Jélyoite. (J.-J. B
Et sa voix afTectait et flattait mes oreilles, ses plaintes me touchaient, et il exprimait avec art tout ce qu'il voulait, et encore qu'il chantât lentement, il ne m'ennuyait pas, car il avait du goût et de l'âme.
Et je vis arriver sa bergère *, et elle avait de grands yeux noirs qu'elle lui faisait doux pour le consoler, car il en avait besoin, car il le lui dit.
Et elle avait la voix légère et brillante, et le timbre en résonnait conmie l'argent, et il était pur comme l'or qui sort de la fournaise, et elle chantait bien des chants qui n'étaient pas bien, et son gosier arrondissait ce qui était plat.
Et encore que la musique fût chétive et pauvre, il n'y pai'aissait point quand elle chantait, et je disais : Ah! la trompeuse! car elle avait de Tart, et son adresse me jetait dans l'illusion.
Et je me disais à moi-même (car j'aime à me parler à moimême, quand j'en ai le temps) :
Sans doute que ce berger et cette bergère ont des ennemis qui les forcent de chanter dans les boutiques de marionnettes pour leur gâter la voix, et pour qu'ils aient la poitrine malade.
Car je sentais l'odeur de l'huile et du suif qui. m'infectait, encore que je sois né dans les forêts de Boehmischbroda en Bohême, où l'air est épais, et que j'aie fait toutes mes études à l'aide de la lampe dont l'huile n'est pas bonne, car elle ne coûte que huit deniers : et j'ai fait de bonnes études, car je suis savant.
Et je commençai à maudire les ennemis de ce berger et de cette bergère dans la sincérité de mon cœur, car leur voix et leur chant me faisaient plaisir, encore que leur musique m'ennuyât, et je commençai à m'attendrir sur leur sort; et je continuai à maudire : car je suis méchant quand je suis en colère.