VARIETE
a Le célèbre Cook, dans la relation de son premier voyage autour du monde, raconte qu'il vit représenter à Vlitéa, une des lies de la Société, une espèce de comédie-pantomime où les acteurs, tous hommes, se trouvaient divisés en deux partis sous la dénomination de noirs et de blancs. Le parti noir représentait un maitre et des serviteurs, le parti blanc représentait le peuple»
Voici en peu de mots le sujet de la pièce. Le maître charge ses sersriteurs de garder un panier rempli de provisions, les blancs viennent exécuter divers pas graves en tâchant d'enlever le panier; les noirs le défendent en battant des entrechats. Après de vives altercations, les noirs, fatigués, s'asseyent autour du dépôt, et s'appuyant dessus se livrent au sommeil. Les blancs, profitant de la circonstance, s'approchent à pas doux et mesurés, et, soulevant les noirs de dessus le panier, emportent leur proie. Les noirs se réveillent bientôt, expriment leur douleur par une pantomime très animée, et fmissent par se consoler en dansant. »
Cet apologue n'en est pas un ; nous avons trouvé le passage dans le troisième volume de l'édition in-4", à quelques légères altérations près. Dans Cook le parti noir n'est que le parti bnin^ et le parti blanc ^ au lieu de représenter le peuple^ représente tout simplement une troupe de voleurs,
— Ynkle et Yariko^ supplément aux cmvres de Gessner (par M. deMeister). Brochure in-18*.
Gessner lui-même avait dit de l'auteur de ce petit ouvrage, en parlant à M. l'abbé Bertola de la traduction des Nouvelles
IdylleSy faite par le même : Giurerei che abbia guardato il
piii délie voile non nelle mie poésie^ ma nel fondo délia mia
1. Peu de légendes d*ainour ont eu, au siècle dernier, plus de succès que les infortunes de cette jeune Indienne qui recueille un Anglais naufragé, l'aime, croit en être aimée, et se voit vendue par lui le Jour où il retrouve ses compatriotes. Gessner, Gellert, Boulenger de Rivery, Sedaine, et Raynai lui-même, ont tour à tour chanté cet épisode sentimental, qui, à la fin du siècle, devait encore inspirer un autre poSte, Lucien Bonaparte. Le roman qu'il a publié sous le titre de la Tribu indienne^ ou Edouard et SUllina (1792, 2 vol. in-12) n'est en effet, sous d'autres noms, que le récit prétentieux et déclamatoire des malheurs de la jeune Yariko. Le livre est d'ailleurs très-rare et les admirables figures de Prudhon (la Grotte, le Bain, la Soif de Vor^ etc.)» justifient, mieux que la prose de l'impérial romancier, la valeur marchande qu'on lui attribue. La traduction de l'idylle de Gessner par Meister est aussi fort rare : nous n'avons pu réussir à la voir.
« Ynkle et Yariko est une traduction de M. de Meister, écrit Grimm à Catherine, le 4 août 1790 ; avant la révolution, il avait commencé à traduire les Contes des petits garçons de la marraine de Katinka [Catherine avait pour pupille une des filles de M"*" de Bueil]. Nous voulions lui traduire toute la bibliothèque et moi y mettre la rocambole et publier le tout conjointement, mais cette malheureuse révolution a aussi détruit la librairie. On ne trouve plus d'imprimeurs que pour des sottises, des libelles, des calomnies atroces et il ne parait pas autre chose; cependant mon projet n'est pas abandonné. M. de Meister m'a dit qu'il employait ces contes dans sa Correspondance littéraire au grand contentement de ses lecteurs et qu'il en recevait des compliments de tous côtés. Dans les temps de disette, on emploie jusqu'à ses diamants pour se tirer d'affaire* »
anima. « Je jurerais qu'il a regardé le plus souvent, non dans mes poésies, mais dans le fond de mon âme. » (Elogio di Gessner, p. 75.)
LE CZAROWITZ FEVEH, SECOND CONTE RUSSE '.
On dit que la Sibérie fut habitée autrefois par un peuple nombreux, actif et riche, que ce peuple eut pour czar un prince qui desœndait des Ouans de la Chine, et qui se nommait Taoau. Cétait un homme rempli de sagesse et de vertu, il aimait ses sujets comme un père aime ses enfants, il n'accablait personne de charges trop pénibles, et ménageait chacun en particulier le plus qu'il pouvait, suivant les circonstances. Il méprisait souverainement toute espèce de faste et de luxe ; cependant l'on ne voyait rien dans sa cour qui ne fût tout à fait agréable, et rien qui ne répondit à sa dignité. Le czar avait une czarine, et la beauté de cette princesse était aussi distinguée que les qualités de son esprit et de son cœur ; elle ne songeait qu'à plaire à son époux et suivait en toutes choses l'exemple de ses vertus. Ils passèrent plusieurs années dans l'union la plus douce et la plus tendre, mais ils n'avaient point d'enfants, et cette privation leur rappelait souvent ce qu'on a dit tant de fois, qu'il n'est dans ce monde point de bonheur parfait.
La czarine, d'une santé fort délicate, éprouvait souvent des accidents qui donnaient au czstr beaucoup d'inquiétude. Il fit venir des contrées les plus lointaines comme des contrées voisines tout ce qu'il y avait alors de médecins célèbres, qui raisonnaient à perte de vue sur la maladie, et qui d'ailleurs, rarement d'accord entre eux, finissaient pourtant tous par lui prescrire des remèdes composés d'une si grande quantité d'herbes et de drogues de toute espèce que la liste seule de ces ingrédients remplissait des pages entières du papier dont on se servait alors. La czarine, les dames et les demoiselles de sa cour ne pouvaient voir sans effroi, sans dégoût, ce triste amas de bouteilles et de fioles qu'on ne cessait de porter à la pauvre prin-
1. Catherine parle à Grimm de ce conte dans ses lettres du 5 janvier et du 19 avril 1783. Il avait été d'ailleurs imprimé antérieurement avant son insertion dans la Correspondance littéraire, mais en allemand : Mârchen vOn Zarewitsch Feum (BerUn et Stettin, 1784 in-8«). Voir aussi p. 10, note.
cesse : a Ces drogues, disait la czarine, ont un goût détestable. — La seule rae, disaient les dames de la cour, en est repoussante. » Le czar» qui doutait infiniment du bon effet que devait produire le mélange bizarre de tant de jus, de tant d'élixirs différents, ne put cacher plus longtemps son inquiétude à ses amis. On dit communément que des princes sages ne manquent jamais de bons conseils, c'est ce que l'on vit bien encore id ; un des grands de la cour nommé Bouche-d'Or dit au czar : « Mon bon mattre, pourquoi vous tourmenter? vous semble-t-il que ces drogues font plus de mal que de bien à la czarine? eh bien, il ne vous en coûtera qu'un mot, faites-les jeter, et moi j'irai vous chercher un honmie habile à guérir toutes sortes de maux, il aura bientôt rétabli la santé de la princesse ; il n'est pas ici, mais il demeure dans une solitude qui n'est pas fort éloignée. »
Ce discours soulagea les peines du czar et remplit son cœur des plus douces espérances. On dépêcha bien vite un messager à notre ermite. Il habitait au milieu de la forêt dans une petite maison cx)uverte de chaume. Le messager ayant frappé à la porte, il entendit aboyer un petit chien, et l'instant d'après il vit quelqu'un à une lucarne. « Qui frappe là? — Je suis envoyé par le czar, répondit le messager ; le maître est-il au logis? — Il y est», dit l'homme à la lucarne, et il vint ouvrir. Étant entré, le messager trouva le maître du logis lisant au coin de son feu ; il se leva pour le recevoir ; informé que le czar le demandait, il s'habilla sur-le-champ, monta à cheval, et se rendit avec son guide à la cour. Quand il fut présenté au czar, celui-ci commença par lui demander quel était son nom, ensuite quelle était sa patrie. Â la première question il répondit : « Je m'appelle Cathos ; » h la seconde il dit qu'élevé à la cour du prince Sangor, il y avait essuyé beaucoup de persécutions de la part des méchants, qui par envie l'avaient calomnié auprès de son maître ; il se plaignit d'avoir perdu sa foitune et ses amis, et d'avoir été Uvré ensuite aux plus injustes traitements; il ajouta que, ne sachant point dissimuler ou parler autrement qu'il ne pensait, science indispensable à la cour du prince Sangor, il avait choisi dans la forêt une demeure solitaire où il s'occupait à étudier les vertus des plantes pour les faire servir dans l'occasion au soulagement de son prochain. Cathos n'e^t pas plus tôt fini son discours que le czar le mena chez la czarine. Ils la trouvèrent couchée, les pieds étendus sur
des coussins d'édredon, avec une couverture de velours cramoisi doublée d'une superbe peau de renard noir. Elle était fort pâle, les yeux presque éteints» elle se plaignait de tiraillements dans les jambes, d'insomnie et de dégoût pour toute espèce de nourriture. Le solitaire s'informa de sa manière de vivre, et apprit qu'elle passait le jour et la nuit dans des appartements chauds, qu'elle ne faisait aucun exercice, ne prenait jamais l'air, et mangeait à toute heure, tantôt de ceci, tantôt de cela, qu'elle dormait le jour, et passait les nuits à causer avec les dames et les demoiselles de sa cour, qui l'une après l'autre lui frottaient les pieds, lui faisaient des contes et lui rapportaient ce que chacun faisait ou ne faisait pas, ce que chacun disait ou ne disait pas. Notre médecin des bois prit la liberté de dire au czar : « Mon cher maître, défendez à votre czarine de dormir le jour, de causer la nuit, de manger et de boire, excepté aux heures ordinaires du dîner et du souper ; ordonnez-lui de se lever de bon matin pour ne se coucher que la nuit ; assurez-la que se couvrir les pieds dans une chambre chaude est un usage très-nuisible; engagez-la enfin à se promènera pied, en voiture, et sur toute chose à respirer souvent un air pur et frais. »
Le czar tâcha de persuader la czarine à suivre les ordonnances du médecin des bois; mais elle fit beaucoup de difficultés, disant : «Je suis accoutumée à vivre ainsi, comment pourrai-je changer mes habitudes et ma manière d'être?» Les prières du czar l'emportèrent pourtant enfin sur ces malheureuses habitudes. On tira tout doucement notre czarine de dessous ses couvertures de velours doublées de renard noir, on la fit lever de son lit; dans les commencements l'on était obligé delà soutenir sous les bras ; enfin elle essaya de marcher toute seule. Quelque temps après on la plaça dans un traîneau attelé de six rennes à cornes dorées et dont les harnois étaient garais d'hermine avec des boucles de rubis. La czarine fit ainsi une promenade de deux heures ; revenue à la maison, elle mangea et dormit fort bien ; bientôt Ton vit son teint reprendre toute sa frdcheur, ses yeux brillaient comme l'étoile du matin; elle reparut aussi belle que jamais, et les dames et les demoiselles de sa cour, transportées de joie, firent une chanson qui commençait ainsi :
Bon peuple, réjouissez-vous.
Grands et petits, apprenez tous
Qu*au temps présent sans médecine L^on guérit môme une czarine.
En effet, grâce à sa nouvelle manière de vivre, la princesse ne recouvra pas seulement la saaté la plus parraite, le ciel voulut lui accorder encore dans le cours de cette même année un fils, un beau czarowitz, à qui on donna le nom deFeveh, c'està-dire de Soleil d'or. Le czar récompensa très-généreusement l'honmie habile qui avait guéri la czarine sans drogues, et lui permit de se retirer dans l'habitation qu'il s'était choisie luimême ; ensuite le czar voua tous ses soins à l'éducation de son fils.
On lui donna pour gouvernante une veuve très-sensée et qui savait distinguer à merveille si l'enfant criait parce qu'il lui manquait quelque chose, ou parce qu'il était malade, ou parce qu'il n'était qu'entêté. On ne l'enveloppait point dans des langes, on ne le berçait point par des chansons, ni autrement, et on avait la plus grande attention de le faire manger à des heures réglées. C'était un charme de voir croître cet enfant et se fortifier à vue d'œil. Au bout de six semaines on apporta un beau tapis d'une couleur riante et tout parsemé de fleurs ; ce tapis, qui pouvait avoir deux toises de long et deux toises de large, fut étendu dans la chambre à coucher du prince; dès que le petit czarowitz était éveillé, on le posait sur le tapis ; appuyé sur le côté droit, il se laissait bientôt aller en roulant tout doucement sur sa petite panse. On renouvelait chaque jour plusieurs fois cet exercice. Peu à peu l'enfant s'accoutuma si bien à s'aider de ses petits pieds et de ses petites mains pour se relever et se tenir debout qu'avant l'année accomplie il marchait déjà d'abord en se tenant contre le mur, ensuite tout seul au milieu de la chambre. Alors on inventa pour l'amuser toutes sortes de jeux propres à lui apprendre à discerner les différents objets dont il était entouré, et dont son intelligence naissante pouvait concevoir quelque idée. Avant de pouvoir parler, il s'était fait des signes pour tout ce qu'il voulait exprimer, et avait appris déjà le nom de toutes les lettres de l'alphabet ; lui demandait-on où était telle ou telle lettre, tout de suite il mettait son petit doigt dessus. Quand il était malade, accoutumé à souffrir avec patience, il se tenait le plus tranquille qu'il pouvait ; les accidents de la maladie en étaient moins forts, et le sommeil ne tardait pas à les adoucir.
l'âge de trois ans, on l'inocula ; c'est après cette époque qu'il montra un désir beaucoup plus vif de tout apprendre. De luimême et sans aucune contrainte il apprit à lire, à écrire, à compter; les jeux qu'il aimait de préférence étaient ceux quiseryaient à l'instruire. Le czarowitz avait le cœur bon ; il était compatissant, généreux, docile, reconnaissant, plein de respect pour ses parents et pour ses instituteurs ; poli, affable pour tout le monde : on ne le voyait jamais ni craintif, ni grondeur, ni entêté. Il obéissait constamment en toutes choses aux règles de la saine raison : il disait toujours la vérité, et se plaisait à l'entendre ; il détestait si fort le .mensonge qu'il n'aurait pas même voulu mentir en badinant. L'hiver et l'été, quelque temps qu'il fit, il allait au grand air, à moins que quelque raison de santé ne robligeât absolument à garder la chambre. Lorsqu'il fut parvenu à l'âge de sept ans, on lui donna pour gouverneur un homme d'un âge mûr et d'une vertu éprouvée. Ce gouverneur forma peu à peu notre jeune czarowitz à tous les exercices de la jeunesse ; il lui apprit à monter à cheval, à tirer de l'arc, à lancer le javelot d'une main sûre. Durant les chaleurs de l'été le jeune prince se baignait et apprenait à nager dans le fleuve Irtisch ; enfin l'on rassemblait autour de lui tous les amusements propres à donner au corps de la force et de l'adresse, à l'âme du courage et de la fermeté : on cultivait aussi les facultés de son esprit par la lecture des meilleurs livres. Les progrès du czarowitz répondirent merveilleusement à tous ces soins; mais, après avoir atteint sa quinzième année, il parut se lasser de la vie douce, tranquille, uniforme qu'il menait dans la maison paternelle : il aurait voulu en changer, mais il ne pouvait trop se rendre compte à lui-même de ce qu'il désirait : il avait envie de voir le monde, de juger par ses propres yeux de ce qu'il avait entendu raconter de tant de grands et de petits États, des usages de telle et telle cour, de la discipline de telle et telle armée, du goût et des mœurs des différentes nations : il souhaitait de connaître par lui-même tout ce qu'il y avait à voir de rare et d'intéressant, ce qui était mieux, ce qui était moins bien que dans son pays, enfin tout ce qui pouvait contribuer au bon ordre.
Le czar et la czarine, ayant su le dessein de leur fils, eurent beaucoup de peine à consentir à ce voyage : le czar se retira
pour y réfléchir ; la czarine s'enferma pour pleurer avec ses femmes, et leur dit qu'elle ne laisserait point voyager le czarowitz; qu'éloignée de ce cher enfant, la vie lui deviendrait insupportable. Les dames lui dirent : « Que Votre Majesté cesse de. pleurer ; nous persuaderons bien le czarowitz de renoncer à son projet.» La czarine les envoya au prince ; elles se rendirent à la porte de son appartement. On hii annonça que la czarine envoyait vers lui quelques-unes des dames qu'elle honorait le plus particulièrement de sa conflance ; il ordonna sur-le-champ qu'on les fit entrer. Ces dames se présentèrent devant le czarowitz et lui parlèrent ainsi : « Aimable czarowitz, votre auguste mère nous envoie vers vous pour vous exhorter à ne point nous quitter. Vos parents vous choisiront une belle femme, vous feront faire une pelisse superbe, une pelisse de martre couverte de la plus riche étofie d'or. N'avons-nous pas en hiver des appartements bien chauds, en été de belles ponmies et la plus belle verdure ? Qu'allez-vous chercher dans des pays lointains? Lorsque vous aurez des petits enfants et que notre cour ne risquera plus de rester déserte, alors on vous permettra de courir le monde ; mais songez qu'aujourd'hui vous êtes l'unique espérance de votre mère et toute la joie de son cœur. — Mes chères dames, leur répondit le czarowitz, je suis bien désolé de voir que ma mère se tourmente ainsi ; cependant je ne puis demeurer toujours à la maison : à mon âge on ne s'amuse plus à courir après des cerfsvolants. Je veux voir par mes propres yeux ce que racontent tant de gens éclairés ; je prétends examiner par moi-même ce que je n'ai vu jusqu'ici que dans les livres. Je suis las de ne rien savoir que par ouï-dire ; je veux apprendre à .connaître la faiblesse et la puissance des peuples voisins de nous et de ceux qui sont plus éloignés : je suis impatient de voir des montagnes, des forêts, des forteresses, des ports de mer, des villes de commerce, et j'aurai enfin un grand plaisir, mesdames, à vous rapporter de jolis présents. » Les dames s'inclinèrent devant le czarowitz, sortirent de son appartement, retournèrent aussitôt vers la czarine, et lui rendirent fidèlement tout ce que leur avait répondu le czarowitz. Sur ces entrefaites entra le czar, accompagné de Bouche-d'Or : il trouva la czarine fort affligée et fort inquiète ; ses dames se tenaient les mains croisées dans un coin de -la chambre^ et délibéraient sur ce qu'il y avait à faire. Bouche-
d'Or paraissait absorbé dans ses réflexions. « De tout ceci que pense monsieur? » lui dit le czar. Bouche-d'Or lui répondit : « Seigneur, faites appeler le czarowitz, et dites-lui que la tendresse même que vous lui portez vous défend de consentir à son départ, jusqu'à ce qu'il vous ait assuré par des preuves convaincantes qu'il vous est entièrement dévoué ; qu'il a une âme ferme^ de la patience dans le malheur, de la modération dans la prospérité, et que, toujours constant, [courageux, noble et bienfaisant, il honorera aux yeux des étrangers et son propre nom et celui de son père...» Ce discours plut au czar; il appuya sa main sur l'épaule gauche de Bouche-d'Or, et lui dit : « Mon guide et mon appui, vous êtes un brave homme, et je vous fais don d'un grand bonnet à toque d'or, tel que j'en porte moi-même aux petites, fêtes. » Bouche-d'Or se prosterna devant Sa Majesté jusqu'à terre, et lui dit : « Je rends mille grâces à Votre Majesté, et je serai toujours le plus dévoué de ses serviteurs. ••» Là-dessus on envoya un messager au czarowitz pour lui faire savoir les dernières résolutions du czar.
Le jeune prince reçut avec soumission les ordres de son père, et dit : a Que la volonté du czar le seigneur mon père s'accomplisse. Loin d'oser résister, je suis prêt à faire en toute occasion ce qu'il lui plaira de m'ordonner. » Le lendemain, le czar étant allé se promener dans ses jardins avec le czarowitz, il aperçut une branche sèche pendue à un arbre ; il la prit, la planta dans une terre grasse, commanda à son fils de prendre un aiTOSoir, et toute une année de suite d'aiTOser la branche sèche deux fois par jour, le soir et le matin. Le czarowitz fut visiter deux fois par jour la branche sèche, le soir et le matin, et chaque fois il l'arrosait avec la même attention. Ses jeunes compagnons trouvaient ce soin absurde, et lui dirent avec humeur : « Arrose la branche sèche tant qu'il te plaira, jamais il n'en croîtra rien : ton père s'est plu à imaginer une extravagance, et c'est pour rire qu'il t'a donné cet ordre. » Le czarowitz fut longtemps sans leur rien répondre; enfin il leur dit : « Écoutez, mes amis et mes chers compagnons, c'est à celui qui donne l'ordre à y réfléchir; notre aflaire à nous est d'obéir et d'exécuter ce qu'on nous ordonne avec soumission, sans humeur, peut-être même sans y trop songer. » Quelque temps après le czar revint dans le jardin comme pour voir si la branche sèche avait poussé quelques racines ; l'ayant secouée, il
Tarracha de terre et la jeta, en commandant au czarowitz de ne plus arroser à l'avenir cette branche inutile.
A l'entrée de l'automne, le czarowitz partit pour la chasse sur un très-beau cheval blanc, suivi de ses faucons, de ses piesgrièches et de ses autours ; il avait le projet de se divertir quelques jours en liberté. A peine eut-il fait sept werstes qu'un courrier du czar vint lui dire : <c Le czar notre maître t'ordonne de revenir sur-le-champ, et t'envoie ce bel habit. Des députés kalmoucks viennent d'arriver, et Ton désire qu'ils te voient dans toute la magnificence qui convient à ton rang. » A l'instant même le czarowitz fit tourner bride à son cheval blanc, et revint trouver son père au grand galop. Le pauvre cheval blanc, tout couvert d'écume, respirait à peine. Descendu de cheval, le czarowitz s'essuya le visage avec son mouchoir de toile de Hollande. Le czar, le voyant en habit de chasse, lui dit : « Pourquoi n'avez-vous pas mis votre habit de cérémonie? » Le jeune prince lui répondit : « La sueur et la poussière dont je me suis couvert en me pressant d'exécuter vos volontés m'honorent plus, je pense, que les plus riches vêtements. Si j'avait changé d'habit, je serais arrivé peut-être trop tard. Que messieurs les ambassadeurs kalmoucks jugent par leurs propres yeux du zèle avec lequel votre fils se rend à vos ordres. » Les ambassadeurs kalmoucks remirent au czarowitz une lettre d'un parent de la czarine, d'Agréou, prince de Mongolie; il invitait le czarowitz à venir le voir. Le czarowitz lui fit la réponse que voici, dans le style qui était alors d'usage : « Le czarowitz Feveb, au prince Agréou de Mongolie. Vous n'ignorez pas sans doute que je vis auprès du czar mon père, je ne puis aller vous voir sans son consentement; c'est en lui obéissant que j'apprends comment il faudra commander un jour. Quant au surplus, les députés pourront vous en informer eux-mêmes » Ce surplus consistait en
ceci : Les députés kalmoucks étaient des gens fort pressants; quand ils virent qu'ils ne pouvaient obtenir du czar la réponse qu'ils avaient désirée, ils tâchèrent de gagner la confiance du czai*owitz Feveh. Les Kalmoucks avaient envie de s'approprier quelques terres dépendantes des domaines du czar qui étaient fort à leur convenance; ils se flattaient de surprendre aisément le czarowitz, grâce à sa jeunesse, parce qu'ils le voyaient fort doux et fort ouvert avec tout le monde. Ils cherchèrent à le
gagner d'abord par des discours spécieux, ensuite par des prières, et voici quel était précisément l'objet de leurs instances : c'était que le prince Feveh voulût leur donner une lettre signée de sa main pour faire entrer les troupes kalmoucks dans une forteresse de la frontière. Us tentèrent d'émouvoir sa pitié en lui disant : u Nous sommes de pauvres gens, vous êtes riche ; que peut vous faire à vous une semblable bagatelle? » Le czarowitz n'eut aucun égard à tout ce qu'ils purent lui dire; il se contenta de leur répondre avec fermeté que jamais il ne ferait une pai'eille chose ; que ces villes n'étaient pas à lui, mais au czar, et qu'il leur conseillait de ne plus l'importuner à l'avenir de prières de ce genre. Ils lui promirent, à lui ainsi qu'à toutes les personnes q[ui lui étaient attachées, une infmité de belles choses et de superbes présents s'il s'engageait seulement à déterminer le czar de leur permettre de faire paître leurs troupeaux à Tentour du fort. La réponse du prince fut invariable. Sans élever la voix, il leur dit avec un sourire un peu moqueur : « Les pauvres, communément, n'ont point de présents à faire aux riches ; mais, quoi qu'il en soit, je n'en reçois de personne, et ceux qui me servent doivent suivre l'exemple que je leur donne. » Lorsque les Kalmoucks virent qu'ils ne pouvaient parvenir à leur but ni par leurs discours ni par leurs présents, ils s'en retournèrent. Chemin faisant, ayant rencontré quelques Tartares de la grande plaine qui voyageaient pour les affaires de leur commerce, ils leur dirent : « Le fils du chef de nos députés s'est égaré; c'est un fort jeune homme : si vous le trouvez, ramenez-le à son père. — Fort bien, leur répondirent les Tartares ; si nous le trouvons, il vous sera bientôt rendu. »
Les Tartares étaient dans ce temps-là des peuples grossiers et sans mœurs. Au bout de quelques journées ils aperçurent un jeune homme qui se promenait à pied sans aucune suite ; présumant que ce pouvait être le fils du député, ils l'environnèrent aussitôt et voulurent l'emmener de force en disant : u Tu es sûrement le petit vagabond que nous cherchons. — Vous me faites tort, leur répondit le jeune homme, je ne suis point un petit vagabond, je suis le fils d'un homme de bien » ; ils n'en voulurent rien croire ; et comme ils s'obstinaient toujours à l'emmener de force, le jeune homme s'appuya le dos contre un arbre, tira son sabre et leur cria : « Le premier qui m'attaque ne repas-
n CORRESPONDANCE LITTÉRAIRE.
sera jamais le seuil de sa maison. » Les Tartares, tout stupéfaits, ne savaient plus comment s'y prendre pour le saisir ; lui les regardait fixement et leur disait en riant : a 11 me semble que vous m'avez donné autant de peur que je vous ai donné de courage. » Dans ce même instant passa une des patrouilles à cheval du czar ; elle eut bientôt dissipé cette troupe de Tartares ; elle en arrêta même quelques-uns qui ne furent pas assez lentes pour s'enfuir. Le commandant de la patrouille ne put voir sans eilroi que le jeune homme que les Tartares avaient pris pour le fils d'un député, quoiqu'il ne ressemblât en rien à un Kalmouck, était le prince Feveh lui-même. Le czarowitz ayant reconnu la bêtise, l'ignorance et la stupidité de ces malheureux, pria luimême qu'on leur rendît la liberté et qu'on les laissât retourner tranquillement chez eux. Mais quand le czar Taoau en eut été informé, il fut fort imté, parce qu'il jugea qu'on avait manqué à son autorité en laissant échapper à son insu des hommes coupables d'un aussi grand crime que celui de vouloir enlever le czarowitz Taoaucowitz. Dans sa colère, il adressa ces mots au jeune prince : « Qu'aviez- vous à solliciter pour eux? Vous vous mêlez, mon enfant, d'affaires qui ne vous regardent point ; il n'appartient qu'à moi de pardonner et de punir. Vous êtes mon fils chéri, mais je suis seul dépositaire, seul garant du suprême pouvoir des czars. » Le jeune prince, affligé d'avoir pu exciter le courroux de son père, lui dit : « Mon père et mon maître, j'ai mal fait, mais c'est la pitié qui m'a rendu coupable » ; et, après avoir dit ces mots, il resta immobile devant le czar dans le plus respectueux silence. Le czar, déjà mal disposé, fut mécontent de ce silence et lui dit : « Que faites-vous là, muet comme pour juger mes discours au fond de votre âme ? Monsieur, votre gouverneur ne vous a-t-il pas appris que ce maintien n'était pas convenable? — Ce qu'il m'enseigne sanscesse, répondit Feveh d'une voix basse, c'est de supporter votre courroux avec soumission et de n'être jamais revêche. Jereconnais ma faute, et jesuisprofondément aflligé d'avoir pu vous déplaire, n Ces paroles attendrirent un peu le cœur paternel du czar, et il lui dit : « Retournez à la maison. » Le czarowitz baisa respectueusement la main de son père et se retira dans son appartement. Vers le soir il sentit des frissons, un point de côté et de la pesanteur dans la tête. De toute la nuit il ne put s'endormir ; le lendemain matin il eut une forte fièvre,
et l'on fit dire au czar et à la czarine que le czarowitz était malade. Ses parents vinrentle voir. La maladie faisait d'une heure à l'autre des progrès sensibles, mais Feveh supportait la douleur avec courage. Il avait tant de douceur et de tranquillité qu'il ne laissait échapper aucune plainte, et ce n'était que lorsque le médecin le lui demandait qu'il disait sans impatience l'espèce de mal qu'il souffrait. La jeunesse du czarowitz et 1^ soins assidus de tous ceux qui l'entouraient l'emportèrent enfin sur la maladie; Feveh fut entièrement guéri, et durant le cours de la maladie il avait grandi de deux pouces. Le peuple disait que c'était une maladie de croissance, ou, comme l'appelaient d'autres encore, la barbitioni en effet, peu de temps après le czarowitz fut obligé d'employer ses ciseaux d'or à couper le léger duvet qui commençait à couvrir ses joues et son menton. La joie que causa sa convalescence fut vive et sincère. Les poètes firent à ce sujet beaucoup de vers remplis de louanges excessives. Feveh n'aimait pas la flatterie ; après y avoir rêvé, il dit à ses valets de chambre : « Ne laissez point pénétrer l'orgueil au fond de mon cœur, et répétez-moi tous les jours, je vous prie, à mon réveil les mots suivants : Feveh, lève-toi, et n'oubUe pas un instant de la journée que tu es un homme comme nous. »
Au retour du printemps, le czarowitz, s'étant promené à cheval dans la campagne, passa par hasard devant la demeure de M. Bouche-d'Or ; il descendit de cheval, entra dans le vestibule et y resta jusqu'à ce qu'on eût averti le maître de la maison que Feveh était venu le voir. On fut quelque temps sans revenir. Les jeunes gens qui accompagnaient le prince commencèrent à s'ennuyer, et dirent que Monsieur n'était guère poli de faire attendre si longtemps le pripce ; mais Feveh répondit que M. Bouche-d'Or était fort occupé des affaires du czar. « J'ai peut-être mal pris mon temps ; il n'ep coûte pas beaucoup à des jeunes gens comme nous d'attendre, et je ne dois pas oublier que dernièrement encore M. Bouche-d'Or attendit lui-même assez longtemps dans mon antichambre sans se fâcher. » Le digne vieillard ne tarda pas d'arriver avec beaucoup d'empressement, et demanda mille pardons au prince. Celui-ci l'embrassa et lui dit : « Il est bien facile d'excuser celui dont les services fidèles, et qui m'ont été racontés ^nt de fois par mes parents, doivent occuper sans cesse ma pensée. » Bouche-d'Or s'inclina profondément, et
répondit la laime à l'œil : « Que vos discours sont doux à mon cœuri leur charme prolongera mes jours... » Le czarowitz déjeuna chez ce bon vieillard, dans une galerie qui avait vue sur un grand lac. En regardant par la fenêtre depuis le banc où il était assis, il aperçut une petite nacelle, et dans cette nacelle un pécheur qui se promenait sur Teau. Le czarowitz eut la fantaisie de se promener avec lui ; il se leva, cria au pêcheur d'aborder, et fut se placer dans son petit canot. Alors beaucoup de gens accoururent sur le rivage; les uns disaient qu'il était dangereux de s'exposer dans un si petit esquif; d'autres, que le bateau était vieux ; d'autres, qu'il penchait déjà; d'autres, qu'il était pourri; d'autres encore, qu'on était menacé d'un orage; enfin, tandis que Tonne cessait d'inspirer au prince des frayeurs de toute espèce, il prit la rame des mains du pêcheur, et dit : « Le pêcheur n'est-il pas un homme comme moi? Il était dans le canot, et le canot le portait à merveille. Feveh est un homme comme lui, il peut s'y promener également sans risque. J'ai été élevé dans la crainte de l'Être suprême et je ne connais point d'autre crainte. » A ces mots, Feveh s'assit dans l'esquif, se mit à ramer, et vogua ainsi longtemps, quoique le temps fût peu favorable. Il regagna heureusement le rivage d'où il était parti, fit ses adieux à Bouched'Or, mit le pied gauche dans l'étrier, se jeta légèrement sur son cheval et revint au grand galop. Bouchend'Or, à qui la visite du prince avait causé une extrême joie, dit le soir à ses amis : 0 Feveh, entre beaucoup d'autres dons précieux, a celui de savoir pai'ler de la manière la plus propre à s'assurer tous les cœurs, sans laisser apercevoir jamais qu'en parlant à quelqu'un il croit lui faire grâce. Le czarowitz n'a aucune apparence d'orgueil; il aime son prochain comme lui-même, et, sachant bien qu'il est un homme, il pense toujours, lorsqu'il s'adresse à quelqu'un, que c'est à un homme comme lui qu'il parle; mais il n'est personne, même en le voyant pour la première fois, qui n'éprouve pour lui une sorte d'attrait : je ne sais quelle douce confiance ce prince inspire à tout le monde par cette bonté facile et naturelle dont l'empire est si doux... » Ce sont les paroles remarquables que Bouche-d'Or dit le soir devant ses amis à la louange de Feveh. Le lendemain ils voulurent les répéter exactement, mais ils n'en purent jamais venir à bout. 11 est dans le monde des gens d'un naturel curieux, qui savent bien attraper
tantôt le commencement, tantôt la An, tantôt le milieu d'un discours, mais qui ne le saisissent jamais en entier. Bouche-d'Or avait des envieux qui, ayant entendu raconter très-imparfaitement ce qu'il avait dit sur le jeune prince, ne manquèrent pas de le rapporter tout de travers au czarowitz, et lui dirent que Bouche-d'Oi% entre autres observations peu flatteuses pour le prince, avait remarqué que monseigneur Feveh avait beaucoup d'orgueil. Feveh les écouta du plus grand sang-froid et leur répondit : u Je suis constamment occupé à me corriger de mes défauts, et je suis très-obligé à Bouche-d'Or de ce que ses remarques m'en founiiront une nouvelle occasion. » Il ne changea cependant en rien sa manière d'être avec Bouche-d'Or, et fut bientôt informé de la vérité du fait.
Cn jour d'été, le prince fut voir un riche négociant dans l'intention de s'instruire de la nature de son commerce. Le négociant, que cette visite flatta d'autant plus qu'il ne s'attendait guère à cet honneur, voulut lui en témoigner sa reconnaissance suivant l'usage d'alors, en lui faisant apporter de superbes présents, des coupes d'argent dans des bassins de vermeil, des bourses de brocart remplies d'or, des fourrures précieuses, de magnifiques tapis de Perse. On vit paraître en même temps la fille du généreux hôte : c'était une veuve jeune et belle, elle était vêtue de noir, et Ton voyait sur son visage l'impression de la tristesse la plus intéressante; elle vint déposer ces présents aux pieds du czarowitz. Son père supplia le prince de les accepter, en ajoutant : « Daignez pardonner la tristesse de ma fille aux persécutions qu'elle éprouve de la part des parents et des créanciers de son époux. — J'accepte volontiers, répliqua le prince, tous vos présents, et je les donne à votre fille pour dot, en désirant qu'elle retrouve bientôt un époux digne d'elle et qui sache préférer ses vertus à sa beauté et à ses richesses. » Revenu chez lui, Feveh apprit que son écuyer était tombé de cheval et s'était blessé dangereusement le pied; il fut le voir, envoya chercher le chirurgien, et tandis qu'on pansait sa blessure, il remplit sa botte d'argent et dit : « Donnez ceci à mon écuyer, il y trouvera de quoi payer les secours dont il a besoin. » Ce fut dans ce même temps-là, ou du moins peu de temps après, que les peuples de la Plaine-Dorée firent une invasion dans les terres du czar, se rendirent maîtres de plusieurs villages et en emmenèrent les habitants. Le czar fit lever des XVI. 7
troupes qui furent employées à poureuivre ces brigands. L'armée les ayant forcés à se retirer, elle envoya au czar, avec ceux de ses sujets qu'elle venait de délivrer, plusieurs prisonniers faits sur ses ennemis, « Il faut, dirent alors quelques seigneurs delà cour, il faut traiter les prisonniers que l'on a faits sur les peuples de la Plaine-Dorée aussi durement qu'ils ont traité les nôtres. » Ces discoui-s étant venus jusqu'aux oreilles du prince Feveh, il dit : « Nous conviendrait-il d'imiter un mauvais procédé? Que les peuples de la Plaine-Dorée apprennent de nous l'humanité qu'on doit à ces ennemis. Plût au ciel que l'on pût trouver parmi nous l'exemple de toutes les vertus ! »
Ce fut \ers la fin de cette année que le czarowitz prit une femme et en eut des enfants qui lui ressemblèrent. Quelques années après, il voyagea dans plusieurs contrées et rapporta dans sa patrie une foule de connaissances intéressantes. Feveh et tous ses descendants pai-vinrent à un âge fort avancé. Son nom est encore béni de la nation dont il fut le père.