DANSEUSE DE L'OPÉRA
Ce 3 février 1760.
Monsieur et cher ministe,
J'ai zoui dir le bruit de votre réputassion, zet que vous étiaiz fort amoureux de ma persone, charmé que vous ete content de mon petit sçavoir faire, zainsi que de ma légèreté. Je sis trais sansible à votre ressouvenire, je ne le sis pas moins de vous avoir pour mon cher zamant, aianz appris que vous étiais fort savant, je ne doutte pas de votre constance, car zon di que vous ete plein de centimens, les miens seront fort touchés de votre amitiée que je ne doutte pas qui soit cinserre. J'accepte donc les offres de votre cœur et me bornerez au simple necessere aiant de la filosofie et préférant un filosofe corne vous à tous les princes de la terre.
J'attends donc votre réponse et votre excellence cette nuit au bal de. l'Opéra et je sis d'avanse contente de tout ce que vous m'i proposerés. Ne serai-je pas trop heureuse d'avoir un envoie come vous. En l'attendant je suis de votre excellenze la très humble et très obligée et très tendre.
Manon Leclerc.
Je vous avertis qu'il y a sur le palais roial un petit appartement à louer qui ne nous coûtera que 3000 fr. par an. Adieu mon petit ange je t'embrasse. Qu'il me tarde de te tenir. A ce soir. Je t'embrase encor.
Ce 10 février 1760.
L'as tu dû penser, monsieur et cher ministe , qu'un cœur tout à toi put changer, et qu'attachée à zun filosofe, je lui préfère jamais ces êtres machines qui tourbillonnans , bourdonnans sans cesse autour de moi sans cesse m'obsèdent? Leurs idées, leurs propos vagues et cahottans ne séduiront jamais une ame que tu as charmée ; la volupté de mes pas, leur expression , mes yeux ne te le jurent-ils pas quatre fois par semaine ? Ah incomparable et cher amant, que ma figure et mes talens me deviendroient odieux, si j'oubliois qu'ils m'ont fait distinguer de mon ministe, si tu ni atta-