‹ Correspondance littéraire (volume 3)Chapitre 91 sur 354 · A MADAME LA COMTESSE DE · texte numérisé non relu

A MADAME LA COMTESSE DE

Madame,

Le Véritable Ami vous a de véritables obligations. Il vous doit, en grande ^ partie, la brillante réputation dont il jouit en France depuis environ plus d'un an. Sous vos auspices, jusqu'où ne s'étendra-t-elle pas aujourd'hui, si, comme vous avez daigné me le vouloir soutenir, et comme je n'ose pourtant m'en flatter, ma traduction rend, en quelque façon, parfaitement la beauté de l'original?

1. Je dis eu grande. Ce qu'il doit, on partie quoique moindre, à d'autres dames de distinction trouvera sa place dans une de mes suites sur M. Goldoni, publiées dans le Mercure de France, volutoe de juin 1758 et suivant. {Note de Vauteur.)

Mais sans m'éteodre inutilement sur une chose que vous avez décidée, ce serait ici le lieu, madame, de me vanter de vos bontés. Hélas ! vous m'avez ordonné de les renfermer dans mon cœur. Que cette place, madame, est étroite pour ma reconnaissance ! Et votre ordre n'est-il pas aussi un peu trop cruel?

S'il était vrai, comme vous m'avez fait la grâce de me l'assurer quelquefois, que, quoiqu'il n'y eût rien de si rare et de si précieux que le talent de dire finement y il n'avait pourtant pas absolument été (comme je le prétends, moi), enterré avec feu M. de Fontenelle, j'oserais tenter de tromper la finesse de votre tact, et de désobéir (sans qu'il y parût) à l'ordre cruel en question. Hais je me sens, madame, et je me rends justice. Puisse du moins cette faible traduction engager le public à penser comme vous (il s'en fait gloire, madame, pour tout le reste) au sujet de ce qui a été enterré ou non avec feu M. de Fontenelle I

Mais que ne vous doivent pas les lettres, les talents et les arts? Tout s'anime sous l'ombre * bienfaisante de vos ailes ; près de vous tout fleurit, tout prospère. Et l'autem-, et l'acteur, et le critique, et le savant, et le bel esprit, et le philosophe, vont puiser dans votre goût le moyen infaillible de plaire. Vous inspirez le poète; le critique reçoit ses oracles de votre bouche. Sans prétention et sans efforts, penchée seulement, la plupart du temps, sur votre métier, ayant à votre droite la Justice, la Raison à gauche, l'Imagination derrière, les Grâces de côté, vous prononcez, et le public souscrit... Mais je m'oublie encore. Ne pourrai-je donc jamais venir à bout de ce faible talent d'ébaucher mes tableaux, dont vous daignez me gronder si souvent; sans désirer (je répète vos paroles mot pour mot) toutefois, dans le fond, que je m'en corrige. Pardonnez, madame, cet effort involontaire à l'imagination d'un homme trop plein de son Fontenelle, de son Goldoni, et (par où j'aurais dû commencer) de vous. Je suis avec le plus profond respect, Madame,

Votre très-humble et très-obéissantserviteiir

. ., chanoine*.

1. Sab umbra alarum tuarum. Fameuse devise. (Hôte de Vauteur,)

2. U est évident que dans cette seconde dédicace, Grimm a touIu parodier les procédés de style de Trublet, dont les Mémoires pour servir à Vhistoire de Fonte'

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