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Voici quel était l'ordre du cortège

Compagnie de cavalerie avec un étendard et six trompettes, le chef et le major de la cavalerie à la tête.

Compagnie de grenadiers avec tambours et musique.

Les électeurs de Paris en 1789.

Compagnie de volontaires.

Les représentants de la commune.

Le comité militaire.

Compagnie de chasseurs.

Les tambours de la ville.

Les présidents des soixante districts.

Les députés de la commune pour la fédération.

Les soixante administrateurs de la municipalité.

Corps de musique et de tambours.

Bataillons des élèves militaires.

Détachements des drapeaux de la garde parisienne.

Bataillon des vétérans.

Députés des quarante-deux premiers départements par ordre alphabétique.

Le porte-oriflamme.

Les députés des troupes de ligne.

Les députés de la marine.

Les députés des quarante et un derniers départements.

Compagnie de chasseurs volontaires.

Compagnie de cavalerie avec un étendard et deux trompettes pour fermer marche.

Elle était formée sur huit personnes de front. (Meisthu)

représentants de la nation étaient inondés; un parapluie servait quelquefois à trois ou quatre personnes, c'est-à-dire n'en couvrait aucune. Nous étions entre deux eaux, il y avait de quoi se désoler. Nous avons pris un meilleur parti ; tout se tourne facilement en joie lorsque la joie est au fond des âmes; nous avons pris le parti de rire de notre désastre. Le long de notre route, nous avons trouvé les mêmes dispositions dans les doubles et triples rangs de spectateurs qui s'étaient placés sur le passage; ils étaient trempés et ils chantaient. Dans le Cours-la-Reine, il n'eût pas été aisé de dire si c'était sous les arbres ou sur les arbres qu'il y en avait davantage.

Près du pont tournant, nous avons été salués par M. de La Fayette. A côté de ce général, qui réalise si bien les espérances qu'il avait données dans sa plus grande jeunesse, nous avons vu un bataillon de héros qui n'étaient guère plus grands que leurs sabres et leurs bonnets de grenadiers ; ce sont des soldats de douze ou treize ans, leur bataillon se nomme F Espérance de la patrie. Non loin d'eux était le bataillon des vétérans ; ainsi l'on passait d'une émotion douce à une émotion profonde, et l'on voyait d'un même coup d'œil la lin de la vie et son commencement consacrés à la pairie.

Tu sais, mon ami, combien de fois nous avons été attendris jusqu'aux larmes en admirant dans Plutarque des tableaux qui ont servi peut-être de modèle à celui-là, mais qui jusqu'à présent ne s'étaient vus que dans l'histoire de l'antiquité. Tu vas voir que nous allons rendre cette histoire des anciens très- vraisemblable.

Depuis l'extrémité du Cours-la-Reine jusqu'à la barrière delà Conférence, il y a, comme tu le sais, partout des maisons d'un côté ; nous n'en avons presque pas vu une seule, elles étaient cachées presque entièrement par les spectateurs qui sortaient en quelque sorte des fenêtres pour y trouver plus de place. Dans plusieurs endroits on avait découvert les toits, mais ils étaient couverts de monde.

Un pont très-sûr et très-large avait été jeté, dans quelques jours, vis-à-vis du Champ-de-Mars, sur des bateaux, pour le passage des fédérés et des représentants de la Nation. En marchant sur ce pont, dont la construction rapide nous paraissait une espèce de prodige, nous avions devant les yeux un arc de

triomphe qui ouvrait à la marche trois grandes portes dessinées à peu près sur le modèle de celui de la porte Saint-Denis. Les bas-reliefs et les inscriptions de cet arc de triomphe parlaient, non de guerre et de victoires sanglantes, mais de liberté, de constitution et des Droits de l'Homme1.

1. Cet arc de triomphe a paru trop peu élevé. Au-dessus de l'entrée principale

on lisait ces mots :

Consacres au grand travail de la Constitution, nous le terminerons.

De Ta utre côté :

Le pauvre, sous ce défenseur,

Xe craindra plus que l'oppresseur

Lui ravisse son héritage.

Ces deux inscriptions se rapportent à quelques personnages allégoriques qu'on voit s'élancer à travers les obstacles vers le but désiré que leur montre la loi. A l'entrée, du côté gauche, des guerriers prêtent le serment civique et semblent prononcer ces vers, qu'on lit plus bas :

La patrie ou la loi peuvent seuls nous armer, Mourons pour la défendre et vivons pour l'aimer.

Au-dessus de l'entrée latérale, à droite, des hérauts d'armes, embouchant la trompette, proclament la paix. Ils sont environnés d'une foule de peuple qui parait livré aux transports de la plus douce allégresse; on lit au bas :

Tout nous offre d'heureux présages, Tout flatte nos désirs.

Douce paix, loin de nous, écarte les orages, Et comble nos plaisirs.

Lis droits de l'homme étaient méconnus depuis des siècles, ils ont été reconquis par l'humanité entière.

Un autre bas-relief représente les députés des différents peuples qui viennent rendre hommage à l'Assembtée nationale. Au-dessus sont placés ces mots :

Le roi d'un peuple libre est seul un roi puissant.

Le sens de ce vers est exprimé par l'emblème d'une femme qui enchaîne des lions à son char et attache à sa suite la force, la puissance, représentée par différentes figures; elle est appuyée sur la loi. Suivent dans toute leur dignité le roi et la reine, ils tiennent leur fils par la main. Plus loin une foule de juges ; sous leurs yeux une main terrible vient d'abattre les tètes d'une hydre redoutable. Au bas on lit ce distique :

Nous ne vous craindrons plus, subalternes tyrans, Vous qui nous opprimiez sous cent noms différents.

A l'autre extrémité un peuple immense écoute avec attention les sages exhortations d'un guerrier victorieux.

Vous chérissez cette liberté, vous la possédez maintenant, montrez-vous dignes de la conserver.

(Meister.;

hk CORRESPONDANCE LITTÉRAIRE.

Lorsque nous eûmes passé ces portes triomphales, ce n'est pas dans un champ que nous avons cru entrer, mais dans un autre monde. Imagine-toi un espace immense, terminé des deux côtés par un pourtour de terres transportées, sur lesquelles on avait placé douze ou quatorze rangs de banquettes et séparés par carrés pour laisser des intervalles libres aux sorties, aux entrées et à tous les mouvements l.

Yis-à-vis de l'arc de triomphe et à l'extrémité opposée de ce vaste Champ-de-Mars s'élevait une galerie couverte d'un dessin élégant. Au milieu et à peu près à la moitié de la hauteur paraissait le trône du roi des Français, de Louis XVI. A la droite et à la gauche du trône, depuis le niveau du sol jusqu'à toute la hauteur à peu près du pavillon, s'élevaient successivement des gradins destinés à servir de sièges, ceux de la partie supérieure aux représentants de la Nation, tous les autres aux membres de la municipalité, aux électeurs de Paris, aux députés extraordinaires de tout le royaume.

Au-dessus du trône et dans la partie la plus élevée de la galerie était un cabinet destiné à recevoir la reine, le dauphin, la famille royale et leur suite. Au milieu de l'immense enceinte du Champ-de-Mars, qui paraissait plus immense encore depuis que tant d'objets en marquaient l'espace, était l'autel de la patrie2.

1. Pour achever le tableau, ajoutez que cette vaste enceinte est ornée de quatre rangées d'arbres intérieures et de quatre autres extérieures, terminée d'un côté par le bâtiment de l'École Militaire, devant lequel on avait placé la galerie couverte destinée au roi et à l'Assemblée nationale; de l'autre, par le bel amphithéâtre des collines de Chaillot et de Passy, qui rassemblaient encore une foule immense de spectateurs. (Meister.)

2. Cet autel *, d'une architecture simple, posé sur un stylobate carré élevé de 25 pieds, est entouré de larges gradins et flanqué de quatre exhaussements placés vers les quatre parties du monde. Sur l'une des faces, une belle femme écarte et dissipe les nuages qui l'entourent et sa beauté brille dans tout son éclat; on lit au-dessus : Constitution. Sur l'autre, la France paraît assise sur un globe, elle a dans ses mains une corne d'abondance, à ses côtés sont les attributs des arts et des sciences. Sur le côté qui regarde la galerie, des guerriers, les bras tendus vers un autel, prononcent ce serment :

« Nous jurons de rester à jamais fidèles à la nation, à la loi, au roi, de maintenir de tout notre pouvoir la constitution décrétée par l'Assemblée nationale et acceptée par le roi, de protéger, conformément à la loi, la sûreté des personnes et des propriétés, la libre circulation des grains dans l'intérieur du royaume, la perception des contributions publiques sous quelques formes qu'elles existent, et de

* Cet autel était de Jean Ramée, père de M. Daniel Rainée, l'architecte.

Des quatre côtés, des degrés, faits par leur étendue pour servir de marches à tout un peuple, conduisaient à sa hauteur par des pentes douces sur lesquelles étaient répandus les ministres de la religion, vêtus en blanc et dans ce costume qui rappelle à l'imagination les lévites et les hiérophantes.

A l'instant où l'Assemblée nationale a été frappée de ce superbe tableau qui se dessinait devant elle, les marches de l'autel étaient couvertes de gardes nationales sous les armes, et les ministres pacifiques de la religion, debout sur l'autel, le plus élevé peut-être de tous ceux qui ont jamais été érigés, semblaient être à cette élévation, non plus pour dominer les hommes, mais pour s'approcher plus près du ciel.

A ce même moment la pluie recommençait avec plus de fureur et dans toute l'étendue des terrasses latérales les spectateurs se couvrant de leurs parapluies, serrés les uns contre les autres, formaient au-dessus de leurs têtes comme une espèce de toit de taffetas de couleurs variées ; bientôt après la pluie a cessé et les parapluies repliés ont laissé paraître plus de cent mille spectateurs.

Dans l'enceinte même étaient déjà rangés en ligne des deux côtés ceux des gardes nationaux qui étaient arrivés.

Les gradins de la partie inférieure de la galerie étaient occupés par ceux à qui ils étaient destinés. Dans le cabinet où devait se rendre la famille royale, on ne voyait encore que quelques ministres de Sa Majesté et d'autres personnes de sa suite. Le trône attendait le roi des Français.

demeurer unis à tous les Français par les liens indissolubles de la fraternité. » Sur l'un des côtés, vis-à-vis l'amphithéâtre circulaire, on lit ces vers gravés dans toutes les âmes libres :

Les mortels sont égaux ; ee n'est pas la naissance, C'est la seule vertu qui fait la différence.

La loi dans tout État doit être universelle,

Les mortels, quels qu'ils soient, sont égaux devant elle.

Sur le côté opposé, la Renommée proclame dans toute la France les décrets immortels de l'Assemblée nationale :

Songez aux trois mots sacrés qui garantissent ces décrets,

La nation, la loi, le roi.

La nation, c'est vous, la loi c'est encore vous, c'est votre volonté.

Le roi, c'est le gardien de la loi.

(Meister.)

Lorsque nous sommes montés à nos places, il a fallu attendre près de trois heures avant que le rassemblement des bannières de tous les départements ait pu être complet dans le Champ-de- Mars.

Les ondées revenaient toujours et semblaient avoir conjuré d'attrister la fête, mais elles ont bien mal réussi. Au milieu d'une averse, quelques-uns des fédérés se sont mis à danser en rond, ils ont bientôt trouvé des imitateurs, les danses se sont singulièrement multipliées ; quelquefois les cercles se resserraient et il y en avait en plus grand nombre, quelquefois ils s'élargissaient et un très petit nombre couvrait tout l'espace du Champ-de-Mars. L'air retentissait de chants et de cris de joie; on ne voyait que soldats et grenadiers courant et sautant en se tenant par la main. Jamais il n'y eut de spectacle à la fois plus agréable et plus imposant que celui d'une armée qui, au moment de jurer de verser jusqu'à la dernière goutte de son sang pour la liberté, danse autour de l'autel de la patrie sous les yeux de son législateur.

Un autre sentiment que le cœur de ces soldats de la Nation laissait échapper à chaque instant, c'était l'impatience de voir leur roi. 11 y a eu un moment où l'on a couvert le trône pour le garantir de la pluie ; à ce mouvement, dont on ne pouvait pas juger à de si grandes distances, des milliers de voix ont frappé les airs du cri de Vive le roi! des milliers de bras et de sabres ont été levés en l'air comme agités par la joie de cette proclamation.

La présence de la reine a excité les mêmes acclamations ; elles ont redoublé lorsque, prenant plusieurs fois l'héritier du trône dans ses bras, elle l'a élevé pour le montrer au peuple, comme pour le présenter à l'amour et au sacre de la Nation1. Dans ces cris prolongés et qui remplissaient sans s'interrompre le vaste local où ils se répandaient, on distinguait les sentiments dont étaient pénétrés ces représentants des défenseurs d'une nation aussi sensible que valeureuse. Tu aurais vu dans cette occasion, mon ami, ce que ton âme doit croire facilement, que

1. Des députés de la commune, placés au-dessous de la tribune de la reine, m'ont assuré qu'ils avaient entendu dans ce moment cet enfant royal applaudir lui-môme et crier de toute sa force le refrain de la chanson : Ça ira, ça ira, ça ira. (Meister.)

la grandeur et la majesté ne sont jamais si puissantes et surtout si sacrées que lorsqu'elles s'entourent des douces affections de la nature.

Lorsque le monarque a paru et qu'il est allé s'asseoir sur ce trône qui ne se cachait plus clans le Tond d'un palais, tu aurais vu de toutes les parties du Champ-de-Mars accourir les gardes nationales et les soldats, tu les aurais vus, s'amoncelant et se pressant autour de la galerie, se cacher presque les uns les autres et ne montrer de leurs corps que leurs visages où se peignaient tous les mouvements de leurs âmes. Où sont-ils, ces vils esclaves, où sont-ils ces imposteurs qui faisaient redouter aux rois la liberté du peuple comme la destruction de la monarchie? Quel roi reçut jamais les témoignages d'un amour plus sincère et plus tendre ? Quel trône entendit jamais retentir des hommages plus nombreux et plus éclatants ? Jamais Louis XIV, dans ses galeries ou dans ses jardins de Versailles, vit-il son trône décoré d'un si magnifique spectacle?

Lorsque les bannières ont été rassemblées, toutes ont été portées autour de l'autel pour y être bénies au nom de l'Être suprême, et sans cloute la bénédiction du ciel doit descendre sur les drapeaux d'un peuple éminemment valeureux et quia promis dans ses lois de ne jamais se souiller par la gloire des conquêtes. Au sortir de l'autel, les départements ont fait successivement passer devant Sa Majesté leurs bannières, et alors on a vu une grande partie de ces soldats citoyens en deux files dont une touchait aux marches du trône et l'autre aux marches de l'autel.

M. de La Fayette, à qui la sûreté de cette grande journée avait été confiée et par les décrets de l'Assemblée nationale et par le roi, a paru au milieu de ces deux rangs, et, descendant de son cheval à une certaine distance de la galerie, on l'a vu s'approcher du trône de Sa Majesté pour en recevoir l'ordre. Est-ce Tacite qui dit, à propos d'AgricoIa, que rien ne rehausse l'éclat d'un trône comme de voir se courber devant lui le front d'un homme dont l'âme est fière et noble et qui, jeune encore, compte des triomphes dans sa vie? Je ne suis pas sûr que Tacite l'ait dit, mais je l'ai su aujourd'hui.

C'est M. l'évêque d'Autun qui a célébré cette messe, qui en effet ne devait être célébrée que par un prêtre qui a senti que Dieu ne voulait pas être adoré par des esclaves. Il est des occa-

sions où les mystères qu'il faut toujours croire paraissent moins surnaturels; aujourd'hui, par exemple, en écoutant cette messe, on a dû croire plus facilement que Dieu est descendu sur cet autel autour duquel une nation heureuse fait le serment de remplir constamment les devoirs les plus sacrés.

Tu connais, mon ami, la formule du serment des fédérés, celle des représentants de la nation, celle du serment du roi des Français : tous ces serments ont été prononcés les yeux en larmes, et ces larmes sont bien un garant qu'ils ne seront pas vains.

Le frère du roi, Monsieur, qui a aimé la liberté et qui l'a soutenue lorsqu'elle n'existait encore qu'en espérance, avait mérité de recevoir les remerciements de la liberté à jamais rétablie, et il a entendu les cris de reconnaissance de ce peuple libre qui s'adressaient à sa personne.

Enfin, mon ami, que puis-je te dire? Je ne crois pas qu'il y ait jamais eu un plus beau spectacle sur la terre, ni jamais tant d'âmes pénétrées à la fois de la môme joie.

— Macbeth, tragédie en cinq actes de M. Ducis, donnée pour la première fois en 1784 *, vient d'être reprise au Théâtre de la Nation, le mercredi 9 juin, avec beaucoup de changements, et n'a pas eu plus de succès que dans sa nouveauté. L'auteur a bouleversé toute l'ordonnance de sa pièce. Au premier acte, le roi Duncan paraît lui-même, et c'est dans une scène de ce malheureux prince avec son confident que se fait l'exposition du sujet. Le couronnement de Macbeth, qui occupait presque tout le quatrième acte, est entièrement retranché, ainsi l'on ne voit plus le trône ni le fantôme du roi qui en écarte son assassin. 11 a essayé de remplir les vides de ce nouveau plan par le rôle de la sibylle, Erichthone, qu'il a chargée pour ainsi dire de faire l'office des anciens chœurs de la tragédie grecque. Les longs discours de cette sibylle, pleins de morale et d'épouvante, n'ont pas eu le bonheur de réussir. De toutes les scènes nouvelles ajoutées à cette tragédie, celle qui nous a paru produire le plus d'effet est la scène où la femme de Macbeth arrive sur le théâtre en somnambule, une lampe dans une main, un poignard dans l'autre,

d. Le 12 janvier. Voir tome XIN, pa?e 446.

tout occupée de ses remords et ne pouvant effacer les taches de sang qu'elle croit voir sur ses mains; Mme Vestris a rendu cette situation avec la vérité la plus terrible et la plus imposante; sa noble ligure, le caractère de son regard et surtout l'immobilité habituelle de ses yeux l'ont également bien servie dans ce moment. La pièce n'a été donnée que trois fois, et toujours avec des changements assez considérables ; il faut donc attendre que l'auteur ait arrêté entièrement ses idées pour essayer d'en rendre un compte plus détaillé ; mais quelque parti que prenne M. Ducis, il est permis de douter qu'il puisse jamais parvenir à rendre l'ordonnance de cette pièce intéressante et raisonnable. Ce tableau de remords prolongés durant l'espace de trois actes, quelque abondante et quelque variée qu'en soit l'expression, tourmente l'âme, au lieu de l'attendrir et de l'intéresser. Macbeth, je crois, est un de ces sujets qu'on ne peut bien traiter qu'à la manière anglaise ; en employant avec art ce que Shakespeare y a répandu de spectacle et de merveilleux, peut-être serait-il plus aisé d'en faire un bon opéra qu'une bonne tragédie. Si M. Ducis ordonne mal ses ouvrages, il n'en est aucun qui n'offre de grandes beautés de détail; il fait aussi bien une scène qu'il fait mal une pièce entière. Son style n'est pas toujours pur, mais il est souvent plein d'imagination, de force et de sensibilité; la couleur est vraiment tragique, et Macbeth est rempli de beaux vers qui ont été fort applaudis, quelque froidement qu'on ait reçu d'ailleurs l'ensemble de la pièce.

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