Allusion dont le seni nous, échappe
kk6 OPUSCULES ET LETTRES DE GRIMM.
Taccepte au prix de quinze mille livres que j'avais fixé et à la condition que M. Diderot la garde jusqu'à ce que Sa Majesté en ordonne autrement. Elle ajoute aussi tous les ans mille livres qui doivent être employées à l'augmentation de la bibliothèque ; il est clair que cette bibliothèque restera toute sa vie à la disposition de mon ami Diderot. J'en tremble de joie et je ne sais trop ce que j'écris. Je vais avoir le plaisir de lui annoncer quand j'aurai fermé ce paquet. C'en est un des plus sensibles que je pouvais recevoir. J'aurai l'honneur d'envoyer à Votre Altesse la lettre que l'impératrice m'a fait écrire à ce sujet. On ne saurait donner à un bienfait une tournure plus agréable.
Les dernières lettres de Suisse disent que tout est raccommodé à Neufchâtel et que J.-J. Rousseau y pourra rester.
24 fémer 1766.
Madame,
J'ai été honoré de deux lettres de Votre Altesse sérénissime à peu de jours de distance, et, en conséquence des ordres qu'elles m'ont apportés, j'ai fait expédier sur-le-champ les deux exemplaires de YEnq/clopédie^ et me suis fait rembourser de mes frais sur ma lettre de crédit, suivant la note que je joins à cette lettre.
Je suis bien touché de tout ce que Votre Altesse a la bonté de me dire de la part de M™* la princesse. J'ai d'abord l'honneur de la satisfaire sur l'article important des barbes par le mémoire ci-joint. Quant aux paniers, la reine, M">* la dauphine et M"" de France n'ont pas voulu s'en défaire; ainsi ils ont conservé leur empire à la cour; mais à Paris on n'en porte plus guère qu'un jour de grande cérémonie, comme la mariée ferait le jour de son mariage, mais toutes les autres assistantes à la cérémonie ne seront qu'en considération. Sur les théâtres on ne voit plus de paniers dans la tragédie et fort rarement dans la comédie. Mais ce qui les a ruinés de fond en comble, c'est qu'il n'était pas honnête autrefois de faire une visite sans panier, et qu'on ne pouvait aller que chez ses plus intimes amies sans ce vêtement ample et roide, et qu'aujourd'hui on peut aller partout et même chez les princesses très-honnêtement, non-seulement
en considération, mais sans aucun panier et sans considération. Je suis bien humilié de m'étre tant pressé d'annoncer l'ouvrage de M. Le Gros. Toutes nos dames m'ont démontré clair comme le jour que les coiflfures de ce grand homme sont d'un goût détestable et absolument contraire à la manière de se coiffer des dames de Paris. Si, malgré cet humiliant aveu, M"**" la princesse désire d'avoir ce livre, j'aurai l'honneur de le lui envoyer; mais j'attends à ce sujet de nouveaux ordres de Votre Altesse sérénissime.
Nous possédons ici M. le comte de Werthem depuis quelques semaines. Vous mettez, madame, le comble à vos bontés en me donnant des nouvelles de H"** la grande maltresse et en me promettant d'avoir les soins les plus suivis d'une santé, l'objet de tous mes vœux et le but de tous ceux que vos sujets adressent au ciel. J'ai la plus ferme confiance que cette santé qui nous est si précieuse se raffermira de plus en plus, et que mes yeux se fermeront avant de voir un État heureux et sagement gouverné redemander au ciel dans les pleurs et dans le deuil ce qu'il ne pourra jamais lui rendre.
Votre Altesse doit avoir reçu la correspondance sur les miracles jusqu'à la douzième lettre inclusivement. Puisque vous en faites, madame, le sacrifice au grand Frédéric, il doit une chandelle à Votre Altesse pour avoir travaillé à son édification, d'autant que je ne serai pas en état peut-être de remplacer ces lettres, car elles sont excessivement rares et on n'en a tiré qu'un trè&-petit nombre. Mais si Votre Altesse me l'ordonne, je les ferai copier à la main. Je suis vraiment bien fâché que la négociation en soit restée là et qu'il n'y ait pas même d'apparence de la voir renouée.
Je supplie Votre Altesse d'agréer le profond respect et l'attachement inaltérable avec lesquels je serai tout ma vie, etc.
AU DUC HÉRITIEfi.
17 juillet 1766.
Monseigneur,
J'espérais de jour en jour pouvoir annoncer à Votre Altesse sérénissime le départ du fameux cachet; mais c'est une race in-
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supportable que celle des artistes. Ce sont des gens sans foi ni loi ; on ne peut jamais compter sur ce qu'ils disent. Je me flatte du moins que le mien, pour m' avoir fait damner depuis un mois, exécutera les ordres de Votre Altesse supérieurement. C'est un homme fort employé et qui passe pour avoir beaucoup de goût et de talent.
Des artistes, plus célèbres que lui, le font travailler, et vendent ensuite sur leur propre nom fort cher les ouvrages qu'ils lui ont fait faire. Il m'a demandé quinze louis ; mais j'espère avec douze me tirer de ses pattes.
Voilà un beau projet, monseigneur, que celui d'étudier l'anglais, et si la ferveur abandonnait tous ceux qui l'ont formé, je suis persuadé que Votre Altesse ne l'abandonnerait pas. Je voudrais bien aussi avoir le temps d'étudier un peu davantage cette langue ; mais il faudrait être plus libre, et vraisemblablement je mourrai avant d'avoir exécuté aucun des cinquante-cinq projets favoris que j'ai formés. Quant à la musique, je crois bien qu'un homme habile rendra l'anglais, le français, l'idlemand chanteurs ; mais jamais ces langues n'auront l'avantage de l'italien. C'est la langue d'ApoUou, auprès de laquelle toutes les autres ne sont qu'un jargon lourd et barbare. Je suis persuadé que lorsque les belles Anglaises repasseront à Gotha pour s'en retom*ner de Carlsbad à Londres, Votre Altesse sera en état de les saluer en anglais et d'entendre ce que la jeune chantera.
Nous n'avons plus de prince héréditaire à fêter. Ainsi ce serait à votre tour, monseigneur. Celui de Brunswick nous a fait espérer de le revoir au mois de décembre à son retour d'Italie ; mais ce sera pour peu de temps. Votre Altesse a donné à tous les princes héréditaires l'exemple de me combler de bonté. Tout ce qui porte cette épithète m'est favorable. Le prince héréditaire de Brunswick nommément a bien suivi l'exemple de Votre Altesse. J'ai eu le bonheur de le voir souvent. Tout son séjour n'a été à la vérité qu'un enchaînement de fêtes et de repas ; mais enfin il s'est trouvé quelques jours de repos que ce prince a eu la bonté de me donner. Ces jouts-lâ j'avais l'honneur de dîner à son petit couvert et l'occasion de le mieux connaître que si je l'avais vu deux mois de suite dans le tourbillon du monde et des fêtes.
Je ne pense pas sans la plus vive satisfaction au soin que prennent nos princes en. Allemagne depuis quelque temps de
LETTRES A LA DUCHESSE, ETC. kk^
s'instruire et de cultiver leur esprit. Il en résultera à la longue de grands avantages pour eux et pour leurs sujets, et le siècle de rAllemagne en deviendra d'autant plus brillant qu'on prend plus de précautions dans d'autres pays pour arrêter les progrès de la raison.
La mort de la grande-duchesse ne diminua pas la faveur de Grimm à la cour de Saxe-Gotha. Il n^adulait pas moins le fils que la mère. Aussi quand le nouveau duc voulut élever à la mémoire de sa mère un moDument digne d'elle, il s'adressa à Grimm. Celui-ci saisit avec empressement cette occasion de manifester de nouveau sa reconnaissance envers la grande-duchesse. Il choisit un sculpteur, peu apprécié de ses compatriotes, Laurent Guiard, et lui fit signer par-devant notaire un traité dont nous avons également retrouvé la minute et auquel était annexé un dessin lavé & Tencre de Chine que M. Etienne Charavay a fait reproduire en fac-similé dans la Revue des documents historiques^ tome V, 1877.
Guiard était né à Chaumont-en-Bassigny ; il achevait son apprentissage de forgeron quand Voltaire, se rendant à Cirey, l'aperçut occupé à dessiner un cheval ; il fut frappé de son intelligence et de son goût et obtint qu'on lui fit prendre des leçons chez un peintre nommé Lallier qu'il quitta bientôt pour entrer chez un ornemaniste, Landsmann, élève de Bouchardon aîné. Il vint ensuite à Paris chez Ëdme Bouchardon qui développa ses talents sans se douter qu'il favorisait l'essor d'un rival. En effet, Guiard, qui avait obtenu en 1750 le grand prix de sculpture, fut chargé par Bouchardon du modèle de la statue équestre de Louis XY, dont il avait reçu la commande. Guiard réussit trop bien, lie roi vit par hasard ce modèle et se montra flatté de Félégance que le sculpteur avait donnée au cavalier. M°^ de Pompadour voulait que Guiard exécutât seul ce qu'il avait si bien conçu. Mais Bouchardon l'emporta et M. de Marigny obtint de Guiard qu'il brisât ce modèle. Nagler prétend néanmoins que les débris en furent conservés et qu'on put le reconstituer. Guiard partit pour Rome ; mais, au lieu d'y rester quatre ans, il y subit une sorte d'exil et y demeura quatorze ans pendant lesquels U fit pour le financier Bouret de nombreuses copies d'après l'antique. Après une phase de découragement tel qu'il voulut se laisser mourir de faim, il rentra à Paris en 1767 et eut le chagrin de voir repousser par l'Académie une statue de Mars qu'il lui présentait pour sa réception. Il venait d'être agréé par l'infant Ferdinand de Parme et habitait encore Paris lorsque Grimm entra en pourparlers &vec lui. Guiard dut soUiciter de la cour, à laquelle il était attaché, une autorisation que d'Argental, chargé d'affaires du duc de Parme, transmit à Grimm dans les termes les plus élogieux pour l'artiste.
Voici cette lettre contrcrsignée, ainsi que le dit l'acte notarié, par 1^ parties intéressées :