera pour y présider et la diriger. ' Les caisses et emballages et journées d'ouvriers à compter de leur départ de Parme pour aller à Gotha et retour à Parme, voyages et transports, ainsi que les frais et déboursés que le sieur Guiard pourra faire pour son voyage, et pendant son séjour à Gotha, pour assister à cette pose, seront à la charge de Son Altesse sérénissime sans diminution du prix ci-après accordé, et sera le traitement du sieur Guiard et des deux ouvriers de son choix stipulé et fixé à sa réquisition par ladite cour de Gotha dès que le monument sera en état d'être transporté à sa destination. Le sieur Guiard veillera avec la plus grande attention et exactitude à ce que les emballages soient bien faits, de façon qu'il ne puisse anîver aucun événement pendant le transport de Parme à Gotha à l'ouvrage transporté, par le défaut d'avoir été emballé tel qu'il convient pour éviter les risques du transport.

Lorsque l'ouvrage sera arrivé, il sera désemballé en la présence du sieur Guiard pour présider à la pose et mise en place, suivant qu'il est ci-dessus énoncé.

Ledit sieur Grimm, audit nom en vertu du pouvoir ci-annexé, a pour sadite A. S. monseigneur le duc de Saxe-Gotha irrévocablement fixé avec le sieur Guiard le prix de ce mausolée à ouvrager à la somme de quarante mille livres, argent de France, sur laquelle somme le sieur Guiard reconnaît avoir à l'instant reçu du sieur Grimm des deniers qu'il déclare lui avoir été remis par ordre de S. A. S. monseigneur le duc de Saxe-Gotha, deux mille cinq cents livres en espèces sonnantes d'or et d'argent et ayant cours, à lui ci-devant comptées et délivrées, dont le sieur Guiard ^itte et décharge autant S. A. S. monseigneur le duc de Saxe- Gotha; et à l'égard des trente-sept mille cinq cents livres restant

des quarante mille livres, le sieur Grimin oblige S. A. S. monseigneur le 4uc de Saxe-Gotha de les payer au sieur Guiard sans aucun intérêt, seulement en argent de France, sans d'aucuns papiers, billets ni effets, de telle nature qu'ils soient et quelques cours qu'ils puissent avoir, nonobstant toutes autorités et choses à ce contraires, en cinq payements, savoir : le premier de la somme de deux mille cinq cents livres dans le courant du mois de mai prochain , et huit jours avant celui que le sieur Guiard aura pris pour son départ pour l'Italie, d'après ce qui a été cidevant convenu.

Le deuxième de dix mille livres par UH. les frères Boissier, Lamande et G'", banquiers à Gênes, pour la valeur d'autant des marbres que le sieur Guiard aura choisis pour le monument et jusqu'à concurrence de ces dix mille livres, qui seront payées entre les mains et sur les quittances des fournisseurs de Carrare, et aussitôt les fournissements desdits marbres, qui au moyen de ce se trouveront acquis pour Son Altesse sérénissime à loi appartenir en toute propriété.

Et dans le cas où l'achat des marbres n'irait pas à cette somme de dix mille livres, le sieur Grimm audit nom oblige sadite Altesse sérénissime de faire payer à Paris, à l'ordre du sieur Guiard, l'argent qui sera nécessaire pour parfaire cette somme de dix mille livres, et ce aussitôt après que le payement aura été fait aux fournisseurs des marbres de leur videur, supposée dans ce cas être moindre de dix mille livres, partant si leur valeur est de dix mille livres ou plus, il n'y aura rien à payer à cet égard à Paris.

Le troisième payement de cinq mille livres dans une année.

Le quatrième de dix mille livres dans deux années, ces troisième et quatrième payements à Paris, au sieur Guiard ou à son ordre ou son fondé de procuration, et le tout à compter du mois que le sieur Guiard doit partir pour l'Italie d'après la convention ci-devant, ou seulement du jour du départ s'il le retarde, et en justifiant toutefois par le sieur Guiard par un certificat de Son Excellence M. le marquis de Felino , et de tout autre ministre d'État de S. A. R. monseigneur l'inrant duc de Parme, que ledit monument est avancé à proportion des trois années dans le délai desquelles ledit sieur Guiard s'est engagé ci-devant de le livrer.

Et le cinquième et dernier payement de dix mille livres qui

complétera les quarante mille livres de même à Paris, et aussitôt que le mausolée sera purti de Parme pour être transporté à Gotha.

Lesquels différents payements seront fixés et n'éprouveront aucun retard, sous tel prétexte que ce puisse être.

Si le sieur Guiard se trouvait en état d'achever ledit monument dans un terme moins long que les trois années qu'il s'est réservées, les susdites dix mille livres restant seront également payées, aussitôt après le départ du mausolée de Parme, en sorte que la sonune entière de quarante mille livres se trouve payée lorsque le monument sera en route.

Au payement desquelles quarante mille livres dans les termes et de la manière sus-fixés, le sieur Grimm, audit nom et en vertu du pouvoir ci-annexé, affecte et hypothèque tous les biens présents et à venir de S. A. S. monseigneur le duc de Saxe-Gotha.

Car ainsi a été convenu et arrêté entre le sieur Grimm audit nom et le sieur Guiard.

Élisant les parties domicile pour l'exécution des présentes, savoir le sieur Grimm pour S. A. S. monseigneur le duc de Saxe- Gotha en la demeure à Paris dudit sieur Grimm, le sieur Guiard à Paris, en sa demeure ci-devant déclarée ou à Parme, en celle qu'il occupera, auxquels lieux nonobstant, promettant, obligeant, renonçant, etc.

Fait et passé à Paris en l'étude, l'an mil sept cent soixantedix, le neuf mars avant midi, et ont signé.

Pour une cause qui nous est inconnue, le mausolée, objet de tant de démarches, de soins et de dépenses, ne fut pas exécuté. Il n'en subsiste que le modèle, « composé avec génie, » dit Mariette i, et conservé aujourd'hui dans le Musée ducal de Gotha.

Laurent Guiard mourut à Carrare le 31 mai i78S, après un voyage en France exigé par Térection à Tabbaye de Glairvaux d*un monument consacré à saint Bernard.

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