COMTE DE THIARD
A Liège, ce 7 mai.
Oserai-je vous demander pourquoi je n'ai point encore reçu de vos nouvelles? Pensez-vous qu'un temps mort pour la philosophie et le séjour de Liège soient un moment propice pour hasarder de vous écrire? Rien ici ne plaît à l'imagination ; je suis dans la houille et non sous le chaume, je ne sais donc que vous mander, car je pense peu et n'agis point.
Il y avait ici un petit Rousseau qui , fier du nom qu*il porte, avait orné ses copies du litre brillant de Journal encyclopédique. Sur l'étiquette du livre il a été brûlé. L'auteur s'est sauvé à Bouillon où ici je lui conseille de s'appliquer au Journal chrétien pour être sauvé dans l'autre monde et être de l'Académie dans celui-ci. (J'ai ajouté ce être à cause de la grammaire.)
Je suis logé dans un couvent. Si vous aviez jamais habité avec dix génovéfains, vous sauriez combien cela est désagréable ; ce sont des animaux pies qui, n'étant ni moines ni gens du monde, ont les inconvénients des deux états. Ils ont un abbé. Grand Dieu I quel abbé ! On me l'avait annoncé comme le plus bel esprit des Pays- Bas. Je l'attendais avec le mien, et ce n'était pas sans inquiétude. J'avais tort! il m'ennuie bien plus qu'il ne m'humilie. Il se vante du soupçon d'avoir été encyclopédique ; je vous le cède.
De qui est une Lettre du pape à -¥"• Clairan, assez bien versifiée, mais un peu longue, et pas trop forte de choses? Elle doit être de quelque jeune cacouac, qui en fera sa pièce de réception. Si ce catéchumène est bien conduit, on peut en espérer quelque chose.
Donnez-moi donc de vos nouvelles; tâchez de vaincre votre paresse. 11 y a bien quelque chose à quoi je ne suis pas si bon qu'une princesse d'Allemagne ; mais il n'est pas question de cela : ainsi je compterai votre amitié par vos soins.
A Liège, ce 16 mai.
Je me presse de vous répondre et de vous remercier. Votre amour-propre peut être tranquille : le désir de le satisfaire pourrait tn'engager à montrer ce que vous m'avez confié , mais je veux être fidèle à mes engagements et à vos volontés ; on n'eu verra rien : je vo^ jure cependant avec vérité que je n'ai rien lu de mieux écrit
et de mieux raisonné. Les sentiments que vous avez pour la personne de Jean-Jacques échauffent nécessairement votre style lorsque vous parlez de lui. Vous avez bien raison de dire que les systèmes sages, brillants et impossibles , sont pour unf homme d'esprit des ouvrages ennuyeux et fatigants ; c'est ce qui me fait quelquefois plaisanter de vos spéculations métaphysiques, car elle ne conduit à rien de bien prouvé. La raison dirige mieux sur les objets qu'elle embrasse que les raisonnements, et l'on a une voix intérieure qui nous dit que les hommes avec beaucoup d'esprit ont soutenu bien des bêtises.
J'habite la ville de Liège : c'est une vilaine habitation , un pays affligeant pour la philosophie, Thumanité et les gens de Paris ; on y persécute les cacouacs et l'on y assasine les passants, ce qui est également nuisible au corps et à l'esprit. Je ne sais quand j'en sortirai ; les campagnes d'hiver reculent nécessairement celles d'été. Les gens qui croient qu'il est aussi facile d'arranger les volontés du roi de Prusse et de l'impératrice que de raœommoder une bourgeoise de la rue Saint-Honoré avec son compère pensent que la paix sera faite au mois de juillet : je ne crois pas la chose si facile et si prochaine. Je trouve cependant M. Stanley^ d'un très-bon augure; car avoir à Paris l'envoyé d'une puissance belligérante, c'est ne point craindre qu'elle soit informée du vœu intérieur de sa nation, de sa situation, de ses moyens et de ses ressources. Si la pénétration de l'ambassadeur n'était point assez vive pour apprécier tous les objets, il n'a qu'à ouvrir les oreilles : Tindiscrétion française est infiniment utile aux étrangers. J'ai connu ce M. Stanley ; c'est Un homme d'un abord peu prévenant et d'un débit désagréable, mais c'est un homme qui a de l'esprit et du caractère. La première fois qu'il dîna chez moi, pour empêcher ma chienne de lui frotter les jambes, il défit sa jarretière, et lui attacha tout doucement la tête contre le pilier de la table, ce qui pensa l'étrangler.
Continuez, je vous prie, à m'envoyer exactement votre correspondance : c'est une charité de procurer quelque satisfaction aux gens qui vivent dans les privations ; c'est le premier devoir de l'humanité et de la philosophie.
Si je joins le baron, et que je trouve quelques-unes des bêtises que vous désirez *, je vous les enverrai.
1. Lord de rAmirauté, plusieurs fois charge de missions diplomatiques en France.
3. l\ 8*agit du baron de Besenval; sur les bétUe» que réclamait Grtmm, Toir la note qui termine ces lettres.
A Xanten, ce 2 Juin.
le regrette Uége, c'est vous dire que je suis plus mal. Xanten est une petite ville sur les bords du Rhin ; la situation en est agréable, les promenades sont belles ; mais le chemin qui mène des autres chez moi est court, et ces autres m ennuient.
Les charmes de la nature , du jardinage , de Tagriculture , les moutons, les chèvres et les ânes, plaisirs philosophiques fort chantés depuis quelques années, ne font point ici d^impression sur mon àme. Pour goûter tous ces objets, il faut en être le propriétaire. La pluie de Bagnolet, qui ne mouille pas M. le duc d'Orléans, m'enrhume ^.
J'irai demain à Wesel ; j'y trouverai le baron , et s'il a ce que vous désirez, j'en extrairai quelque morceau pour vous dégoûter des autres. Ce baron est un homme heureux : il n'a point d'imagination, et ce qu'il produit sans elle lui coûte môme infiniment à écrire ; par là sa journée est remplie, et je suis persuadé qu'il est presque toujours content des lieux qu'il habite, parce qu'il y est satisfait de lui-même.
L'imagination est toujours nuisible au bonheur ; elle nous éloigne de nous-mêmes, échauffe nos sens pour des objets chimériques, anime nos désirs pour des jouissances idéales. 11 faudrait ne penser qu'à ce qu'on voit, et ne désirer que ce qu'on touche ; alors je serais content du cul de ma servante et de sa fermeté.
J'ai été content de la réponse de M. de Voltaire, parce qu'elle est de lui. J'aime à croire que mon siècle est le plus éclairé, que mon gouvernement est le meilleur, et que mon temps est le plus heureux. Mais celui qui voudrait disputer sur quelques-uns de ces objets pourrait encore trouver de quoi former une brochure.
Lorsque Rome perdit sa liberté, que le sang de ses sénateurs inonda ses murailles, elle avait vu naître Ovide, Virgile , Horace et Cicèron : ce temps de lumière fut-il le plus heureux pour les Romains ? Je ne le crois pas. Convenons d'une chose, c'est qu'en fait de bonheur tous les temps sont à près égaux* On s'accoutume trop
1. Était-ce bien à Bagnolet et au due d^Orléaos que le mot avait été dit pour U première fois? Saint-Simon en cite un tout semblable de Polignac (édition Chéruel et Régnier, tome IV, p. 347) et Voltaire y fait allusion dans une lettre au marquis de Chanvelin du 5 janvier 17S3. Voici le passage de Saint-Simon :
«Avec tout le sien [tout son esprit] il lui échappa une flatterie dont la misère fat relevée et dont le mot est resté dans le souvenir et dans le mépris du courtisan, n snivoit le roi dans les Jardins de Marly, la pluie vint : le roi lui fit une honnêteté sur son habit peu propre à la parer : « Ce n'est rien , sire, répondit-il^ 'a pluie de Marly ne mouUle point. » On en rit fort, et ce mot lui fut reproché. »
5U LETTHES ADRESSÉES A GRIMM.
aisément i juger de la situation des peuples par les révolutions qui arrivent aux grands. Le maréchal d'Ancre a été assassiné, sa femme a été brûlée : voilà deux vilaines façons de se défaire des importuns; cet événement ne change rien au sort de dix-huit millions d'àmes que la France nourrit. Pour combiner les temps heureux d'un État, il faut voir celui où le peuple, chargé de moins d'impôts , subsiste avec le plus d'aisance, où il vit tranquillement au sein d'une famille qu'il ne craint point d'augmenter ; où, pour former des armées de trois cent mille hommes, les enfants ne sont pas, à la fleur de leur âge, arrachés des bras de leurs mères ; où le monarque enûn peut se passer de 400 millions de revenu. Voilà, je crois, des combinaisons qui peuvent balancer l'avantage d'avoir une société plus éclairée, des draps plus uns, et des palais plus somptueux. Je serais certainement très-affligé si , par une puissance magique , on me transportait vis-à-vis mon trisaïeul, et que, dans son vilain château, je fusse obligé d'entendre son ignare et gothique conversation; mais je n'oserais décider si cet homme, dans son temps, n'était pas plus heureux que je ne le suis aujourd'lmi, environné d'arts, d'or, de mollesse, et des rayons de V Encyclopédie.
Je suis sans doute un pauvre raisonneur ; n^ais au malheur de ne rien établir je joins celui de trouver que les autres n'établissent rien. La sagesse et la philosophie sont des caméléons qui changent de couleur sous la plume des différents écrivains ; l'un vous dit que l'humanité éclairée jouit de tout, et doit être la plus heureuse ; l'autre vous assure que la découverte des arts n'a fait qu'augmenter nos misères en multipliant nos besoins. Les gens d'esprit, en appuyant sur les contraires, ont également raison. Cela me dégoûte, et fait que j'aime mieux VHymne axuD tétons de M. Borde ^ que tous vos systèmes de sagesse, de bonheur et de philosophie.
Je ne vois pas qu'on se prépare encore à marcher sur Munster ou Lippstadt. Je ne sais si cette tranquillité naît de la nécessité de combiner nos mouvements avec ceux de M. de Broglie, ou si quelque négociation suspend l'entrée de la campagne. Je penserais que le premier de ces deux objets de retard est le véritable, car je crois peu à la paix. Adieu ; donnez-moi souvent de vos nouvelles. Mon frère me charge de mille choses pour vous.
1. Pièce de vers souvent attribuée à M">* d'Houdetot , qui Tavait récitée k Diderot à La Chevrette, mais qui est beaucoup plus vraisemblablement de Borde i ce qui confirme cette supposition, c'est que l'édition de 1 775 (Cologne, à renclome de la Vérité) d'un ouvrage badin souvent réimprimé (Êlog$ desiéiotu, parDucoamun, dit Véron) reproduit ces vers comme étant de M. B. qui n'avait pas voulu les laisser pubUer. Voy. Vlntermédiair», 1877, col. 41*
A Lahn, ce 23 Juillet.
Je crois, lorsque je vois les hommes travailler au grand édiûce de la raison et de la vérité, voir des enfants arranger des capucins de cartes; un souffle détruit tout leur bâtiment, il est plus tôt renversé que fini. Le philosophe , quand le hasard lui a donné le sens commun, ne doit point espérer que ses systèmes établiront le bonheur public; le mal de l'un fera toujours le bien de l'autre; chaque caractère, chaque passion, chaque état, chaque esprit, sont autant d'oppositions au bonheur général. Les hommes sont comme les champs, lun porte des raves, l'autre des choux; et celui qui s'amuse à spéculer sur le mieux possible est un chou philosophique qui suit son goût, fait fort bien , et n'est ni plus ni moins heureux que les autres.
Trouvez-moi, pendant que vous y êtes, un bon système pour réunir deux généraux français, pour que la vérité soit dans leur cœur et dans leurs bulletins, pour que l'ensemble soit dans leurs manœuvres, et que l'intérêt personnel ne marche qu'après le bien public : trouvez-moi cela, et je vous donnerai mon beau cheval, qui vous jettera par terre.
Je suis très persuadé de la supériorité de la langue allemande, je croîs surtout à son abondance, car rien n'est aussi bavard que les habitants de ce pays ; mais quoiqu'il soit fort à la mode d'assurer que la française n'est qu'un jargon, je ne suis pas convaincu ; et s'il y a des morceaux en latin, en grec, en anglais et en allemand, qui vous paraissent intraduisibles, les traducteurs de ces nations doivent dire la môme chose de bien des passages français.
Quant à moi, j'ai une autre idée, et je pense qu'un traducteur dont le génie serait égal à son auteur nejui serait point inférieur dans les morceaux réellement sublimes. Le beau se sent et se rend dans toutes les langues ; et comme il tient plus au fond qu'à la forme, il se fait admirer partout. Pope, qui a peut-être embelli Homère, n'aurait pu traduire Gresset, mais il aurait traduit Corneille et Voltaire.
Vous m'en fournissez un exemple dans votre lettre : Le héros, assis sur un tambour, méditaU sa bataille ayant pour tente le firmament et autour de lui la nuit. Je vous prie de me dire dans quelle langue cette image serait rendue avec des mots plus nobles et plus précis. Milton, en parlant de Dieu ou de Lucifer, dit : la terre est son marchepied, le ciel est son dais. Dans uu autre ouvrage anglais plein de choses fortes çt folles, qui s'appelle, je crois, les Nuits t)otfi05, l'interlocuteur a'éoria : 0 fiiiil...t noire dioùiM, m^estueuse
516 LETTRES ADRESSÉES A 6RIMM.
sans èclatf de ton trône d'ébhne tju gouvernes avec un sceptre de plomb un monde anéanti! Trouvez-moi en italien ou en allemand des termes plus énergiques et plus sombres. Ck>nvenons d'ailleurs qu^une langue qui ne souffre point d'inversion, qui est gênée dans sa poésie par la rime et par les hiatus, doit être bien riche quand, malgré ces difficultés, elle a produit les plaidoyers de Corneille et les images de Voltaire : la langue, les têtes et les façons françaises sont sujettes à bien des critiques ; mais, tout considéré, je crois qu'il y a encore plus de profit à en tirer que de mal à en dire.
Je ne vous mande point de nouvelles, nos dissensions sont plus fâcheuses que nos revers. Les armées se séparent demain ; nous donnons trente mille hommes à M. de Broglie : M. de Soubise me parait, dans cet arrangement , imiter saint Martin qui donnait au diable la moitié de son manteau. M. de Castries, qui est excédé de fatigues, me charge de vous dire mille choses. Envoyez-moi toujours vos écrits : j'ai trouvé le dernier plein d'esprit et de sophismes.
A Doratein, ce 7 septembre.
J'ai commencé une lettre pour vous , mon cher Grimm , il y a plus de quinze jours ; je crois me souvenir qu'elle était excellente, mais je suis encore plus sûr qu'elle est perdue : si je la retrouve, et que je vous l'envoie, vous verrez combien j'étais content de votre dernière correspondance, et que je prenais la liberté d'ajouter encore quelques réflexions aux vôtres.
Le titre de la comédie que vous m'annoncez me platt, et la protection du parti en assure le succès. Je dis déjà qu'elle est excellente et pleine de situations déchirantes (c'est, je crois, le mot). Autrefois je l'aurais soutenu vis-à-vis le prince héréditaire , les armes à la main, et je lui aurais envoyé votre avis entortillé dans du canon : mais les temps sont changés, et les idées philosophiques demandent plus de douceur que de violence. Je prendrai la voie des déserteurs, et elle est fort à la main.
Je suis à Dorstein , petite ville fort jolie , qui a été, il y a huit jours, pillée et brûlée par les Hanovriens ; j*y ai retrouvé M"* Lisbeth, très-jolie personne chez qui je logeais il y a quatre ans ; elle m'a paru encore plus sensible à la grillade qu'au plaisir de me revoir: qu'est-ce que cela peut prouver pour l'esprit et la matière ?
Le grand Mahomet dont vous me parlez est sans doute un chefd'œuvre, et je l'estime d'autant plus, qu'il ne faut pas, pour sentir sa beauté, l'illusion que la représentation entraîne: c'est, à ma façon de penser et de voir, la seule pièce qui perde à être jouée.
L'imagination voit des choses que Part ne peut rendre. La mort de Séide est dans ce cas ; je me la peins mieux qu'on ne la représente, et cette pièce m'a toujours fait moins de plaisir à voir qu'à lire.
M. de Castries a toute la fatigue et le dégoût qu'entraîne sa place, dans une armée réduite à ne rien faire. Je ne le vois presque pas. J'espère que nous allons avoir plus de tranquillité. Nous avons encore une fois changé de camp avec les ennemis ; ils sont à Dulmen, et nous à Dorstein et Réklinghausen. 11 faut rester ici à manger du temps et du foin; et quand nos amis n'auront plus de quoi vivre, nous repasserons le Rhin et prendrons nos quartiers de Tannée dernière. Cette opération doit mener jusqu'aux premiers jours de novembre, temps où je me flatte d'avoir le plaisir de vous revoir.
A Ostmar, ce 26 septembre.
J'avais pensé comme vous, mon cher Grimm. Le sac de Dorstein et la situation de Lisbeth m'avaient fait naître Tidée d'une trai^édie fort intéressante ; mon ouvrage était avancé, la générosité du montagnard d'Ecosse y formait une opposition brillante avec la barbarie de ces hommes policés qui ne connaissent dans Part de la guerre que le profit, le meurtre et la gloire, et croient qu'on ne peut y joindre la pitié. J'étais assez content ; je commençais à me flatter d'un succès presque égal à celui de M. de Lauraguais, lorsque j'ai été arrêté par les difficultés de maintenir le costume : les montagnards n'ont point de culotte, cela ne laisse pas de rendre le viol plus aisé, et par conséquent la continence plus généreuse ; leur cacfier le cul, c'est diminuer, aux yeux des connaisseurs, la moitié du mérite ; le leur découvrir, c'est une espèce d'indécence qui peutêtre révolterait le public de Paris. Dans cette incertitude, j'ai laissé ma pièce, et j'attends, pour la finir, que l'abbé Galiani, le baron d'Holbach, Diderot, vous et nos autres lumières, ayez bien voulu m'éclairer sur ce qu'il y a de mieux à faire. Je vous obéirai comme un de vos plus zélés énergumènes.
Je connais de nom une partie des gens qui se promènent dans VÉpitre dédicatoire de M. de Lauraguais^, surtout Ànnibal qui était borgne , puisqu'il n'avait qu'un œil , et , sorcier , puisqu'il faisait fondre les Alpes avec du vinaigre ; mais je ne sais ce qu'ils viennent faire dans son Épître, qui est un des plus étonnants galimatias que j'aie lus de ma vie. C'est une grande bêtise aux amateurs de vouloir être auteurs, et l'on pourrait leur dire ce qu'un bon ecclésiastique, secrétaire de feu mon oncle, lui répondit lorsque, effrayé de l'im-
1. A Voltaire, en tète de U tragédie de Clytemnêstn, Paris, 1761, iii-8*
518 LETTRES ADRESSÉES A GRIHM.
mensité de ses manuscrits , il craignit d'en faire un trop gros volume: «Rassurez-vous, monseigneur, Itti dit Tabbë, quand ils auront été sous la presse, ils paraîtront fort plats. »
Il y a beaucoup à gagner à juger les autres sans se mettre à portée de Tôtrc : on peut, sans être architecte, décider qu'une maison est mal bâtie. M"* Geoffrin, qui se connaît en livres, en tableaux, en statues, en habits, en géométrie, etc., n'a jamais fait quVine fille sourde ; c'est ce qui m'encourage à hasarder d'être quelquefois d'un avis différent du vôtre, liberté que je n'oserais prendre si j'avais produit dans le monde un autre ouvrage que ma fille, qui a bien ses deux oreilles.
Par exemple, je ne pense pas comme vous sur le mélange du chant et de la danse ; il me semble que ces deux mouvements ne sont point des imitations tout à fait disparates : c'est, je crois, dans Tétat de pure nature plus que dans le travail des arts qu'il faut chercher le vrai. Nos paysans, aux noces de leurs seigneurs, dansent et chantent ; les sauvages, après leurs victoires, en font autant. Si les danseurs sont bons, que les fêtes soient bien amenées et que la musique en soit agréable, comme par exemple celle du ballet des Fleurs, dans les Indes yalanles, et des enchantements de Tancrèdeet d'Armide, je ne puis trouver que cet assemblage soit monstrueux. Je vous avoue donc que je serais fâché qu'on le réformât, et que je le crois meilleur à perfectionner qu'à détruire.
Vous avez prévenu une partie de ce raisonnement en disant que les premiers chants ont une origine différente que celle de la musique ; c'est encore ce que je ne crois pas : je pense que les premiers chants étaient une première musique, comme les premières chansons étaient unepremiëre poésie. Tout le monde est de votre avis sur l'avantage qu'il y aurait à faire un tableau de chaque ballet ; et la preuve que l'esprit n'a pas besoin d'être éclairé sur cette vérité, c'est le plaisir que donnent ceux qui sont bien composés. Tâchez donc d'encourager les auteurs à travailler avec plus d'intelligence , mais ne leur dites pas que le fond de leur travail est absurde ; car cela pourrait nous priver de nos ballets, qui sont nécessaires à nos opéras et à meç yeux aussi.
J'apprends dans ce moment la mort de M. de Clermont. Je n'avais pour son existence qu'un intérêt relatif, et j'attends, pour en être fâché, l'effet qu'un tel événement produira sur le sort de sa femme: elle a peu de bien, encore moins d'ordre ; et la liberté, dans les ménages de Paris, n'est qu'un mot qui n'a point de réalité ; les femmes n'y sont pas plus gênées que la presse ; elles crient cependant comme vous à la persécution, mais le fait est que, tant de corps que d'esprit, chacun travaille assez librement. Je suis ici entre
Munster, pour en gêner la garnison, et la West-Frise, pour protéger les courses de nos troupes légères. Ces deux objets peuvent nous mener jusqu'à la fin du mois d'octobre» et j'espère toujours être à Paris dans les premiers jours de novembre. Le plaisir de vous y revoir entre pour beaucoup dans le désir que j'ai d'y retourner.
A Bolum, ce 31 octobre.
Vous trouvez donc, mon cher Grimm, que de très jolies femmes ornées de guirlandes de fleurs, à moitié nues, formant sur des airs voluptueux des pas quelquefois vifs et quelquefois languissants, ne sont point capables de désarmer un héros, de suspendre son ardeur pour la gloire, et de lui faire oublier la guerre pour les plaisirs : cependant le vaisseau de Cléopàtre, sa musique, ses Nymphes et ses Amours, enchantèrent Antoine; les délices de Capoue, qui ne valaient*ni Pouponne^ ni Miré, arrêtèrent Annibal, et moi, qui suis tout aussi brave qu'un autre, je vous avoue que si je rencontrais dans un bois de Westphalie un ballet de TOpéra, je m'y arrêterais au moins une nuit. Il faut que vous ayez un cœur de fer ou des sens de glace, pour être insen-^ible à ces objets. Votre jeune Hercule, dont Tâme oppressée balance entre la volupté et la vertu, ne doit flotter dans celte incertitude qu'à l'aspect des plaisirs qu'on lui présente, et cette image des plaisirs devient une chose essentielle au fond de la pièce, puisqu'elle doit être assez vive pour laisser le spectateur balancer sur le parti qu'il prendrait s'il était à la place d'Hercule. Je continue donc à penser que les enchantements i^Amadis et de Tancnde sont précieux à conserver.
Nous avons trois spectacles dont le goût , les caractères et les impressions doivent être différents : la comédie est la peinture des mœurs du temps, elle devrait corriger et amuser ; la tragédie doit élever l*àme et la déchirer par des tableaux tendres ou effrayants ; l'opéra est un spectacle de magie, qui doit amollir et enchanter les sens. Si vous nous étiez les uns et les autres, vous en feriez une tragédie chantée. Peut-être l'en estimeriez-vous davantage, mais ce serait un genre de moins. Vous dites que c'est un monstre, mais c'est un monstre qui plaît. Quant à la musique, je suis fort de votre avis, et je désire qu'elle soit aussi harmonieuse, aussi agréable et aussi pittoresque que vous pouvez l'imaginer.
Je lisais, il y a quelques jours, dans un des ouvrages du temps, qu'il n*y avait rien de si ridicule que les chœurs, parce qu'il était
1. DanseuBe de TOpéra dont le nom revient souvent dans le curieux Journal ^ impeetêUTi de M, de Sartine (Bruxelles, 1S63, in-iS).
contre le sens commun de faire avoir la même idée et les mêmes expressions à cinquante mille hommes à la fois. Gela ne me paraît pas bien juste, car ordinairement le ton est donne par un coryphée, et rien n^est plus commun que de voir le peuple répéter par exda* mation ce qu'il entend dire à une seule voix. D'ailleurs cette méthode n'est pas de nos jours; et les Grecs, nos maîtres en tout genre, s'en sont servis avec succès dans la plupart de leurs tragédies.
Je n'ai point été aussi content de la Lettre deGoujuqne je l'avais espéré; il me semble que la même idée y est trop souvent retournée, et que ce petit écrit est moins gai que ceux qui Font précédé.
Je ne vous reverrai pas aussitôt que je l'avais espéré; nous sommes condamnés à faire des malheureux jusqu'au 15. L'ennui que j'en ressens me prouve que les plaisirs des damnés ne sont pas fort vifs; et je ne me console point d'être ici par le chagrin des gens qui sont ruinés par notre présence.
Mon frère vous fait mille compliments. Je ne sais s'il voit sans jalousie les succès de Philidor; son espérance est que sa gloire musicale affaiblira sa science échectique. Adieu , j'espère prendre bientôt du café avec vous.
A DortmuDdy ce 18 Jain 1761.
Si je ne vous ai pas remercié de la Conversation de Vohhè Grisel, j'ai eu grand tort, car elle m'a fait grand plaisir: il me semble que jusqu'au moment où Voltaire a voulu faire de bonnes plaisanteries, il a passé pour n'être pas plaisant ; mais depuis quelques années on ne doit pas lui refuser ce mérite non plus que d'être fou, car ses ouvrages sont lardés de bassesse et de courage, de critique et d'adulation : il parait, dans les uns, travailler pour reparaître en France et ramener la cour; dans les autres, il attaque toutes les sociétés, et traite la religion comme il dit qu'il faut traiter les jansénistes pour les faire tomber. Cela me plaît infiniment.
Votre dixième feuille m'a fait grand plaisir; il y a deux sortes de sots très-communs: les uns ne voient dans un nouveau projet que le renversement des anciens usages; et, sans réfléchir que chaque siècle a acquis sur celui qui l'a précédé, ils disent: Le monde a bien été jusqu'ici, il ira bien encore, et n'a pas besoin de réformateurs; les autres leur sont directement opposés, et pourvu qu*un mémoire soit spécieusement écrit, ils croient tout ce qu'il propose bon est possible. La partie sur laquelle M. de Mirabeau et M. Fesselier ont écrit est peut-être celle où un homme qui n'a point été dans le cabinet peut prononcer le plus difQcilement : toutes les branches de l'administration en ressortent. Le bien et la puissance sont deux choses plus difficiles à accorder que ne le croit le patriote systé-
matique ; rendez' au peuple Taisance et l'esprit de liberté , il sera moins esclave de la cour. Les livres sont bons quand ils ont commencé à parler au cœur des rois, c'est là où réside toute réformation utile ; imprimons toujours, cela fait gagner les libraires,
Nous sommes partis le 13 de Wesel. Le mauvais temps a été Jusqu'à ce jour notre seul ennemi ; jamais pluie plus abondante n'a bumecté un plus vilain pays. Notre première marcbe sera sur Unna, et une partie de Tannée des alliés se rassemble à Werle, Roest et Ruren, petites villes peu distantes de nous. Je crois que nous irons lentement, pour attendre les mouvements de l'armée de Broglie qui ne doit marcher que le 25. En attendant, j'ai une position qui me serait fort agréable si elle ne me séparait pas de mon frère, je suis le premier officier général de la réserve de M. le prince de Condé, réserve destinée à faire l'avant-garde de l'armée. Le baron n'a point apporté ici son recueil : ainsi point d'ouvrages de Drevenich *, car j'ai soigneusementdéchîrétoutceque j'avais fait, et je ne m'en repens pas. Mon frère me charge de mille choses pour vous. Bien mes compliments à M. Diderot.
1. Le catalogue Soleinne (tome lU, p. 328, n9 3857) range dans la section des pièces libres un Recu$il (manuscrit) des ouvrctg$» de V Académie de Drevenichf 1760, in-folio, de 466 pages avec 52 dessins an bistre et deux plans coloriés. La note de M. Paul Lacroix indique parmi les morceaux composant ce recueil : la Conversation de M, le baron de Besenval avec une dame de Wesel (réimprimée depuis au tome IV de ses Mémoires); le premier acte d*une comMie tmcyclopédique {sic) par le comte de Thiard ; Socrate et Gassendi, dialogue platonicien (donné par M. Lacroix au comte de Bissy, mais qui est également réimprimé au tome IV des Mémoires de Besenval) ; Dialogue entre plusieurs personnages considérables au camp de Drevenich, par le chevalier de Sarsfleld ; parodie d*une scène de MUhn-^ date (en vers) par le comte de Thiard. Les autres collaborateurs étaient MM. de Lugeac, de Fronsac et de Monteil ; M. Paul Lacroix ajoute que ces improvisations étaient envoyées chaque soir au marquis de Ségur , fait prisonnier pendant la campagne de 1760, ce qui nous parait un peu bien difficile, et que les dessins qui les illustraient étaient du baron de Besenval. Le vicomte de Ségur, qui a pnbUé et peut-être récrit les Mémoires de cet homme d*esprit, dit bien, dans Tavertissement du tome IV, que les pièces rassemblées par lui avaient été composées à Drevenich en 1757 (et non en 1760), mais il ne parle ni de leur envoi à son père Bi des figures qui les ornaient.
Qu'est devenu le précieux manuscrit possédé par M. de Soleinne? On a dit qne la collection libre avait été détruite par les héritiers , mais le fait n*est pas certain.
522 LETTRES ADRESSÉES A 6RIMM.
LETTRE d'un officier inconnu.
A Dortmund, ce 25 jain 1760.
Vous aurez reçu, monsieur, une de mes lettres avec les propositions dont j'ai été chargé et sur lesquelles il n'y a plus qu*à dire oui ou non, parce que la personne que cela regarde a porté ses offres aussi loin que sa fortune pouvait le lui permettre.
Gomme tout passe dans ce monde et passe encore plus vite à Paris que dans tout autre lieu, la sensation que la pièce des Philosophes a produite passera de même et votre prudence vous permettra de revenir à Paris et de ne pas rester à la campagne. Je suis trèsaise de la justice que M. de Choiseul vous a rendue et qu'il ait connu Fauteur de cette Vision qui aurait pu l'indisposer contre la société de M. d'Holbach.
Si la philosophie apprend à tout réduire à sa juste valeur, et qu'elle fasse tout apprécier, il est bien à craindre qu'on ne sente trop vivement la monstruosité qu'il y a à soumettre des milliers d'individus à la volonté d'un seul, et si d'être éclairé à cet égard peut conduire à un changement de gouvernement, il faut préalablement décider que la révolution est nécessaire et qu'elle rendra la totalité plus heureuse.
La philosophie est peut-être plus analogue au gouvernement anglais qu'au nôtre ; aussi il ne serait pas singulier qu'elle y eût procuré des avantages qui portent le trouble chez nous, car vous m'avouerez que, pour un vrai philosophe, vous en trouvez mille qui ne le sont qu'à demi et qui dès ce moment-là n'entraînent après eux que des inconvénients. Pour me servir de votre expression, dans le moment où nous sommes, il ne faut que des bœufs et une troupe de taureaux serait aussi difficile à conduire qu'une foule de généraux éclairés serait pernicieuse dans une armée. Un des plus grands inconvénients de notre militaire actuel, c'est de vouloir juger leurs chefs {sic) et de les soumettre à l'examen. N'est-ce pas là la suite d'une philosophie mal entendue ? Or n'y a-t-il pas beaucoup plus de gens susceptibles de celle-là que de la véritable ? Croyez-vous qu'un philosophe qu'on tiendrait ici au bivouac à manger du pain et à boire de l'eau et auquel on dirait que c'est de l'honneur que cette vie-là, je veux être damné s'il en croirait un mot, voyant d'autres personnes bien vêtues, bien nourries et bien
logées dans cette même armée que le grade aurait mises beaucoup au-dessus de lui. Or Tordre ne peut être mis dans la multitude que par la différence des grades. Cette différence ne pourra jamais être établie entre des gens qui se sont convaincus de l'égalité réelle qu'il y a d*un individu à un autre individu, d'où je conclus que dans un état monarchique, comme^ dans une armée, plus le troupeau est bœuf et mieux il va. Adieu, monsieur, voilà une lettre trop longue pour un homme qui vient d'être percé jusqu'aux os, sans pouvoir se flatter d*y avoir acquis le moindre honneur, et encore plus pour vous qui employez beaucoup mieux votre temps et qui vous divertissez.
LETTRES
Pont-à-Mou88on, 16 mai 1763.
Je supporterais, monsieur, plus aisément les fautes de la Providence que les vôtres, parce qu*on est tout accoutumé aux unes et que, ne pouvant croire celle-ci , Tinquiétude porte sur votre santé. En effet, votre lettre m'apprend qu'elle n'est pas trop bonne et j'en suis très-affligé. Je vous conjure de ne pas tarder à me rassurer sur son compte. J'espère du moins que vous aurez pu exécuter votre projet d'aller à Saint-Cloud et que j'aurai par là incessamment de vos nouvelles.
J'ai frémi pour M. le duc de Chartres, je tremblais que son extrême délicatesse ne soutint pas une attaque un peu vive, je re* doutais surtout cette profondeur de sagesse et de bienfaisance qui conduit tout ici-bas par des voies si impénétrables qu'il n'y a pas d'espérance qui ne soit confondue.
Eh I comment vous dire ma marche I Les colonels d'infanterie et de cavalerie ont reçu une lettre par laquelle on leur mande de ne pas profiter de la permission qu'on leur avaii donnée d'abord de s'absenter de leur c )rps au bout de (rois mois. On h ur mande d'y rester au contraire jusqu'à nouvel ordre. On les prévient qu'ils seront chargés de veiller sur l'exécution d'un règlement prochain pour le service et, selon toute apparence, cela les tiendra jusqu'à Thiver. Les colonels de dragons, à qui de plus on n'avait point encore limité le temps de leur résidence, vont être dans le même
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cas. Je comptais cependant aller aux eaux avec M. de Gastries, Ty joindre du moins, et môme faire un tour auparavant à Paris. Je n'ose presque plus rien espérer de tout cela. Sans doute qu'il vaudrait mieux être en Hesse ; on n'y serait pas obligé de donner les violons aux belles dames de son quartier et de faire leur partie de reversis.
J'ai été à Lunéville faire ma cour à l'ancien roi de Pologne. Cest un bonhomme qu'il faut avoir vu, ainsi que les monuments qu'il laissera de lui et lesquels, quoique faits sans goût, prouvent toutefois ce qu'on peut avec deux millions, quand on a de Tordre. Mais ce que j'ai trouvé d'excellemment bon à Lunéville, c'est M. de Saint>Lambert. Nous avons beaucoup parlé de vous. Il m'a fait avoir pour quelques heures la lettre de J.-J. Rousseau ^ J'ai fait ce que j'ai pu pour l'avoir à moi. Gela m'a été impossible. Je l'ai lue avec un plaisir vif, quoique j'y aie trouvé plusieurs choses que je blâme fort , mais il y en a de si excellentes que j'en ai été ravi. Je n'ai pu m'empêcher toutefois de rire de la bonne foi avec laquelle il est déiste. M. de Saint-Lambert m'a parlé d'Olympie exactement comme vous faites. Il y trouve cependant un grand intérêt, mais il est bien peu content du style. J'en suis sincèrement affligé et il ne me reste point de ressources. Sans vous et lui, je me rappellerais au contraire que depuis quinze ans chaque nouvelle production de l'homme immortel * commence toujours par être regardée comme inférieure à ses sœurs aînées, même indigne déciles, presque bâtarde, et finit cependant par être légitimée magnifiquement et partager les droits du rang le plus auguste. J'ai lu avec attention la Poétique de Marmontel, et j'en ai prévu le peu de succès. C'est tout à la fois abstrait et commun. Cependant il y a des choses qui sont bien écriies et d'autres très-instructives. Il faut convenir en tout que c'est un sujet ingrat à traiter après Horace et Boileau. Encore ont-ils eu, indépendamment du génie du premier, bien entendu, le bon esprit d'écrire en vers et de mettre leurs préceptes en exemples. Les répéter en prose est vouloir fa^e un livre au défaut d'avoir rien de mieux à faire. Ah ! que j'entends bien aussi ce que vous dites, quand vous prétendez qu'il faut être tourmenté par son démon ! Voilà ce qui a fait faire à Diderot son Traité de la poésie dramatique; aussi est-ce un poème et non pas une poétique.
Je vous rends bien des grâces de m'avoir donné d'aussi bonnes nouvelles de M. de Castries. Mon ami Dufouard, non content de m'avoir donné la vie, veut encore, autant qu'il est en lui. m'en