‹ Correspondance littéraire (volume 3)Chapitre 90 sur 354 · A MADAME LA PRINCESSE DE · texte numérisé non relu

A MADAME LA PRINCESSE DE

Madame,

Vous m'ordonnez de traduire le Père de famille^ comédie de l'illustre Goldoni. Rien ne prouve mieux la délicatesse de votre goût (qui n'est d'ailleurs contestée de personne) que la distinction mai*quée que vous avez accordée à cette pièce. Elle sera sans doute un objet d'étonnement pour nos Français ; et c'est à vous, madame, qu'ils en auront l'obligation.

Mais que dirai-je du choix du traducteur? Hélas I en tombant sur moi, que ne puis-je espérer qu'on y verra le discernement qui caractérise vos autres bontés! Je me tais. Je vous obéis, et vous m'allez juger. Si j'ai le bonheur de vous plaire, je suis bien assuré du suffrage de la voix publique. Je ne vous dirai pas à Vous-même que personne n'a plus d'esprit que vous , et le pu-

blic n'apprendrait de moi rien làrdessus. Mais je dirai que vous êtes celle qui savez le mieux faire valoir celui des autres ; et j'ose ajouter que l'emploi, moins imposé que procuré à mes faibles talents, en est une preuve nouvelle : car en laissant ignorer à Tamour-propre les secours que vous lui prêtez, vous les rendez ordinairement aussi utiles que satisfaisants. Je ne parlerai point de votre beauté, ni de votre âme. Vous ne voulez pas être connue.

Ah I que n'ai-je cependant une étincelle de ce génie sublime du peintre de Romure et de Béatrix! J'oserais espérer que l'éloquence de l'avocat de Venise, jointe à la reconnaissance du traducteur d'Avignon, vous consacrerait un monument digne de vous. Mais je sens que je m'élève au-dessus de mes forces et de vos ordres.

Je suis donc avec le plus profond respect. Madame, Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

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