‹ Correspondance littéraire (volume 4)Chapitre 41 sur 377 · Bibliothèque nationale, Fr., n. acq · texte numérisé non relu

Bibliothèque nationale, Fr., n. acq

que tel auteur est un débauché, un lâche, un impie, un fripon, etc., ce serait une personnalité très offensante et digne de punition. Je m'étais mis dans ce cas lorsque vous supprimâtes mes feuilles à l'occasion de ce que j'avais dit sur Voltaire, et j'ai toujours dit que je méritais cette suppression. Les personnalités que j'appelle extérieures sont celles qui, en quelque sorte, sont étrangères à l'homme et qui, cependant, le touchent de près, comme de lui reprocher sa naissance, sa laideur, sa pauvreté, etc. Elles sont certainement beaucoup moins offensantes que les autres, mais elles le sont toujours assez pour que je ne me les permette jamais.

Si mes principes sont justes, monsieur, et si vous voulez bien les appliquer à ce qui m'est échappé sur M. Grimm, je me flatte que je ne serai pas dans le cas de la répréhension. Je n'ai point dit que M. Grimm fût un libertin, un athée, un homme sans honneur et sans bonne foi : première personnalité. Je n'ai point dit qu'il eût été houzard chez M. le comte de Friesen, qui, lui trouvant quelque esprit, l'avait fait étudier et en avait fait son secrétaire : deuxième personnalité. Ce que j'ai dit est tout à fait indifférent et ne désigne aucun défaut, aucun vice de l'esprit, du cœur ni du corps. Il n'y a pas plus de personnalité à dire que M. Grimm hait la musique française parce qu'il avait envie d'être l'entrepreneur d'un opéra italien, qu'il n'y en aurait à dire ce que j'ai dit au sujet du chevalier de Saint-Mars, qu'il hait la poésie parce qu'il n'a fait et que son projet est de ne faire que des ouvrages en prose. Les auteurs sont intéressés à étendre ce mot de personnalité, mais j'ai trop de confiance dans vos lumières, monsieur, pour craindre leurs interprétations fausses et intéressées. Je vous supplie d'ailleurs, monsieur, de considérer que depuis mes feuilles sur Jean-Jacques, sur Diderot et sur Duclos, je suis très mal avec cette clique, et que je le serai probablement toujours, mon projet n'étant pas de me raccommoder ni de vivre avec des enthousiastes, des fanatiques et des gens odieux au gouvernement et à la société. Au reste, ce que j'ai dit de Grimm est très-vrai, et c'est ce qui l'offense, lui et sa cabale. Son projet était réellement d'être à la tête d'un opéra italien.

Je suis, avec un très profond respect et une reconnaissance infinie de toutes vos bontés, monsieur, etc.,

Fréron.

Ce vendredi au soir, 29 mars.

La compétence musicale de Grimm a été examinée de nos jours dans deux brochures auxquelles nous renvoyons le lecteur :

— Grimm et la Musique de son temps, par Jules Cariez, membre de l'Académie des sciences, arts et belles-lettres de Caen. Caen, imprimerie F. Leblanc-Hardel, 1872, in-8°. Extrait des Mémoires de l'Académie.

— La Musique et les Philosophes au xvnie siècle, par Adolphe Jullien. Paris, J. Baur, 1873, in-8°. Extrait delà Revue et Gazette musicale et réimprimé dans la Ville et la Cour au xvnr siècle. ( ttouveyre, 1880, in-8°. )

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Journal étranger.

Dans son « ordinaire » du 1er mai 1754, Grimm « supplie » ses correspondants de lire la préface qu'il avait rédigée pour le Journal étranger, dont il eut la direction pendant les mois d'avril et de mai de cette même année. Elle avait été négligée par nos prédécesseurs.

Le Père de famille, comédie en trois actes et en prose, par M. le docteur Charles Goldoni, ancien avocat au Parlement de Venise. Traduite de l'italien en français, par M***. A Avignon, 1758. Et se vend à Liège, chez Etienne Bleichnarr, sous les Piliers, cà l'image de saint Potentien. In-8°, 7 ff., non paginés pour le titre, la dédicace et l'errata, et 216 p. Épigraphe : « Asinorum autem et multorum ingenium in eo cernilur quod... raro nec libenter desinant. » (Hier. Vida. De arte poetiea.)

Le Véritable Ami, comédie en trois actes, et en prose, par M. le docteur Charles Goldoni, avocat. Traduite de l'italien en français par M. l'abbé ***, chanoine de l'église de Saint-Luc. A Avignon, 1758. Et se vend à Liège chez Etienne Bleichnarr, sous les Piliers, à l'image de saint Potentien. In-8°, Il iî. pour titre et dédicace, et 165 p. Epigraphe : « In quibus hoc mirabile nimis quod adversus ventum mingentibus tibiae nunquam irrorentur. » (Aristoteles, De Animalibus, lib. IV.)

La traduction du Père de famille et celle du Véritable Ami sont attribuées 'par Barbier à Deleyre seul, qui voulait prouver, par une comparaison dès lors facile, que Diderot n'avait point emprunté à Goldoni le sujet de son drame ; mais dans le cabinet de M. Rathery (n° 526 de son Catalogue d'autographes, Et. Charavay, expert, 1876), figurait une lettre de Forbonnais (publiée tome XIX, p. /i5/i des Œuvres complètes de Diderot), qui avait pour but de le disculper « dans l'affaire des dédicaces » ; et le danger paraît avoir été sérieux pour tous trois, si l'on en juge par la lettre inédite suivante, adressée à Mal esherbes ou à Sartines, et qu'a bien voulu nous communiquer M. Eugène Charavay.

Paris, le 16 novembre 1758.

J'ai été fort surpris, monsieur, d'apprendre qu'on avait mis à la tête des traductions des pièces italiennes des épîtres dédicatoires et que ces épîtres offensent. Vous me remîtes de la part de M. de Forbonnais sa traduction de l'Ami vrai. Quelque temps après, M. Deleyre, qui avai1 traduit le Père de famille, en fit autant. J'attesterai à toute la terre qu'il n'y avait aucune épître dédicatoire, et que celles qui paraissent ne sont ni l'une ni l'autre des traducteurs. Le soupçon qui peut résulter de

là, que je les ai faites ne peut me dispenser de dire ce que je sais être vrai. Mais je dois vous assurer, à vous qui connaissez ma sincérité, que je n*y ai pas la moindre part. Je gardai pendant quelques jours les deux traductions. Votre avis était que, celle de M. de Forbonnais n'étant pas a--ez conforme à l'original; il fallait absolument la réduire à l'exactitude. en sorte qu'on ne rendit l'auteur italien ni meilleur ni plus mauvais; mais comme il ne me convenait en aucune façon de me mêler de ce travail, je cédai à M. Deleyre la traduction de l'Ami vrai pour qu'il en fit, et de la sienne, tout ce qui lui plairait. Je crus pouvoir en user ainsi d'un ouvrage auquel je pensais, je crois , avec raison , que M. de Forbonnais n'attachait d'autre mérite que celui d'obliger un homme pour qui il a toujours eu de l'amitié. M. Deleyre partit pour l'armée. Dans ces entrefaites, on vint me demander de sa part les deux traductions. Je les remis comme je les avais reçues, sans épîtres dédicatoires. J'y joignis seulement un billet par lequel je priais qu'on en soignât l'édition, qu'on se conformât à celle de Parme, que Goldoni a avouée, et qu'on ne publiât rien avant mon ouvrage. Depuis je n'ai plus entendu parler des deux ouvrages. Tout ce que j'ai su, cJest qu'on les supprimait, mais je ne les ai lus ni en manuscrit ni en imprimé. A présent même que je vous écris, je ne les connais pas encore. Je suis très-fâché de tout ce que je lis dans la lettre de M. de Forbonnais, à qui je suis bien éloigné de faire ni de souffrir qu'on fasse aucune noirceur. Je vais courir après son manuscrit. Je me suis déjà donné quelques mouvements pour le recouvrer. Je ne négligerai rien pour qu'il soit satisfait là-dessus. C'est là mon unique inquiétude.

Je suis, avec tous les sentiments d'amitié et d'attachement que vous me connaissez, monsieur,

Votre très-humble et très-obéissant serviteur.

Diderot.

Grimm d'ailleurs attribue à deux amis de Diderot, qu'il ne nomme pas, ces traductions devenues rares ; quand on les rencontre, elles sont d'ordinaire réunies en un seul volume. Goldoni ne semble pas en avoir eu connaissance, car il ne les mentionne pas dans ses Mémoires.

Le Père de famille avait été dédié à la princesse de Robecq, et le Véritable Ami à la comtesse de La Marck. Ces dédicaces et l'errata du Véritable Ami sont deux persiflages dont les allusions étaient aisément saisies par les contemporains. Selon Barbier, elles faillirent faire emprisonner leurs auteurs; mais, à la suite du désaveu formel de Diderot qu'on vient de lire, les deux offensées ne donnèrent pas suite à leurs plaintes. Grimm se contente de dire (tome IV, p. 58) qu'on ne put découvrir le véritable auteur de ces épîtres « qui ont fait plus de bruit qu'elles ne valaient ».

Nous devons à M. Etienne Charavay la communication de la lettre inédite suivante de Diderot, adressée « A monsieur, monsieur Suard à l'hôtel des Indes, rue Traversière » ; elle complétera ce petit historique d'une des innombrables querelles littéraires d'alors.

Je vous demande mille pardons, monsieur, de vous avoir fait envoyer chez moi hier soir en vain pour une chose sur laquelle j'aurais dû vous prévenir. Mais c'est plus la faute de M. Lambert que la mienne. Imaginez que je n'ai reçu le petit nombre d'exemplaires dont nous étions convenus qu'hier au soir, qu'ils ont été envoyés chez M. Grimm. J'y vais à l'instant, et, comme il demeure dans votre voisinage, je mettrai à votre porte un exemplaire de mon Père de famille que je vous prie d'accepter , un autre que je vous prie de faire passer à M. Deleyre, avec un exemplaire des deux pièces italiennes traduites. Je suis bien fâché qu'un des suffrages qui me natteraient le plus, si je l'avais mérité, soit un des derniers que j'obtiendrai, si je l'obtiens.

Je suis, avec les sentiments d'attachement et l'estime la plus vraie, Monsieur,

Votre très humble et très-obéissant-serviteur.

Diderot.

Dimanche.

Projet de souscription pour une estampe tragique et morale, S. 1. n. d. 11. (Titre de départ, mais pas de titre.)

Nous avons extrait d'un petit dossier provenant de Grimm et communiqué aussi par M. Etienne Charavay, ainsi que d'un dossier plus important conservé à la Bibliothèque nationale (Mss. fr. nouv. acq- 1185), plusieurs pièces inédites qui, avec la liste de souscription déjà recueillie par M. P. Bonnassieuxdans le Cabinet historique (1877), apporteront un contingent de détails inconnus sur ce lamentable épisode de l'histoire des persécutions religieuses.

Du poëme lyrique, 1765.

La bibliographie de ce grand article écrit pour Y Encyclopédie n'offre rien de particulier, mais l'exposé des théories de l'auteur reçut trente-deux ans plus tard l'application la plus inatendue : Merlin de Thionville, dit M. Eugène Marbn l, présentait à la Convention un plan d'éducation nationale romanesque et théâtral, mais non sans grandeur, puisé d'ailleurs en grande partie dans le curieux article de Grimm sur l'Opéra, publié dans Y Encyclopédie. Nous avouons qu'après les recherches les plus conciencieuses dans les tables du Moniteur, nous ne pouvons que répéter cette assertion sans être en mesure de la confirmer.

Lettres diverses.

On trouvera sous chacune d'elles, ou au commencement des séries que forment quelques-unes d'entre elles, les indications bibliographiques indispensables.

1. Histoire littéraire de la Convention nationale (Poulet-Malassis, 18G0, in-18 p- 118).

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