CHAPITRE XVIII
L*KNVOYi.
C'est pourquoi la vanité et l'insolence de ton indocilité sont parvenues à leur comble, et je suis las de les souffrir.
Et encore un moment, et je te balayerai, comme le vent du midi balaye la poussière des champs, et je te replongerai dans la fange de la barbarie d'où j'avais tiré tes pères dans les mouvements de ma clémence.
Et voici le dernier miracle que j'ai résolu de faire, et j'en fais un comme je n'en ai jamais fait, car je commence à te mépriser, parce que je ne t'estime plus.
Et je jure et je dis : Voici le dernier I Et je choisis pour mon envoyé Manelli, mon serviteur, et je le retire de la boue, et je lui donne des souliers, et je lui dis : Quitte tes sabots, et quand tu auras couru les provinces d'Allemagne pour avoir ton pain à manger et ton eau à boire, je t'enverrai là où la louange t'attend et où tu feras ma volonté.
Et je mettrai des Bourbons à ta droite, et des Bourbons à ta gauches et ils te protégeront, parce que je les aime, et que je leur ai donné le goût des belles choses.
Et tu chanteras sur ce théâtre qu'ils appellent Académie de musique sans mon aveu et lorsque ce n'en est pas une, tu les forceras à t'applaudir avec transport, malgré qu'ils en aient.
Et tu ne sauras que faire de toute ta gloire, et tu t'écrieras dans la modestie de ton cœur : Non pas à moi, non pas à moi, car il y en a dans ma patrie cinq cents qui valent mieux que moi, et je suis le dernier de ma famille.
Mais je t'ai choisi exprès, malgré la modestie de ton cœur, parmi les cinq cents qui sont au-dessus de toi, pour humilier ce peuple vain et fier que je commence à mépriser parce que je ne l'estime plus.
Et tu lui porteras la musique de mon serviteur Pergolèse, qu'on appelle divin jusqu'à ce jour parce que je l'ai fait sortir tout formé de mon cerveau.
Et ce sera le temps des signes et des miracles.
1 . M"« la duchesse d'Orléans et M. le comte de Glcrmont. (J.-J. R.)
Et le philosophe quittera son cabinet, et le géomètre ses calculs, et l'astronome son télescope, et le chimiste sa cornue, et le bel esprit ses cercles, et le peintre son pinceau, et le sculpteur son ciseau; et il n'y aura que leurs femmes qui n'y voudront pas aller, car elles n'auront point d'oreilles; et les loges seront remplies par des hommes.
Et ils viendront tous pour t'applaudir, et ils attendront ta compagne, conmie l'amant attend celle qu'il aime dans l'impatience de son cœur; et ils seront dans des transports d'allégresse; et ils lèveront leurs mains vers le ciel dans l'ivresse de leur âme.
Et ils s'embrasseront de joie; et l'inconnu serrera dans ses bras l'inconnu; et ils se feront des congratulations entre eux de ce qu'ils ont du plaisir.
Car j'aurai ouvert leur oreille, et ils s'écrieront: Oh! oh! quelle musique! Oh! oh! quelle musique!
Et quand ils l'auront entendue pendant trois mois, ils ne pourront plus souffrir la lenteur et la monotonie de leur chant, qu'ils appellent récitatif, et que j'appelle, moi, plain-chant.
Et leurs monologues, qu'ils disent touchants, les feront bâiller; les scènes qu'ils disent intéressantes les ennuieront; et ils s'endormiront aux scènes qu'ils disent gaies.
Et un esprit de vertige s'emparera d'eux, et ils ne sauront plus ce qu'ils veulent, ni ce qu'ils ne veulent pas.