‹ Correspondance littéraire (volume 4)Chapitre 36 sur 377 · Le nom est en blanc dans le raanuscril · texte numérisé non relu

Le nom est en blanc dans le raanuscril

anecdotes bonnes à conserver. Tout cola ne fait point de tort à la mémoire de Grimm, à qui il importe fort peu qu'on attribue plus ou moins d'esprit, de goût et de bonhomie. Mais pour vous, mon excellent ami, qu'est-ce que tout cela peut vous faire? Personne au monde n'a songé à attribuer cet ouvrage à un autre qu'à Grimm. Vous n'avez aucune raison pour éclairer le public sur ce point et pour lui apprendre que vous êtes l'auteur d'un ouvrage qui n'a jamais été écrit pour le public. Restez bien tranquille, in utramque aurem dormies, votre nom ne sera point prononcé, celui de votre ancien ami n'en sera aucunement flétri, et dans trois mois on ne parlera plus du livre et de l'auteur.

« — Concevez-vous la bêtise de cette notice mise en tête par l'éditeur ; mais concevez-vous que Jean-Jacques ait écrit que Grimm mettait du blanc? L'éditeur y a ajouté le rouge, cela est moins étonnant. Concevez-vous qu'on soit devenu en si peu de temps si ignorant sur l'histoire du dernier siècle?

« — Encore une fois, mon aimable ami, calmez-vous tout à fait sur cette échauffouréequi ne doit en rien troubler votre paix ; vous n'avez rien à faire et à répondre de rien. J'aurais bien envie d'écrire quelques pages pour jeter un peu de ridicule sur le scandale de cette publication, en montrant le peu de confiance qu'on doit avoir sur la fidélité de la copie. Quand vous aurez lu l'ouvrage, si vous jugez qu'il puisse être bon à quelque chose, aidez-moi de quelques notes. Dans tout état de cause, rien n'y donnerait l'idée que l'ouvrage peut être d'une autre main que celle de Grimm.

« Jouissez donc de votre douce situation, d'une vieillesse honorée et digne de l'être, de la tendresse d'une compagne aimable et vertueuse, de l'estime et de l'amitié de tous les honnêtes gens qui vous connaissent, et mettez en ligne de compte la vieille et tendre amitié que je vous ai vouée jusqu'à mon dernier jour. Je l'ai cru voir arriver il y a quelque temps. J'ai eu une maladie grave dont je suis encore fort affaibli. Il m'en reste une qui ne me donnera pas un long répit...»

En dépit de ces protestations et de ces assurances, le coup fatal était porté; soit que Meister ait volontairement renoncé à ses feuilles, soit qu'à la suite de publication de Buisson les abonnés l'aient prié de les interrompre, toujours est-il que le n° XX (janvier 1813), après avoir cité un article de Mlle Pauline de Meulan sur la troisième partie de la

Correspondance littéraire qui venait de paraître, se termine par ces lignes d'adieu.

Quelque légère, quelque anonyme que soit, heureusement, la part accordée à l'auteur de ces feuilles dans les éloges d'un jugement aussi favorable, il n'en rougit pas moins intérieurement du mouvement d'amour-propre qui l'a engagé à les transcrire. Hélas! c'est probablement la dernière inconvenance de ce genre que ses lecteurs auront à lui pardonner.

Après avoir dressé le catalogue sommaire de la correspondance de 179/i à 1812, et nous être assuré que nous ne négligions rien de vraiment intéressant, nous avons borné notre choix à trois morceaux qui rentraient plus spécialement dans le cadre de notre publication : les Tablettes de Diderot dont nous avons plusieurs fois parlé, une Vie de Sedaine, par Mme de Vandeul, absolument inconnue jusqu'à ce jour, et le curieux examen que Meister, sous l'inspiration immédiate de la fille du philosophe, fait de VEssai sur la peinture révélé au public en 1796, et de l'édition publiée par Naigeon.

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