‹ Correspondance littéraire (volume 3)Chapitre 128 sur 354 · UNE INTRIGUE D'OPÉRA · texte numérisé non relu

UNE INTRIGUE D'OPÉRA

chois ton bonheur» et s'il m'en restoit d'autre enfin que celui de te plaire I Avec quelles délices j'ai présentes encore tes dernières caresses, que je leur dois d'intéressantes découvertes ! Tant d'idées sublimes et nouvelles pour moi m'attachent encore plus à ton excellence, Tintérét ni les honneurs n'ont jamais flattés ta maîtresse, ce n'est point zune queue traînante qu'elle ambitionne , c'est son cher ministe tendre, élevé, charmant et sans cesse enchanté : oui, ame de ma vie, charme de mon cœur, Saxon sans pareil, ta petitte qui ne veut que toi pour toi, t'attend cette nuit au bal, après le bal, toujours et toujours te deffie d'y arriver plus amoureux qu'elle ; si elle t'égalle en sentimens, elle te surpasse en transports en yvresse : tous les feux du monde entier ont je crois, passés dans le cœur de ton amante, ne les y laisse jamais éteindre : elle t'en conjure, pour un empire elle ne voudroit pas t'aimer moins : elle t'attend et t'em* brasse mille mille et cent fois.

Ce dimanche, 10 février 1760.

Perfide zais ce de la magnieres dont on zen use avec zune personne dont la tendresse t'a tetee si zingenument prouvée I il me revient de touttes parts, ingrat, que par tout, dans touttes les maisons tu fais des gorges chaudes de mes lettres, de ces lettres si tendres, et que je croiois adresser au plus discret des amans : si tu ne les pas plus avec ta ville, que de chagrins tu lui prépares et que je la plains.

Mes compagnes aujourd'hui se moquent de moi de leur avoir refusé des ministres de toute couleur. Je preferois la tienne barbare zinhumain et me via bien chanceuse... Va t'en za ton pays des Saxons et ne viens plus me ficher malheur à zune victime innocente de tes charmes que j'abjure et déteste a jamais.

Malheureuse que t'avois-je fait , mais pourquoi m'étonner. J'apprends que tu es un erotique encore si tu avois des talents turcs je te passerais peut-être tes magnieres à la française , et pourquoi m'avoit-on zassuré qu'un filosofe regarde l'amour comme chose sacrée, ce n'est pas t' ainsi que tu penses profane , tracassier zimpudent. Je sis si peu t'accoutumez aux noirceurs, aux immondices que la main m'en tremble d'horreur, cette main que je ne devois, disois-tu, destiner qu'à tes plaisirs et que tu méprises après. Adieu, zexcommunié que tes Saxonnes te trompent. Je n'en prendrai plus la peine. Regrettes un cœur comme le mien, tu mérites ton pardon si tu l'oses. Il n'est plus de bal pour moi cette nuit, l'ingrat ira-til,

n*ira-til pas , emploira-til des violences ordinaires pour m*appaiser, en auroit il eu besoin s'il eut sçu se taire. Il sçavoit si bien que mes portes ne ferment point, il aura tout oublie. Non il n'est plus rien pour moi ni bal ni consolation. 11 m'en faudra mourir. Estoit ce de cette magniere. Je m'égare, adieu perfide et bavard petit maitre.

Page 1