ld"« Fel. (J.-J. R
qu'il me fit plaisir ; et qu'ils se furent bien caressés, et qu'ils n avaient plus rien à se dire, ils s'en allèrent.
Et je vis aiTiver une femme *, et elle faisait de grands pas^ elle s'avança sur le bord du théâtre, et elle fronça ses sourcils et montra ses poings, et je jugeai qu'elle était de mauvaise humeur.
Et il me semblait qu'elle me faisait des menaces, et je me fâchais, car je suis prompt, et de mon naturel je n'aime pas les menaces, et mon voisin dit : Non, c'est à moi qu'elle en veut ; et son voisin dit : Non, c'est à moi.
Et je cherchais dans ma tête quelle pouvait être la cause de ce qu'elle était si furieuse, car son rôle n'était que triste, et je vis qu'il ne m'était pas possible de le deviner.
Et elle avait à la main une baguette qui était mystérieuse, parce que le poète l'avait dit comme cela, et moyennant cette baguette elle pouvait et savait tout, excepté chanter, qu'elle ne savait point encore qu'elle crût le savoir.
Et je lui entendis pousser des cris épouvantables, et ses veines s'enflèrent, et son visage devint rouge comme la pourpre de Tyr, et ses deux yeux lui sortaient de la tête, et elle me fit peur.
Et je vis que ceux qui chantent à l'église de Sainte-Apollonie de Wischerade, encore qu'ils soient bien repus et bien abreuvés, ne pourraient pas tenir avec leurs poumons contre ceux de la magicienne, et je disais : Ah ! que ne sont-ils ici pour entendre la magicienne, ils ne porteraient plus la tête si haute, et quand nous leur tirons le chapeau, nous autres écoliers, ils nous salueraient d'un air plus affable.
Et avec sa voix, encore qu'elle fût fiausse, elle fit venir les morts, encore qu'elle fît fuir les vivants ; et je me disais à moimême : Sans doute que ceux qui sont morts et enterrés dans cette boutique ont l'oreille fausse de leur naturel.
Et il arriva un vieillard ' que la femme à baguette appelait jeune ( car le poète l'avait dit comme cela ), encore qu'il eût soixante ans passés. Et il se gargarisait devant le monde, en faisant semblant de chanter.
Et je trouvai en cela de l'irrévérence, et son gargarisme