Gorjy
On vient de publier les deux premiers tomes des Œuvres posihiimes de M. Tabbé de Mably. Ces deux volumes contiennent Y Écrit adressé à M, le comte Wielhorski^ ministre plénipoteru tiaire de la Confédération de Bar en France^ sur le gouverne^ ment et les lois de la Pologne en 1776, avec une espèce de dialogue intitulé le Banquet des politiques.
Le premier conseil que M. l'abbé donnait à ses confrères n'était pas trop chrétien, c'est d'engager à tout prix les Turcs à continuer la guerre. C'est d'eux, leur dit-il, que dépend notre salut ; c'est auprès d'eux qu'il faut agir, et, en les encourageant contre leurs premières disgrâces, flatter leur orgueil, et les empêcher de consentir à une paix honteuse. Voilà pour la politique.
Quant à la législation, il pense que la loi la plus importante et la plus nécessaire pour la Pologne est celle qui assignera de la manière la plus claire à l'ordre équestre, assemblé légitimement en diète, toute la puissance législative, et qui ne laissera au roi et au sénat que la puissance executive.
Ensuite il croit qu'il est'à propos de fixer pour toujours le temps et le lieu où la diète s'assemblera, sans avoir besoin d'être convoquée par un acte particulier. Pour imprimer à la puissance législative la majesté qui lui est nécessaire, et lui concilier le respect et la confiance de la nation, les lois doivent donner aux nonces une certaine dignité qui leur apprenne à se respecter eux-mêmes.
La réforme que notre auteur trouve la plus indispensable et la plus diflicile à faire est celle du liberum veto. Pour y préparer les esprits, il propose d'établir d'abord que désormais le veto n'aura lieu que quand tous les nonces d'un palatinat le prononceront d'une voix unanime. Permettre qu'un palatinat s'oppose à la volonté de trente-deux provinces, c'est encore une absurdité; mais que faire? Ce qui peut consoler d'une loi si imparfaite, c'est qu'il sera très-rare que tous les députés d'un palatinat concourent unanimement à prononcer le veto.
En lisant les conseils que l'abbé de Mably donne aux Polonais
sur la prudence avec laquelle il convient d'entreprendre la réforme des abus, il est permis de présumer que la conduite de nos jeunes Solons n'eût pas toujours échappé à sa censure, ou plutôt que lui-même eût été dénoncé comme un mauvais patriote, comme un ennemi secret de la révolution, comme un aristocrate. Voici ce qu'il ose dire : « En méditant une réforme, le point capital est de ne point se faire redouter et de se rendre au contraire agréable à tout le monde Si on veut attaquer à la fois
tous les abus, je prévois que tous ceux qui en profitent feront une ligue générale pour les maintenir; et quelles lois, quels magistrats, quelle puissance pourraient résister à la force de cette conjuration?.... S'il en était besoin, je vous citerais ici je ne sais combien de gens de bien qui, faute de politique, ont fait plus de mal à leur patrie que beaucoup d'hommes méchants dont
le nom est déshonoré Que les confédérés ne songent donc pas
à mettre la dernière main à l'ouvrage dont ils ne sont destinés qu'à jeter les fondements ; leur réputation n'en souffrira pas, et la postérité, qui leur devra ses lumières, découvrira sans peine que son bonheur est l'ouvrage de leur circonspection... » C'est ce qu'avait déjà si bien dit à nos représentants un ministre aussi respectable aujourd'hui par ses digrâces qu'il le fut par ses vertus : ?le soyez pas envieux des succès du tetrips.
C'est un archiduc que M. l'abbé de Mably proposait de placer sur le trône de Pologne. « Je gagerais, dit-il, que l'impératricereine, dont toute l'Europe admire les vertus, aura plutôt la politique d'une mère qui veut établir solidement ses enfants que celle d'une princesse ambitieuse que le despotisme seul peut satisfaire Un archiduc que vous élèveriez sur le trône renoncerait à tout ce qu'il peut attendre des successions de sa maison, et par là il s'attacherait plus étroitement à vous. Si la cour de Vienne n'emploie que les voies de l'insinuation pour accroître l'autorité de son archiduc votre roi, vous pouvez vous suffire à vous-mêmes. Le patriotisme que votre nouveau gouvernement aura fait naître est un rempart impénétrable contre l'intrigue et la corruption. Si elle veut mettre en usage la force, ce qui n'est pas vraisemblable, vous trouverez des alliés tout faits dans les ennemis naturels de la maison d'Autriche, vous aurez la Porte, vous aurez les princes de l'empire, vous aurez peut-être la Bussie Le temps fera enfin ce que la poU tique seule aurait dû
faire, et les branches autrichiennes qui régneront à Varsovie et à Vienne se regarderont comme des maisons étrangères. »
En distribuant des trônes, la munificence de l'abbé de Mably ne veut pas avoir à se reprocher de faire des présents trop magnifiques ; il consent que la personne du roi soit inviolable, mais il en conclut qu'il faut diminuer autant que possible ses devoirs, ses fonctions et sa prérogative. 11 est juste qu'il ne puisse rien par lui-même et par sa propre autorité, puisqu'on ne lui demandera compte de rien ; c'est donc dans les mains du sénat, dont le roi ne sera que président, qu'il veut qu'on dépose toute la puissance executive ; et, pour que la nation donne toute sa confiance au sénat, il lui parait indispensable qu'elle choisisse elle-même les personnes qui le composeront. Vous voyez, ajoute-t-il, combien les Anglais se trouvent mal de ne pas choisir eux-mêmes
les conseillers et les ministres du prince En effet, n'est-ce
pas le peuple le plus mal gouverné de l'Europe, et par conséquent le plus pauvre, le plus faible et le plus malheureux ?
LA POLITIQUE d'UNE FEMME HONNÊTE ET SENSIBLE. A UNE DAME, QUELQUES JOURS AVAJXT SON MARIAGE.
Quand vous aurez prononcé le serment De rendre heureux Tépoux qui vous aura choisie, Semez de fleurs tous les jours de sa vie, Aimez en lui votre ami, votre amant.
Que dans vos bras paisiblement Il repose; soyez son ange tutélaire, Veillez, loin de son cœur chassez les noirs chagrins; Qu'il trouve auprès de vous plus purs et plus sereins
L'air qu'il respire et le jour qui Féclaire : C'est ainsi qu'en vos fers vous saurez l'arrêter. Si malgré tant de soins il devient infidèle, En reproches amers gardez-vous d'éclater; Mais oflTrez-Iui des mœurs un si parfait modèle Qu'il soit forcé de l'imiter; Et si votre exemple le touche.
S'il revient à vos pieds abjurer son erreur, Qu'il trouve en arrivant l'amour sur votre bouche, Et le pardon dans votre cœur.
FRAGMENT DE LA COMÉDIE DES Sentiments secrets,