APPENDICES
Les opuscules de Grimm ont été rassemblés par Barbier dans le Supplément qu'il donna en 1814 et reproduits par MM. Taschereau et Chaude, sans adjonctions ni notes nouvelles, au tome XV de leur édition. Pourtant la collection de ces écrits épars eût pu, sans jamais devenir bien importante, se grossir de morceaux qui avaient leur valeur; c'est ainsi qu'on trouvera ici réimprimés pour la première fois : la préface du Journal étranger, sur la paternité de laquelle il ne saurait subsister de doute (voir tome II, p. 352) ; le Projet de souscription pour l'estampe de la famille Calas qu'on peut attribuer sans crainte à Grimm (nous en donnons plus loin les motifs); les dédicaces et les errata des traductions de Goldoni {le Véritable Ami et le Père de Famille) qui faillirent lui valoir les honneurs de la Bastille ; enfin, sous réserve il est vrai, cette facétie sur les Oreilles à ressort que Galiani estimait digne de Swift (voir sa lettre du 20 juillet 1771 à Mme d'Épinay); malheureusement la réponse de Mme d'Épinay nous est inconnue et c'est sur la seule autorité du spirituel abbé que nous reprenons dans le Mercure ces pages oubliées i.
I. Nous ne donnons ici que la bibliographie des écrits en langue française. Pour les autres, les bibliographes allemands ne mentionnent qu'une dissertation latine sur Maximilieo 1er (Regensburg, 1747, in-4°), thèse universitaire dédiée au comte Louis-Gottlob de Schomberg et sa tragédie de Banise. Un historien de la littérature française, M. Hettner, dans sa Geschiclite der franzôsischen Literatur in 18r Jahrhundert (Brunswick, 18G0, p. 384-404) donne sur toutes ses premières tentatives des renseignements intéressants ; il cite une lettre que Grimm écrivit des bancs du collège à Gottsched, le 19 avril 1741, et qui a été publiée dans l'étude de M. Danzel sur le critique {Gottsched und seine Zeit, Leipzig, 1858). Dans cette lettre, Grimm se présente comme un jeune homme qui cultive le latin et « les autres arts libéraux » ; il professe la plus haute admiration pour Gottsched et lui envoie une satire contre les contempteurs de la philosophie, ainsi qu'une ode. Dans une seconde lettre du 28 août de la môme année, il lui fait savoir qu'il est en train d'écrire un drame d'après le célèbre roman oriental de Banise en se conformant entièrement à sa méthode et son ait poétique. Banise ne fut publiée que lorsque Grimm devint étudiant à Leipzig; il reprit sa première esquisse et elle fut insérée par Gottsched dans la quatrième partie de la Deutsche Schaus bitchne (Leipzig, 1743). « Ce drame n'est ni plus mauvais ni meilleur que les autres
Un moment, nous avions ou la pensée de placer les opuscules de Grimm en tête de la Correspondance littéraire; si Tordre chronologique y eût gagné, puisque la plupart d'entre eux sont antérieurs à sa grande entreprise, nous n'aurions pu donner sur leur origine ou leur bibliographie les renseignements que nous avons recueillis au cours même de l'impression. Nous les faisons suivre d'un certain nombre de lettres particulières de Grimm, suivant en cela l'exemple de Barbier, qui en avait emprunté treize aux Œuvres posthumes de Frédéric ; l'édition Preussen a depuis fait connaître trois autres qui complètentcette partie ; tout aussi bien Barbier aurait-il pu ne pas omettre la jolie lettre à MmeGeoffrin que l'éditeur des Éloges de cette femme célèbre avait jointe en 1812 à leur réimpression. Nous y ajoutons, pour notre part, deux épîtres à Voltaire, dontune inédite, toute une série adressée à la grande-duchesse de Saxe-GothaetauducErnestlI, son fils, quelqueslettresou billets à Garrick, d'autres enfin à divers contemporains. Peut-être sera-t-on surpris du nombre relativement restreint de lettres que nous reproduisons ici : Grimm, dira-t-on, a dû, par suite de ses fonctions officielles ou officieuses, en écrire des centaines. Assurément, mais sans parler de l'extrême difficulté de coordonner une pareille masse de documents disséminés dans tout le Nord de l'Europe et le plus souvent dans d'inaccessibles archives privées, une simple réflexion doit adoucir nos regrets : les lettres de Grimm sont beaucoup moins intéressantes qu'on ne serait tenté de le croire et Ton est surpris, en les comparant à ses articles de critique littéraire, de leur infériorité notoire ; autant sa prose de journaliste est nourrie, claire, ironique ou vigoureuse, autant ses lettres sont diffuses et, dès qu'elles sont destinées à un haut personnage, écœurantes de flagornerie. Aussi, contrairement à nos habitudes d'éditeur, nous nous sommes décidé à écarter du volumineux dossier copié aux Archives ducales de Gotha toutes les lettres qui n'offraient que d'interminables protestations de dévouement, sans qu'un seul fait anime un peu cette phraséologie obséquieuse ou larmoyante; de plusieurs des autres nous n'avons gardé que la partie vraiment historique. Ainsi réduites, elles ne perdent rien de leur valeur et l'on lira certainement avec plaisir les passages concernant Mozart, Huber, Diderot, ceux dans lesquels Grimm s'exprime sans ambages sur Rousseau ou bien résiste, avec une fermeté inattendue, au grand Frédéric lui-même, qui eût souhaité trouver dans ses feuilles plus d'anecdotes et moins de digressions critiques. Presque toutes ces lettres ont d'ailleurs paru intégralement dans la Revue des documents historiques de M. Etienne Charavay (5e année, 1877) et c'est là que les curieux pourront les retrouver; mais les spécimens que nous avons conservés et ceux que présentent les lettres à Frédéric II suffiront sans doute pour édifier les plus incrédules.
11 y a cependant une correspondance privée qui tient dans la vie de
drames de l'école de Gottsched, sans aucun sentiment poétique, en lourds alexandrins, avec le maintien le plus sévère de l'unité de temps et de lieu. Grimm avait assez d'esprit pour reconnaître que ce n'était pas là sa véritable vocation... »
Grimm une place considérable, qui offre un tout autre intérêt que celles que nous venons d'énumérer et qui n'a été retrouvée qu'à l'état de fragments : c'est celle qu'il entretint avec Catherine II. Ce qui en subsiste a été publié en octobre 1880, sous les auspices de la Société historique russe, par M. Jacques Grot. C'est, à moins de découvertes imprévues, tout ce qui nous est conservé de ces relations épistolaires qui durèrent vingt ans, presque jour pour jour. Il ne semble pas qu'il y ait rien à regretter en ce qui concerne les lettres de Catherine, mais, ce qui est plus singulier, c'est l'état dans lequel nous sont parvenues celles de Grimm. Les lacunes qui les déparent sont énormes: après trois billets de 1764 et 1765 (dont deux au prince Galitzine, et tous trois relatifs à l'envoi des « feuilles» à Catherine), lacorrespondancenecommence que le 24 novembre 1776, trois ans après le premier voyage de Grimm en Russie: interrompue pendant toute l'année 1778, elle se poursuit assez régulièrement de juillet 1779 à août 1781, saute de février 1785septembre 1786 au mois d'août 1790, et se clôt par une lettre du 17/28 novembre 1796, écrite le jour et peut-être à l'heure où Catherine tombait foudroyée par l'apoplexie, ^'est-il pas curieux que les lettres de l'impératrice, adressées à un homme dont la maison fut dévastée en 1794 et dont les papiers furent dispersés aux quatre vents, se retrouvent intactes, et que les archives de la Russie ne puissent fournir aujourd'hui que de véritables bribes des réponses qu'elles provoquaient? Catherine, il est vrai, insista vivement auprès de Grimm, lors des débuts de la Révolution, pour qu'il détruisît ce qu'il appelait « son trésor » ; mais il réussit à le faire passer en Allemagne quand il quitta définitivement la France, et il fut transporté après sa mort à Saint-Pétersbourg. La tradition veut que Catherine, effrayée des excès de la Révolution, ait elle-même jeté au feu les lettres qu'elle avait reçues des encyclopédistes; ne pouvant anéantir le souvenir des relations qu'elle avait si longtemps entretenues avec le patriarche de Ferney, puisque l'édition de Kehl les avait rendues publiques, elle fit alors disparaître, dit-on, les objets d'art qui les lui rappelaient, entre autres les tableaux et les découpures d'Huber; il est certain, du moins, qu'on n'a retrouvé jusqu'à ce jour que quelquesunes des lettres fort nombreuses que Diderot dut écrire à sa bienfaitrice ; mais faut-il supposer que la majeure partie de celles de Grimm disparut dans cet auto-da-fé? Et pourquoi les siennes plutôt que les lettres de M"™ Geoffrin et de Falconet, éditées par la même Société ' ?
Celles de Grimm avaient une tout autre importance, et leur destruction partielle est à jamais regrettable. Les sobriquets de « factotum » , de « souffre-douleur», qui reviennent dans chacune des lettres de Catherine, sont assez justifiés quand on le voit chargé des missions les
1. M. Grot ne donne aucun détail sur cette disparition, ni même sur la reconstitution de l'ensemble qu'il publie aujourd'hui; il dit toutefois qu'outre le petit dossier retrouvé aux archives de la ouronne, les archives du prince Woronzoff, que M. Pierre Bartenief a classées et en partie publiées, lui ont fourni un notable contingent.
plus délicates, telles que la surveillance d'un fils naturel de l'impératrice, élevé en Allemagne, puis en Angleterre, sous le nom de Bobrinski, ou s'entremettant à Spa auprès du prince Henri, pour le «tâter» sur les dispositions de la Prusse à l'égard de la Russie et de l'Autriche. Mais d'ordinaire son rôle, pour être tout aussi actif, était moins périlleux. Grimm était, avant tout, le fournisseur attitré de tout ce qui pouvait flatter les goûts artistiques de Catherine, et il faut lire attentivement ces deux volumes si l'on veut se rendre compte de l'accroissement des collections de l'Ermitage sous le règne de la Sêmiramis du Nord : on la voit tour à tour acquérir les galeries de Tronchin (des Délices), de Robinet, de Zuckmantel, pensionner à Rome Raphaël Mengs, et un fin connaisseur, le baron de Reiffenstein 1, faire venir à grands frais les copies des Loges de Raphaël, attirer à Saint-Pétersbourg des architectes comme Clérisseau et Quarenghi, des musiciens comme Paesiello, acheterde cabinet de pierres gravées (dont elle raffolait) du duc d'Orléans 2, le cabinet d'histoire naturelle de M1Ie Clairon, les émaux de Hurter, de Weyler, de Teresina Maron, demander à Houdon quelques-uns de ses plus beaux marbres, emmagasiner les bibliothèques du frère deGaliani, de Voltaire, de Diderot; sans parler de toutes les offres qu'elle n'accepta pas toujours, mais dont Grimm nous a conservé le souvenir : c'est Moreau le jeune qui veut lui dédier la suite des estampes qu'il grave pour le Voltaire de Kehl ; c'est Cochin qui propose de faire pour les victoires et conquêtes de la Russie ce qu'il a fait pour celles de la Chine; c'est Cozette, le directeur de la manufacture des Gobelins, dont l'ambition serait de reproduire sur la tapisserie les traits augustes de Catherine; c'est Le Paon, le peintre-dragon, qui voudrait « faire grand », et fixer sur la toile les hauts faits des troupes impériales contre les Turcs, etc., etc.; il y a là tout un chapitre, encore assez mal connu, de l'influence européenne du goût français au xvin6 siècle.
M. Jacques Grot a traduit en russe toutes les lettres qu'il avait entre les mains, et jusqu'aux passages en allemand dont elles sont hérissées. Il eût rendu à plus d'un lecteur français un signalé service s'il avait pris pour ceux-là la même peine dans notre langue. La préface du premier volume contient une sorte de clef, aussi complète qu'on l'a pu faire, des abréviations, surnoms et allégories que Catherine employait pour dépister les curieux. Cette clef, que voici, n'a pas été non
1. Une note de M. Grot dans les Lettres de Catherine à Grimm (p. 76) nous apprend que le baron de Reiffenstein, né dans la Lithuanie prussienne, à une date qu'il ne donne pas, fit ses études à Kœnigsberg, voyagea de 1761 à 1762 avec le comte Linar, se lia à Rome avec Winckelmann, et finit par s'établir dans cette ville; sa connaissance de l'art et de l'antiquité l'y fit rechercher des voyageurs de haut rang comme le cicérone le plus instruit, et il eût peut-être succédé à Winckelmann, en qualité de bibliothécaire du Vatican, s'il eût été catholique. Il a publié, en allemand, plusieurs ouvrages relatifs aux arts et à la littérature. 11 est mort le 13 octobre 1793.
plus traduite en français; elle est cependant indispensable pour le lecteur d'un recueil de cette nature:
L'homme aux deux physionomies quelquefois Piccolo Uambino) Joseph II.
Maman Marie-Thérèse.
Frère Ge George m. roi d'Angleterre.
Hérode Frédéric II.
Gu Gustave III, roi de Suède et plus tard
Frédéric-Guillaume II, roi de Prusse.
Gegu Ces deux rois ensemble.
Antonin, Falstatï Gustave III.
Les Secondats Tantôt Frédéric II et Joseph II, tantôt le
czarowitz Paul et sa femme.
La Glace ou le Boutonne M. de Herz, ambassadeur de Prusse.
Collet de Montorgueil M. de Hertzberg, ministre des affaires
étrangères de Prusse.
Souffre-douleur. Factotum, les Gens de
Grimma Grimm lui-même.
Pyrrhus, roi d'Épire Korsakow.
L'Habit rouge Mamonow.
Le Divin ou L'amplissime baron Le baron de Reiffenstein.
Saint- .Nicolas (duc de) Roumiantzoff.
Les épiciers Les Suédois.
Les marchands drapiers Les Anglais.
Les marabouts Les Turcs.
Arme Leute (En allemand, pauvres gens), les Français
au temps de la Révolution.
L'Égrillarde La Révolution.
Koether (En allemand, chien crotté), les fauteurs
de l'anarchie.
Purée de pois, soupe aux pois La diplomatie et les diplomates.
11 n'entre d'ailleurs nullement dans le plan de notre édition de reproduire les correspondances privées de Grimm : c'est ainsi que nous avons omis les lettres à MmC d'Épinay intercalées dans ses Mémoires : les originaux nous en sont inconnus et les copies ont pu fort bien subir des remaniements qui atténuent à nos yeux leur valeur; un savant professeur de l'université de Genève, M. Eugène Ritter, a, dans un curieux opuscule1, prouvé que Mme d'Épinay, soit qu'elle fût trompée par sa mémoire, soit qu'elle eût intérêt à commettre ces erreurs, avait plusieurs fois altéré le texte de ses propres lettres et les billets de Rousseau; aussi bien a-t-elle pu arranger celles de Grimm et de Diderot qu'elle a conservées et nous avons cru devoir les laisser dans le curieux livre qui les a fait connaître.
Cela dit, nous diviserons cette notice préliminaire en deux parties distinctes.
1. Nouvelles recherches sur les Confessions et la correspondance de J.-J. Bousseau. (Extrait du tome II de la Zeitschrift fur neufranzœsische und sprachc Literatur.; Oppeln et Leipzig, 1880, in-8°.
Lettres à l'auteur du Mercure sur la littérature allemande.
Ces deux lettres ont paru dans les volumes d'octobre 1750 et de février 1751.
Louis de Reausobre a public dans le même journal sept Lettres d'un Prussien à M. Vabbê liaynal sur le même sujet (septembre-décembre 1752, février-avril 175o).
Lettre de M. Grimm sur Omphale, tragédie lyrique, reprise par l'Académie royale de musique le M janvier 1752. S. 1. MDCGLII, 2 ff. et 52 p. Épigraphe:
Ingeniumcui sit, eni mens divinior atque o-s Magna sonaturum, des nominis hujus honoreni.
Cette brochure, qui fut l'origine de la réputation de Grimm comme critique musical, en provoqua deux autres de ton fort différent, l'une signée D*** : Remarques au sujet de la lettre de M. Gh'imm sur Omphale. A Paris, MDCCLII, in-8°, 28 p. et 1 f. pour le privilège, dont l'auteur nous est inconnu; l'autre de J.-J. Rousseau : Lettre à M. Grimm au sujet des remarques ajoutées à sa lettre sur Omphale. S. 1. MDCCLII, 1 f. et 29 p. Épigraphe:
Picae quis docuit verba nostra conari?
Rarbier a, le premier, appelé l'attention sur cet opuscule, qui avait échappé aux divers éditeurs de Rousseau et qui a été réimprimé intégralement au tome XIII de l'édition Lefèvre. Bien que deux éditions des Œuvres de Rousseau, parues de son vivant, renferment le passage de cette lettre relatif à Rameau, il est vraisemblable que la rupture de Jean-Jacques avec Grimm l'empêcha de reproduire plus tard les éloges qu'il lui adressait alors.
Grimm répliqua aux Remarques de l'anonyme par une lettre à l'abbé Ray nal, insérée au Mercure et ainsi datée : A Paris, le jour de Pâques, 2 avril 1752, à la sortie du concert. On la retrouvera à la suite de sa lettre sur la tragédie lyrique de Lamotte-Houdard.
Le Petit Prophète de Boelunischbroda. S. 1. n. d. [1753]. In-8, 58 p.
En regard du titre, un frontispice anonyme, au trait, à l'eau-forte pure, représentant un jeûna musicien tenant un violon et écoutant la
voix mystérieuse. Des toiles d'araignée pendent du toit crevassé et s'accrochent au tuyau brisé du poêle; une chandelle plantée sur le goulot d'une bouteille éclaire le grenier. Dans la marge on lit : La véritable effigie du Petit Prophète de Boehmischbroda.
11 serait puéril, croyons-nous, de chercher une ressemblance quelconque entre Grimm et le personnage de cette vignette, mais il serait Intéressant, en revanche, de savoir quel en est l'auteur. Un iconographe des plus experts, M. Emmanuel Bocher, est tenté d'attribuer le frontispice du Petit Prophète soit à Gravelot qui a dessiné au trait, dans le même style, le frontispice d'une édition de Caquet Bon-Bec (1763, in-8°), soit à J.-B.Le Prince, dont les figures du Roué vertueux ont quelque analogie avec celle-ci; mais, en 1753, Gravelot, revenu d'Angleterre depuis huit ans, avait la vogue et ne se serait peut-être pas donné la peine de travailler pour un inconnu; et Le Prince, né en 1734, n'avait pas vingt ans.
Barbier indique deux autres éditions : l'une, s. 1. 1753, in-8°, 58 p.; l'autre, sous la rubrique de La Haye, 1774, in-12, dont Catherine annonce la lecture à Grimm dans sa lettre du 24 octobre 1774-
.Nus en connaissons trois autres et la liste est sans doute incomplète : l'une avec la rubrique : Du coin du roi, ce 25 janvier 1753, in-8°, fig. (Cat. A. de La Fage, n° 1269) ; l'autre que nous avons vue à la Bibliothèque de l'Opéra : s. 1. n. d., 56 p. en tout (p. 49 : Réponse du coin du roi au coin de la reine par (Voisenon), seconde édition corrigée et augmentée)1; la troisième est suivie de : le Correcteur des bouffons (par Jourdan), la Guerre de l'Opéra (par Cazotte) et, ce que le titre ne dit pas, la Déclaration du public. S. 1. 1753, in-12, 139 p 2.
Quérard est tombé dans uneerreurqueFétisaétéle premier, croyonsnous, à relever : il a pris pour une nouvelle édition du Petit Prophète la brochure anonyme intitulée les Vingt et Un Chapitres de la Prophétie de Gabriel Joannes Nepomucenus Franciscusde Paula IValdstorsch, dit Waldstœrchel, qu'il appelle sa vision. Imprimé à Prague en Bohême, s. d., in-12 ; c'est un pamphlet de Mme Gottsched, femme du critique, contre un opéra-comique de Weise : les Femmes métamorphosées.
Barbier a signalé une particularité curieuse au sujet du Petit Prophète : il figure dans l'une des deux éditions du tome II des Œuvres de M. Rousseau, de Genève, Neufchâtel (Paris, Duchesne), 1764, 10 vol. in-8°, publiées par les soins de l'abbé de La Porte. Dès le 4 avril 1763,
1. A la fin de la Réponse du coin du roi se trouve l'affiche suivante qui visait Grimm et d'Holbach :
« Avis au public. Vous êtes averti que le Goût a été perdu sur la place du Palais-Royal ; il a été trouvé par deux Allemands ; ils sont priés de le rendre lorsqu'on leur aura demandé compte de ce qu'ils ont cru trouver. Du coin du roi, ce 25 janvier 1753. »
2. Adrien de La Fage avait rassemblé la majeure partie des brochures que vit naître cette longue querelle (voir le catalogue de sa vente, rédigé par M. L. Potier, 18G2, n05 1250-1290). La collection la plus riche de ces curiosités est aujourd'hui dit-on, celle de M. Ernest Thoinan.
Jean-Jacques Rousseau réclama par une lettre adressée à l'abbé contre cette insertion, et la seconde édition du tome H comprit, à la place du Petit Prophète et de l'analyse des brochures relatives à la lettre de Rousseau sur la musique française, Pygmalion, l'Allée de Sylvie, quelques autres pièces.
Dans la piquante brochure où il a conté la découverte d'un recueil formé par Rousseau des ripostes que souleva la Lettre sur la musique française, et restitué à Diderot une facétie de tout temps attribuée à d'Holbach \ M. Poulct-Malassis a relevé la clef inscrite par Jean-Jacques sur les marges de son exemplaire du Petit Prophète. Nous ne l'avons pas laissé perdre, et nous l'avons placée en renvois signés des initiales de Rousseau.
Marmontel a, dans quelques vers plus flatteurs que remarquables, rappelé la part prise par Grimm à la guerre des coins:
Mais ton Achille ou plutôt ton Ulysse, C'est l'ami Grimm, muse, il faut l'avouer, Et de tous ceux que je viens de louer Nul n'égala ton prophète en malice.
Sous ces grands chefs s'assemblait ta milice; J'étais du nombre et je parle en soldat, Soldat obscur, mais présent au combat.
(Polymnie, chant IV.)
En compulsant les papiers de la direction de la librairie soui Malesherbes* nous avons trouvé cette curieuse lettre de Fréron, vraisemblablement inédite, et qui nous révèle un petit épisode ignoré de sa biographie. Il aurait attaqué Grimm dans une de ses feuilles, et Malesherbes l'aurait obligé à modifier ce passage ou plutôt à le biffer; car. malgré nos recherches, nous n'avons pu le retrouver ni dans les Lettres sur quelques écrits de ce temps ni dans V Année littéraire. Le fait sur lequel roulait le débat entre le directeur de la librairie et le journaliste nous est également inconnu : Grimm avait-il songé à prendre la direction d'un opéra italien? Gela n'est pas impossible. Quoi qu'il en soit, les amateurs de casuistique se complairont au curieux distinguo que Fréron établit entre les personnalités intèripures et extérieures : les bons pères du collège de Clermont pouvaient être fiers de leur élève.
Monsieur,
Comme je dois être en garde contre les personnalités, je m'en suis figuré de deux sortes : les unes intérieures, si je puis parler ainsi, les autres extérieures. Les premières attaquent le fond du caractère et blessent l'honneur même, elles sont les plus odieuses. Ainsi, si je disais