AU MEME
Paris, 8 décembre 1770.
Je remercie la main bienfaisante à qui je dois YÉpître à V Empereur cle la Chine, qui a été copiée ici quelques milliers de fois avant d'arriver imprimée. Je dépose au greffe de l'immortalité établi à Ferney la lettre du roi de Prusse que Sa Majesté ne demande pas mieux que de savoir entre vos mains ; on m'assure même, très-cher et illustre patriarche, que tout ce qui a passé au sceau de Ferney est reçu avec transport et enthousiasme à Potsdam et à Sans-Souci, et on me le répète comme si je ne le savais pas. Vous m'apprenez en revanche que c'est moi qui apprends aux rois de Prusse et de Pologne ce qu'il faut qu'ils disent de vous. Je ne m'en doutais pas, et me voilà en droit de me mettre à côté de l'immortel évêque du Puy dans la balance où vous pesez les grands hommes de notre siècle.
Vous direz de ce siècle tout ce qu'il vous plaira : comme c'est vous qui l'avez créé, comme il ne portera d'autre nom que le vôtre, la postérité vous accordera volontiers le droit d'en faire les honneurs et d'en dire plus de mal qu'il n'y en a. J'avoue que, dès que vous avez la bonne foi de vous oublier dans la balance, les prélats du Puy et leur séquelle pourraient bien l'emporter. Tous les trônes de l'Europe, tous les princes du côté du Nord et de l'Orient, sans excepter même les jeunes princes de la maison d'Autriche, professent de coeur et de bouche le rituel de Ferney; mais votre lettre me persuade que celui du Puy pourra bien avoir