‹ Correspondance littéraire (volume 4)Chapitre 105 sur 377 · Allusion dont le sens nous échappe · texte numérisé non relu

Allusion dont le sens nous échappe

l'accepte au prix de quinze mille livres que j'avais fixé et à la condition que M. Diderot la garde jusqu'à ce que Sa Majesté en ordonne autrement. Elle ajoute aussi tous les ans mille livres qui doivent être employées à l'augmentation de la bibliothèque; il est clair que cette bibliothèque restera toute sa vie à la disposition de mon ami Diderot. J'en tremble de joie et je ne sais trop ce que j'écris. Je vais avoir le plaisir de lui annoncer quand j'aurai fermé ce paquet. C'en est un des plus sensibles que je pouvais recevoir. J'aurai l'honneur d'envoyer à Votre Altesse la lettre que l'impératrice m'a fait écrire à ce sujet. On ne saurait donner à un bienfait une tournure plus agréable.

Les dernières lettres de Suisse disent que tout est raccommodé à Neufchâtel et que J.-J. Rousseau y pourra rester.

24 février 1766.

Madame ,

J'ai été honoré de deux lettres de Votre Altesse sérénissime à peu de jours de distance, et, en conséquence des ordres qu'elles m'ont apportés, j'ai fait expédier sur-le-champ les deux exemplaires de Y Encyclopédie, et me suis fait rembourser de mes frais sur ma lettre de crédit, suivant la note que je joins à cette lettre.

Je suis bien touché de tout ce que Votre Altesse a la bonté de me dire de la part de Mme la princesse. J'ai d'abord l'honneur de la satisfaire sur l'article important des barbes par le mémoire ci-joint. Quant aux paniers, la reine, M1"6 la dauphine et M,nes de France n'ont pas voulu s'en défaire; ainsi ils ont conservé leur empire à la cour; mais à Paris on n'en porte plus guère qu'un jour de grande cérémonie, comme la mariée ferait le jour de son mariage, mais toutes les autres assistantes à la cérémonie ne seront qu'en considération. Sur les théâtres on ne voit plus de paniers dans la tragédie et fort rarement dans la comédie. Mais ce qui les a ruinés de fond en comble, c'est qu'il n'était pas honnête autrefois de faire une visite sans panier, et qu'on ne pouvait aller que chez ses plus intimes amies sans ce vêtement ample et roide, et qu'aujourd'hui on peut aller partout et même chez les princesses très-honnêtement, non-seulement

LETTRES A LA DUCHESSE, ETC. khi

en considération, mais sans aucun panier et sans considération.

Je suis bien humilié de m'étrc tant pressé d'annoncer l'ouvrage de M. Le Gros. Toutes nos dames m'ont démontré clair comme le jour que les coiffures de ce grand homme sont d'un goût détestable et absolument contraire à la manière de se coiffer des dames de Paris. Si, malgré cet humiliant aveu, Mnu la princesse désire d'avoir ce livre, j'aurai l'honneur de le lui envoyer; mais j'attends à ce sujet de nouveaux ordres de Votre Vitesse sérénissime.

Nous possédons ici M. le comte de Werthern depuis quelques semaines. Vous mettez, madame, le comble à vos bontés en me donnant des nouvelles de M,ne la grande maîtresse et en me promettant d'avoir les soins les plus suivis d'une santé, 1" objet de tous mes vœux et le but de tous ceux que vos sujets adressent au ciel. J'ai la plus ferme confiance que cette santé qui nous est si précieuse se raffermira de plus en plus, et que mes yeux se fermeront avant de voir un État heureux et sagement gouverné redemander au ciel dans les pleurs et dans le deuil ce qu'il ne pourra jamais lui rendre.

Votre Altesse doit avoir reçu la correspondance sur les miracles jusqu'à la douzième lettre inclusivement. Puisque vous en faites, madame, le sacrifice au grand Frédéric, il doit une chandelle à Votre Altesse pour avoir travaillé à son édification, d'autant que je ne serai pas en état peut-être de remplacer ces lettres, car elles sont excessivement rares et on n'en a tiré qu'un très-petit nombre. Mais si Votre Altesse me l'ordonne, je les ferai copier à la main. Je suis vraiment bien fâché que la négociation en soit restée là et qu'il n'y ait pas même d'apparence de la voir renouée.

Je supplie Votre Altesse d'agréer le profond respect et l'attachement inaltérable avec lesquels je serai tout ma vie, etc.

AU DUC HÉRITIER

17 juillet 1766.

Monseigneur,

J'espérais de jour en jour pouvoir annoncer à Votre Altesse sérénissime le départ du fameux cachet; mais c'est une race in-

likS OPUSCULES ET LETTRES DE GRIMM.

supportable que celle des artistes. Ce sont des gens sans foi ni loi; on ne peut jamais compter sur ce qu'ils disent. Je me flatte du moins que le mien, pour m'avoir fait damner depuis un mois, exécutera les ordres de Votre Altesse supérieurement. C'est un homme fort employé et qui passe pour avoir beaucoup de goût et de talent.

Des artistes, plus célèbres que lui, le font travailler, et vendent ensuite sur leur propre nom fort cher les ouvrages qu'ils lui ont fait faire. Il m'a demandé quinze louis ; mais j'espère avec douze me tirer de ses pattes.

Voilà un beau projet, monseigneur, que celui d'étudier l'anglais, et si la ferveur abandonnait tous ceux qui l'ont formé, je suis persuadé que Votre Altesse ne l'abandonnerait pas. Je voudrais bien aussi avoir le temps d'étudier un peu davantage cette langue ; mais il faudrait être plus libre, et vraisemblablement je mourrai avant d'avoir exécuté aucun des cinquante-cinq projets favoris que j'ai formés. Quant à la musique, je crois bien qu'un homme habile rendra l'anglais, le français, l'allemand chanteurs; mais jamais ces langues n'auront l'avantage de l'italien. C'est la langue d'Apollon, auprès de laquelle toutes les autres ne sont qu'un jargon lourd et barbare. Je suis persuadé que lorsque les belles Anglaises repasseront à Gotha pour s'en retourner de Carlsbad à Londres, Votre Altesse sera en état de les saluer en anglais et d'entendre ce que la jeune chantera.

Nous n'avons plus de prince héréditaire à fêter. Ainsi ce serait à votre tour, monseigneur. Celui de Brunswick nous a fait espérer de le revoir au mois de décembre à son retour d'Italie ; mais ce sera pour peu de temps. Votre Altesse a donné à tous les princes héréditaires l'exemple de me combler de bonté. Tout ce qui porte cette épithète m'est favorable. Le prince héréditaire de Brunswick nommément a bien suivi l'exemple de Votre Altesse. J'ai eu le bonheur de le voir souvent. Tout son séjour n'a été à la vérité qu'un enchaînement de fêtes et de repas; mais enfin il s'est trouvé quelques jours de repos que ce prince a eu la bonté de me donner. Ces jours-la j'avais l'honneur de dîner à son petit couvert et l'occasion de le mieux connaître que si je l'avais vu deux mois de suite dans le tourbillon du monde et des fêtes.

Je ne pense pas sans la plus vive satisfaction au soin que prennent nos princes en Allemagne depuis quelque temps de

s'instruire et de cultiver leur esprit. Il en résultera à la longue de grands avantages pour eux et pour leurs sujets, et le siècle de l'Allemagne en deviendra d'autant plus brillant qu'on prend plus de précautions dans d'autres pays pour arrêter les progrès de la raison.

La mort de la grande-duchesse ne diminua pas la faveur de Grimm à la cour de Saxe-Gotha. Il n'adulait pas moins le fils que la mère. Aii^si quand le nouveau duc voulut élever à la mémoire de sa mère un monument digne d'elle, il s'adressa à Grimm. Celui-ci saisit avec empressement cette occasion de manifester de nouveau sa reconnaissance envers la grande-duchesse. 11 choisit un sculpteur, peu apprécié de ses compatriotes, Laurent Guiard, et lui fit signer par-devant notaire un traité dout nous avons également retrouvé la minute et auquel était annexé un dessin lavé à l'encre de Chine que M. Etienne Charavay a fait reproduire en fac-similé dans là Revue des documents historiques, tome V, 1877.

Guiard était né àChaumont-en-Bassigny ; il achevait son apprentissage de forgeron quand Voltaire, se rendant à Cirey, l'aperçut occupé à dessiner un cheval ; il fut frappé de son intelligence et de son goût et obtint qu'on lui fit prendre des leçons chez un peintre nommé Lallier qu*il quitta bientôt pour entrer chez un ornemaniste, Landsmann, élève de Bouchardon aîné. 11 vint ensuite à Paris chez Edme Bouchardon qui développa ses talents sans se douter qu'il favorisait l'essor d'un rival. En effet, Guiard, qui avait obtenu en 1750 le grand prix de sculpture, fut chargé par Bouchardon du modèle de la statue équestre de Louis XV, dont il avait reçu la commande. Guiard réussit trop bien. Le roi vit par hasard ce modèle et se montra flatté de l'élégance que le sculpteur avait donnée au cavalier. Mme de Pompadour voulait que Guiard exécutât seul ce qu'il avait si bien conçu. Mais Bouchardon l'emporta et M. de Marigny obtint de Guiard qu'il brisât ce modèle. Nagler prétend néanmoins que les débris en furent conservés et qu'on put le reconstituer. Guiard partit pour Rome; mais, au lieu d'y rester quatre ans, il y subit une sorte d'exil et y demeura quatorze ans pendant lesquels il fit pour le financier Bouret de nombreuses copies d'après l'antique. Après une phase de découragement tel qu'il voulut se laisser mourir de faim, il rentra à Paris en 1767 et eut le chagrin de voir repousser par l'Académie une statue de Mars qu'il lui présentait pour sa réception. Il venait d'être agréé par l'infant Ferdinand de Parme et habitait encore Paris lorsque Grimm entra en pourparlers avec lui. Guiard dut solliciter de la cour, à laquelle il était attaché, une autorisation que d'Argental, chargé d'affaires du duc de Parme, transmit à Grimm dans les termes les plus élogieux pour l'artiste.

Voici cette lettre contre-signée, ainsi que le dit l'acte notarié, par les parties intéressées :

xvi. 29

Paris, ce 27 mai 1709.

Le sieur Guiard est chargé, monsieur, du mausolée de la duchesse de Gotha. Cet ouvrage ne pouvait être confié à des mains plus dignes de remplir les vues du prince auguste qui l'a ordonné ; le sieur Guiard est vraiment homme de génie; attaché au service de l'infant, il a demandé à M. le marquis de Felino, son ministre, la permission d'employer à l'entreprise en question des travaux qu'il doit de préférence à la cour, à laquelle il s'est engagé. Le respect de cette cour pour la mémoire d'une très-grande princesse lui a fait obtenir, sans hésiter, la permission qu'il a demandée, mais il a désiré que je vous certifiasse un fait qui était par lui-même bien vraisemblable, et j'ai fait avec empressement l'occasion de vous renouveler les assurances de tous les sentiments que je vous ai voués depuis longtemps, et avec lesquels j'ai l'honneur d'être, monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.

d'Argental.

Cette permission obtenue, Grimm se fit donner par le baron de Franckenberg, ministre d'État du duc de Saxe-Gotha, un pouvoir en règle dont voici le texte :

Silvius- Frédéric -Louis, baron de Franckenberg, ministre d'État de Son Altesse sérénissime monseigneur le duc de Saxe- Gotha et Àltenbourg, chargé des ordres particuliers de sadite Altesse sérénissime pour l'objet ci-dessous.

Constituons et autorisons par la présente procuration M. Frédéric-Melchior Grimm, secrétaire des commandements de monseigneur le duc d'Orléans, demeurant à Paris, rue Sainte-Anne, paroisse Saint -Roch , pour traiter et passer convention avec M. Guiard, sculpteur de Sa Majesté très-chrétienne et premier sculpteur de S. A. R. l'infant duc de Parme, concernant le monument funèbre qu'il doit exécuter et qui doit être érigé à la mémoire de feu S. A. S. Mme la duchesse de Saxe-Gotha et Altenbourg, conformément au modèle que ledit M. Guiard a envoyé à la cour. En foi de quoi nous avons signé la présente procuration de notre main, et y avons fait apposer le sceau de nos armes.

Fait à Ronncbourg le dix août mil sept cent soixante-neuf.

QJiimuà uHJwx->* *Cqu^ O^yJPi^)

Le traité entre Griiiim et Guiard ne fut signé que le 9 mars 1770. En voici le texte :

Par-devant les conseillers du roi, notaires au Chàtelet de Paris, soussignés.

Fut présent M. Frédéric-Melchior Grimm, secrétaire des commandements de S. A. S. monseigneur le duc d'Orléans, et nommé depuis conseiller de légation de S. A. S. monseigneur le duc de Saxe-Gotha et Altenbourg, demeurant à Paris, rue Sainte-Anne, paroisse Saint-Roch, au nom et comme fondé de pouvoir sous signature privée de Son Excellence M. Silvius- Frédéric-Louis, baron de Franckenberg, ministre d'État de Son Altesse sérénissime monseigneur le duc de Saxe-Gotha et Altenbourg, chargé des ordres particuliers de sadite Altesse sérénissime pour l'objet ci-après, ledit pouvoir daté de Ronnebourg, le dix août mil sept cent soixante-neuf, et contrôlé à Paris par Langlois ce jourd'hui, lequel est demeuré ci-annexé après avoir été du sieur Grimm certifié véritable, signé et paraphé en présence des notaires soussignés.

Ledit sieur Grimm audit nom, d'une part.

Et sieur Laurent Guiard, sculpteur du roi et de S. A. R. monseigneur le duc de Parme, demeurant à Paris, rue de Richelieu, paroisse Saint-Eustache, d'autre part.

Lesquels sont convenus de ce qui suit, savoir :

Ledit sieur Guiard, moyennant le prix ci-après et sous l'assurance de l'exécution de tout ce qui va être spécifié, promet et s'oblige de faire le mausolée de S. A. S. Mme la duchesse de Saxe-Gotha, décédée au mois d'octobre mil sept cent soixantesept.

Le mausolée sera en marbre, ayant principalement deux statues, l'une qui représentera cette princesse assise, qui s'endort du dernier sommeil, la tête penchée en arrière dans des cyprès, et l'autre la Thuringe, s'empressant de s'approcher de la princesse en lui prenant le bras gauche, le baisant et arrosant de ses larmes cette bienfaitrice si regrettée. Ces deux statues auront chacune au moins six pieds de proportion, en marbre blanc, et deux pouces de plus, s'il le faut, pour le bien de l'ouvrage.

Le mausolée aura pour décoration une chapelle, composée d'un arc de triomphe soutenu par deux colonnes, adossé sur son entablement, suivant les dessins de l'ordre corinthien que le

sieur Guiard en a envoyés, et dont le croquis est resté ci-annexé après avoir été des parties signé et paraphé en présence des notaires soussignés.

L'ouverture ou la largeur de ce mausolée sera de neuf pieds neuf pouces au plus, pied de roi, la hauteur et la profondeur étant abandonnées à la convenance dudit sieur Guiard.

La voûte sera en stuc, comme les anciens faisaient, ou à défaut de stuc en plâtre durci, le tout sculpté et exécuté avec perfection en conformité du dessin ci-annexé.

L'ensemble de l'architecture pourra avoir quinze à dix-huit pieds de haut, et de la profondeur à proportion, le tout dépendant dudit sieur Guiard, excepté la largeur ci-dessus marquée.

Lesdites statues seront en marbre blanc, les colonnes d'autre marbre de couleur, ainsi que les cyprès et le fond de l'arcade de la chapelle, qui pourra avoir quatre à six pieds d'enfoncement, même plus s'il le faut, pour le brillant de l'ouvrage.

Le prix de tous lesquels marbres sera à la charge du sieur Guiard, comme il sera dit ci-après.

La statue de la princesse sera d'un bloc de marbre, et celle de la Thuringe d'un autre, et peut-être encore d'un autre petit bloc, pour rapporter la draperie et le bras qui tiendra la main de la princesse.

La statue de la princesse sera d'un seul morceau, mais la figure qui représentera la Thuringe sera, à cause du bras que la princesse lui donne, de deux morceaux.

Pour ces différentes décorations, il sera employé les marbres que le sieur Guiard jugera à propos, ledit sieur Guiard se chargeant de les choisir lui-même à Carrare, en se rendant de Paris à Parme.

Ce mausolée et tout ce qui est ci-dessus exprimé sera exécuté à Parme et à Carrare par le sieur Guiard, qui partira pour l'Italie au plus tard dans le courant du mois de mai de cette année, s'obligeant de mettre le tout à fin dans le courant de trois années à compter de ce jourd'hui, étant d'ailleurs observé que S. A. S. monseigneur le duc de Parme, dont le sieur Guiard est sculpteur, a trouvé bon que le sieur Guiard se charge dudit monument et l'exécute préférablement à toute autre entreprise, ainsi qu'il appert par une letlre écrite par son ministre plénipotentiaire à la cour de France, M. le comte d'Argental, à M. Grimm, du vingt-

sept mai mil sept cent soixante-neuf, laquelle, dûment contrôlée à Paris par Langlois ce jourd'hui, est restée ci-annexée après avoir été des parties pareillement signée et paraphée en présence des notaires soussignés.

S. A. S. monseigneur le duc de Saxe-Gotha sera tenu de faire prendre le tout à Parme, de fournir les frais des caisses et emballages , à ce nécessaires , d'agréer deux ouvriers qui seront au choix du sieur Guiard pour aller poser cet ouvrage en place à Gotha, et de faire donner audit sieur Guiard tous les secours et ustensiles nécessaires en cette occasion, à laquelle pose et mise en place le sieur Guiard se trouvera pour y présider et la diriger.

Les caisses et emballages et journées d'ouvriers à compter de leur départ de Parme pour aller à Gotha et retour à Parme, voyages et transports, ainsi que les frais et déboursés que le sieur Guiard pourra faire pour son voyage, et pendant son séjour à Gotha, pour assister à cette pose, seront à la charge de Son Altesse sérénissime sans diminution du prix ci-après accordé, et sera le traitement du sieur Guiard et des deux ouvriers de son choix stipulé et fixé à sa réquisition par ladite cour de Gotha dès que le monument sera en état d'être transporté à sa destination.

Le sieur Guiard veillera avec la plus grande attention et exactitude à ce que les emballages soient bien faits, de façon qu'il ne puisse arriver aucun événement pendant le transport de Parme à Gotha à l'ouvrage transporté, par le défaut d'avoir été emballé tel qu'il convient pour éviter les risques du transport.

Lorsque l'ouvrage sera arrivé, il sera désemballé en la présence du sieur Guiard pour présider à la pose et mise en place, suivant qu'il est ci-dessus énoncé.

Ledit sieur Grimm, audit nom en vertu du pouvoir ci-annexé, a pour sadite A. S. monseigneur le duc de Saxe-Gotha irrévocablement fixé avec le sieur Guiard le prix de ce mausolée à ouvrager à la somme de quarante mille livres, argent de France, sur laquelle somme le sieur Guiard reconnaît avoir à l'instant reçu du sieur Grimm des deniers qu'il déclare lui avoir été remis par ordre de S. A. S. monseigneur le duc de Saxe-Gotha, deux mille cinq cents livres en espèces sonnantes d'or et d'argent et ayant cours, à lui ci-devant comptées et délivrées, dont le sieur Guiard quitte et décharge autant S. A. S. monseigneur le duc de Saxe- Gotha; et à l'égard des trente-sept mille cinq cents livres restant

h5k OPUSCULES ET LETTRES DE GRIMM.

des quarante mille livres, le sieur Grimm oblige S. À. S. monseigneur le duc de Saxe-Gotha de les payer au sieur Guiard sans aucun intérêt, seulement en argent de France, sans d'aucuns papiers, billets ni effets, de telle nature qu'ils soient et quelques cours qu'ils puissent avoir, nonobstant toutes autorités et choses à ce contraires, en cinq payements, savoir : le premier de la somme de deux mille cinq cents livres dans le courant du mois de mai prochain, et huit jours avant celui que le sieur Guiard aura pris pour son départ pour l'Italie, d'après ce qui a été cidevant convenu.

Le deuxième de dix mille livres par MM. les frères Boissier, Lamande et Gie, banquiers à Gênes, pour la valeur d'autant des marbres que le sieur Guiard aura choisis pour le monument et jusqu'à concurrence de ces dix mille livres, qui seront payées entre les mains et sur les quittances des fournisseurs de Carrare, et aussitôt les fournissements desdits marbres, qui au moyen de ce se trouveront acquis pour Son Altesse sérénissime à lui appartenir en toute propriété.

Et dans le cas où l'achat des marbres n'irait pas à cette somme de dix mille livres, le sieur Grimm audit nom oblige sadite Altesse sérénissime de faire payer à Paris, à l'ordre du sieur Guiard, l'argent qui sera nécessaire pour parfaire cette somme de dix mille livres, et ce aussitôt après que le payement aura été fait aux fournisseurs des marbres de leur valeur, supposée dans ce cas être moindre de dix mille livres, partant si leur valeur est de dix mille livres ou plus, il n'y aura rien à payer à cet égard à Paris.

Le troisième payement de cinq mille livres dans une année.

Le quatrième de dix mille livres dans deux années, ces troisième et quatrième payements à Paris, au sieur Guiard ou à son ordre ou son fondé de procuration, et le tout à compter du mois que le sieur Guiard doit partir pour l'Italie d'après la convention ci-devant, ou seulement du jour du départ s'il le retarde, et en justifiant toutefois par le sieur Guiard par un certificat de Son Excellence M. le marquis de Felino , et de tout autre ministre d'État de S. A. R. monseigneur l'infant duc de Parme, que ledit monument est avancé à proportion des trois années dans le délai desquelles ledit sieur Guiard s'est engagé ci-devant de le livrer.

Et le cinquième et dernier payement de dix mille livres qui

complétera les quarante mille livres de même à Paris, et aussitôt que le mausolée sera parti de Parme pour être transporté à Gotha.

Lesquels différents payements seront fixés et n'éprouveront aucun retard, sous tel prétexte que ce puisse être.

Si le sieur Guiard se trouvait en état d'achever ledit monument dans un terme moins long que les trois années qu'il s'est réservées, les susdites dix mille livres restant seront également payées, aussitôt après le départ du mausolée de Parme, en sorte que la somme entière de quarante mille livres se trouve payée lorsque le monument sera en route.

Au payement desquelles quarante mille livres dans les termes et de la manière sus-fixés, le sieur Grimm, audit nom et en vertu du pouvoir ci-annexé, affecte et hypothèque tous les biens présents et à venir de S. A. S. monseigneur le duc de Saxe-Gotha.

Car ainsi a été convenu et arrêté entre le sieur Grimm audit nom et le sieur Guiard.

Élisant les parties domicile pour l'exécution des présentes, savoir le sieur Grimm pour S. A. S. monseigneur le duc de Saxe- Gotha en la demeure à Paris dudit sieur Grimm, le sieur Guiard à Paris, en sa demeure ci-devant déclarée ou à Parme, en celle qu'il occupera, auxquels lieux nonobstant, promettant, obligeant, renonçant, etc.

Fait et passé à Paris en l'étude, l'an mil sept cent soixantedix, le neuf mars avant midi, et ont signé.

Pour une cause qui nous est inconnue, le mausolée, objet de tant de démarches, de soins et de dépenses, ne fut pas exécuté. 11 n'en subsiste que le modèle, « composé avec génie, » dit Mariette i, et conservé aujourd'hui dans le Musée ducal de Gotha.

Laurent Guiard mourut à Carrare le 31 mai 1788, après un voyage en France exigé par l'érection à l'abbaye de Clairvaux d'un monument consacré à saint Bernard.

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