‹ Correspondance littéraire (volume 4)Chapitre 102 sur 377 · Allusion dont le sens nous échappe · texte numérisé non relu

Allusion dont le sens nous échappe

h\h OPUSCULES ET LETTRES DE GRIMM.

qu'il y a en ce pays-ci une espèce de chardon qui produit un duvet à peu près semblable et qu'on file. Je ne doute point qu'on ne pût du moins mêler celui de Votre Altesse avec d'autres matières, et le rendre ainsi propre à la filature. Il est évident qu'il doit être très-bon pour faite des couvre-pieds, des robes ouatées, etc. En Lorraine on fait une étoffe d'écorce d'arbre dont j'ai vu des habits, ce qui y paraît bien moins propre que cette fleur d'arbrisseau.

Il m'a été confirmé de nouveau depuis ma dernière lettre qu'il s'était formé une compagnie qui achetait, à raison de huit sols par ration, les prétentions de fourrages des princes et États de l'empire. On m'a assuré que cette compagnie n'était point autorisée par le ministère, à qui l'état des finances du royaume ne permettait pas encore de songer au remboursement des princes d'Allemagne, auquel cas il paraît toujours qu'on ferait une excellente affaire en vendant à cette compagnie ses prétentions argent comptant, quoiqu'au prix modique de huit sols par ration.

21 novembre 1763.

Madame,

Si la Divinité voulait en user avec les hommes comme Votre Altesse sérénissime, il n'y aurait jamais eu aucune dispute ni sur sa bonté, ni sur ses autres attributs. Vous comblez, madame, de vos bontés le dernier de vos serviteurs ; j'ai beau crier avec remords, en voyant les traces de cette main auguste et chère : non mm dignus, non swn dignus, je vois toujours les paquets de Votre Altesse me venir chercher dans mon réduit. Sans doute, madame, que vous croyez me devoir quelques consolations dans un temps où je célèbre l'anniversaire des jours que j'ai eu le bonheur de passer aux pieds de Votre Altesse. Ah ! que ce mois de novembre est différent de l'autre ! J'espère, madame, que mes paquets arrivent régulièrement le neuvième jour à Gotha. J'ai grand soin, en les adressant à MM. d'Olenschlagerà Francfort, de les faire affranchir, et je me flatte que ce n'est pas de mes paquets que Votre Altesse aperçoit le retard. J'ai déjà fait avertir le secrétaire de M. le prince de Soubise de se servir de cette adresse de MM. d'Olenschlager. J'avertirai de même

H. de Poyanne et M. deLugeac. C'est ce que je connais ici de plus dévoué à Votre Altesse sérénissime. Peut-être serait-il à propos qu'on ordonnât de la part de Votre Altesse à MM. d'Olenschlager d'avoir grand soin des lettres qui leur seront adressées.

11 est vrai, madame, que M. le comte de Scey vient d'épouser en Franche-Comté Mlle de Grammont, qui a de la naissance, de la fortune, de la jeunesse et de la beauté. C'est ce que m'a dit M"11' la marquise de Castries, qui, en passant par cette province, s'est presque trouvée de la noce. On dit que nous ne le verrons pas à Paris tout de suite.

Je me veux un mal infini de n'avoir pas songé à présenter à monseigneur le prince héréditaire le portrait du philosophe. La seule chose qui puisse me consoler de n'avoir pas songé à ce moyen de^ faire ma cour à Son Altesse sérénissime c'est que, passant par les mains de Votre Altesse, ce portrait acquerra un nouveau prix. Je lui ai lu l'article de la lettre de Votre Altesse qui le concerne. Je voudrais, madame, que vous puissiez entendre tout ce qu'il a dit là-dessus. Il est bien naturel que mes amis sachent de quel prix est le suffrage de Votre Altesse sérénissime. Je prétends que comme il n'a jamais occasion de se louer, quelque envie qu'il en ait, il reçoit les éloges des autres avec un grand plaisir; mais que l'éloge de la princesse que le premier homme du siècle met au-dessus de tout lui paraît plus flatteur que tous les éloges ensemble.

Votre Altesse daigne me tracer un beau tableau en nous faisant voyager par Gotha à Berlin. Pourquoi faut-il qu'un si beau rêve ne soit qu'un rêve ! Je suis bien sûr que le philosophe bonhomme emporterait de Gotha les bontés de la souveraine des cœurs, et qu'il mériterait celles du philosophe couronné. Le secrétaire des commandements de celui-ci me mande que la description du Salon a été trouvée excellente '. Je savais bien que le goût de Votre Altesse se rencontrerait avec celui du grand roi. Si par la suite, ayant un peu mieux mérité ses bontés, Votre Altesse veut faire venir à Sa Majesté l'envie de voir le philosophe, j'ose vous assurer, madame, que nous n'avons pas besoin de géographe pour savoir par quelle route il faut prendre.

Sous peu de jours je compte être en état de rendre un compte

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