‹ Correspondance littéraire (volume 4)Chapitre 12 sur 377 · Par Marillier · texte numérisé non relu

Par Marillier

/iO CORRESPONDANCE LITTÉRAIRE.

paraît même plus fidèle, la couleur du style a quelque chose de plus animé, de plus original qui a su lui conserver davantage l'air asiastique et ce charme dans un ouvrage de ce genre est d'un grand prix.

LETTRE

ÉCRITE PAR M. GARAT, DÉPUTÉ A L'ASSEMBLÉE NATIONALE A UN DE SES AMIS, LE lZj JUILLET 1790 1.

Quel engagement j'ai pris avec toi! J'ai promis de l'écrire au sortir de cette fête que la capitale a donnée à la nation; mais sais-tu dans quel état je suis sorti de cette magnifique solennité? Je mourais de faim et de froid, j'étais épuisé de fatigue. Les grandes impressions que j'ai reçues, comme il arrive presque toujours, m'ont accablé encore et j'ai perdu à les sentir la force dont j'aurais eu besoin pour les rendre. Il faut pourtant te dire quelque chose, mais sois sûr que je ne te dirai rien de ce que j'ai vu et de ce que j'ai senti; il faut bien du temps pour se rendre compte de ce qui s'est passé dans un jour semblable.

1. Publiée dans le Journal de Paris du 15 juillet 1790 avec cette note : «Ce n'est pas le hasard qui a fait tomber la lettre suivante dans nos mains; on verra assez qu'elle est faite pour l'amitié et non pour le public; l'auteur n'a pas voulu nous la refuser parce que, dit-il, les faits de ce genre n'ont pas besoin d'être bien écrits. Il nous a assuré qu'il n'a rien dit que ce qu'il a cru voir et certainement que ce qu'il a senti. » Dans le Journal de Paris on ne trouve aucune des notes que Meister y a jointes et qui complètent la physionomie de cette belle journée d'enthousiasme et d'illusions sincères, l'une des plus émouvantes, à coup sûr, de la Révolution. Célébrée tous les ans jusqu'en 1802, la Fédération du 14 juillet 1789 est la seule qui ait laissé une trace dans la mémoire de tous; Michelet l'a chantée dans une page d'un souffle véritablement entraînant et les artistes du temps ont prodigué les images de ce formidable et pacifique développement d'un peuple qui reprend possession de lui-même ; entre toutes ces estampes, la planche en couleur de Sergent-Marceau est de beaucoup la plus belle : on n'oublie pas, quand on l'a vue, cette foule bariolée, massée depuis les contre-forts de l'Esplanade jusqu'aux premiers coteaux d'Issy et de Meudon, éclairée par la lumière tragique d'un ciel où l'orage gronde, et couvrant de ses acclamations la décharge des quarante pièces d'artillerie qui tonnent sur le passage de la famille royale.

JUILLET 1790. kl

L'Assemblée nationale était le lieu de rassemblement de ses membres ; ils s'y sont rendus à neuf heures et y ont attendu une heure et demie à peu près que le commandant général de la garde parisienne, que M. de La Fayette leur indiquât le moment du départ; ce devait être celui où les troupes qui allaient se fédérer, parties de l'Hôtel de Ville, seraient arrivées en partie à la place Louis XV, où elles devaient prendre l'Assemblée nationale au milieu d'elles. M. de Bonnay, qui par ses rares talents pour la présidence était si digne d'être à la tête de l'Assemblée nationale dans un tel jour, nous a donné en attendant l'ordre de la marche i.

Nous nous sommes rendus de la salle de nos séances dans la grande allée des Tuileries. Nous devions nous mettre sur deux lignes, deux par chacune et par conséquent quatre de front. Un accident a rendu l'exécution de cet arrangement un peu difficile; il pleuvait depuis plusieurs jours; aujourd'hui, jour qui eût été si digne d'un beau soleil, il est tombé des torrents d'eau. Avant de s'être ordonnés pour la marche, avant d'avoir fait un pas, les

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