I. Necker
opuscules S n'ont pas hésité sur la véritable paternité de la Répotise; nous renvoyons le lecteur aux préliminaires excellents que M. Malassis a joints à sa réimpression, et dans lesquels il en appelle « de Rivarol hors de lui à Rivarol se possédant, du pamphlétaire de la Réponse au baron de Grimm à celui de la Lettre sur la capture de l'abbé Mauryt,
Mémoires politiques et anecdotiques du baron de Grimm ^ agent secret à Paris de V impératrice de Bussie^ de la reine de Suédey du roi de Pologne, du duc des Deux-Ponts^ du prince de Saxe-Gotha et autres souverains du Nord^ depuis l'année ilhijusquen 1789, traduits de Tallemand par M. Zinmann. Paris, Lerouge-Wolf, 1829, 2 vol. ia-8o.
Le soi-disant traducteur est, d'après Quérard, P -J. Spiridion Dufey, de l'Yonne, né à Auxerre le 13 décembre 1770, mort à Paris le 31 août 1856. Cette compilation, empruntée à la Correspondance littéraire^ à Bachaumont, à l'Espion dévalisé, aux Œuvres posthumes de d'Alembert, aux Lettres de M"® de Pompadour, eut sans doute assez peu de succès, puisque l'éditeur la remit en vente, en 1836, sous ce titre ainsi modifié :
Nouveaux Mémoires secrets et inédits, historiques, politiques, anecdotiques et littéraires du baron de Grimm, agent à Paris de la cour de Russie et de Pologne^ ou Chronique curieuse des perso mmges célèbres qui ont illustré le siècle dernier, suivie de la relation de ses voyages. Sur le titre de chaque volume, vignette de Tony Johannot gravée par Porret, empruntée à Paul Briollat^ autre roman historique, par P.-F. Camus , dit Merville (1831, in-8).
Dans le travail cité plus haut, M. Ilettner aeu le tort grave de prendre pour authentique un livre aussi déterminément apocryphe; il en cite des passages, et il va même jusqu'à blâmer le cynisme de Grimm qui, dans ses Mémoires inédits (tome I, p. 137), ose se vanter d'avoir fourni pendant la guerre de Sept ans des renseignements aux princes étrangers l M. Hettner, conséquent jusqu'au bout avec lui-même, blâme Saint-Beuve d'avoir, dans sa belle étude sur Grimm, passé sous silence cecôté de son rôle; « à quelque point de vue qu'on se place, ajoute-t-il, il est et reste un agent secret, pour ne pas dire un espion. 11 y a quelque chose d'étrange dans un tel homme. L'étonnement croît encore lorsque Grimm, rencontrant Diderot à Saint-Pétersbourg, écrit de sangfroid dans ses Mémoire (tome II, p. 255) : « Malgré l'amitié intime qui
1. Écrits H pamphlets de Rivarol recueillis pour la première fois et annotés par A. P.-Malassis (Lcmerre, 1877, in-8»).
noas unit, je ne lui ai jamais dit le motif qui m'avait éloigné de Paris et qui m'y ramenait. »
Et voilà comment un étranger, 'd'ailleurs instruit et consciencieux, remontant volontiers aux sources (son livre le prouve à chaque page), peut être fourvoyé de la plus plaisante façon par les industriels littéraires qui, depuis la Restauration jusqu'aux premières années du second Empire, ont impudemment falsifié l'histoire. Si, du moins, ils n'avaient demandé qu'à leur Imaginative ces élucubrations aujourd'hui condamnées sans retour! Par malheur, il leur est quelquefois arrivé d'avoir entre les mains des documents authentiques qu'ils ont ensuite dtHruits pour ne point être pris un jour en flagrant délit de contradictions avec leurs propres romans. Ce n'est pas, il est vrai, le cas des Mémoires de Grimm, l'auteur n'ayant pris la peine que d'amalgamer tant bien que mal les éléments les plus disparates et les plus connus. Toute grossière que soit cette supercherie, elle a encore trompé un autre Allemand, M. le comte de Vitzthum d'Eckstaed, qui, dans une étude suri/aurice rfeSa^re à laquelle Saint-Beuvea consacré trois grands articles, discute les causes restées mystérieuses de la mort du maréchal et cite toute une page des Mémoires de Grimm, qui conclut à un duel. M. de Vitzthum, moins confiant que M. Hettner, a bien quelques doutes sur ce témoignage, mais il le cite néanmoins deux fois, la seconde pour corroborer un passage des Lettres, — également apocryphes — de M"* de Pompadourl « Si l'authenticité de ces Mémoires n'a pas été contestée, ce que nous ignorons... » dit-il. Elle l'a été dès 1829 par Bouchot dans le Journal de la librairie, et par Quérard en 18/t9 dans les Supercheries littéraires; le silence qu'ont d'ailleurs gardé sur cette compilation Sainte-Beuve et Saint-René Taillandier aurait dû mettre les deux écrivains allemands en garde contre une erreur si facile à éviter.
OPUSCULES ET LETTEES