Cet ouvrage est de l'abbé Barthélémy, de Grenoble
spectacle se voyait menacé1 dans la circonstance actuelle, lui adressèrent plusieurs députations pour le presser de rentrer ; ils furent enfin le trouver tous en corps, lui renouveler leurs instances, en s' engageant d'avance à tout ce qu.'il pourrait exiger. Il résista longtemps avec la plus grande modestie, refusa même les deux ou trois parts qu'on le priait d'accepter ; mais ne pouvant plus se défendre de la persévérance de leurs sollicitudes et de sa propre sensibilité, il promit enfin de jouer aussi souvent que sa santé pourrait le lui permettre, mais à une seule condition, c'est qu'il ne recevrait aucune rétribution quelconque. On a su depuis que c'est M. l'abbé Gouttes, qui préside dans ce moment l'Assemblée nationale, à qui la Comédie doit cette victoire. M. l'abbé Gouttes ayant été ci-devant vicaire à Paris, dans le quartier du Gros-Caillou où demeure le sieur de Larive, avait conservé beaucoup d'amitié pour lui. Persuadé qu'il était de l'intérêt de la Constitution de ne point permettre qu'on pût reprocher au nouvel ordre des choses la triste décadence du théâtre national, il n'a pas dédaigné d'employer toute son éloquence pour déterminer le sieur de Larive à contribuer de toute la supériorité de ses talents à en relever la gloire, et lui a fait voir sa rentrée au théâtre comme un acte de civisme digne de son orgueil et de ses vertus; c'est donc à M. l'abbé Gouttes que nous devons le retour de cet acteur. L'intérêt qu'il a bien voulu prendre à ses succès a été si vif qu'il a voulu en être témoin, et que, pour pouvoir assister à cette représentation, il a prié un de ses confrères de vouloir bien ce jour-là remplir pour lui l'auguste fonction de président de l'Assemblée nationale. Jamais pièce nouvelle, pas même Charles IX, n'avait attiré au théâtre une afiluence aussi nombreuse. Le rôle d'OEdipe, dans lequel le sieur de Larive a reparu, est un de ceux où, ce me semble, il laissa toujours le moins à désirer ; il y a reçu les applaudissements les plus universels et les plus mérités. Son talent nous a paru tel à peu près qu'il était avant sa retraite ; seulement nous avons cru remarquer, comme le public, qu'il avait acquis plus d'empire sur son organe, le captivait avec plus de facilité, en ménageait tous les élans avec plus d'art et et de sagesse.
— Le Comte de Comminges, ou les Amants malheureux,
l. Sur cent mille écus de loges à l'année que retirait la Comédie-Française, elle en a conservé à peine un tiers. (Meisteb.)
drame en trois actes, en vers, par M. d'Arnaud, a été représenté pour la première fois sur le Théâtre de la Nation, le vendredi lli mai. Cette pièce, imprimée depuis plus de trente ans1, est si connue que nous nous croyons dispensés d'en rappeler ici le sujet; il est tiré, comme on sait, d'un roman de M,ne de Tencin, l'auteur des Malheurs de l 'amour; c'est un des premiers modèles du genre sombre, de ce genre où l'auteur a cru trouver la première magie du pittoresque, partie dramatique, dit-il, que les anciens ont si bien connue, et que les modernes parmi nous ont ignorée ou parfaitement négligée. C'est cette nouvelle partie du théâtre, ajoute-t-il modestement, que j'ai entrevue, et qui, dans les mains d'un homme de génie, serait susceptible des plus grands effets et produirait une source d'horreurs délicieuses pour l'âme. On serait tenté de croire que uous sommes nés pour la douleur, pour le ténébreux.
Quoiqu'il y ait dans les deux premiers actes d'assez beaux développements, quelques grandes idées, quelques vers heureux, la tristesse qu'inspirent ces deux actes est plutôt ennuyeuse qu'intéressante, et la raison en est simple ; la situation des principaux personnages jusqu'à la fin reste toujours la même, et c'est le comble du malheur ; il est même tel qu'il ne laisse rien craindre ni à désirer. Le troisième acte est d'un effet terrible, mais il serre le cœur au lieu de l'attendrir ; c'est un tableau de l'horreur la plus imposante, la plus majestueuse si vous voulez, pour me servir d'une expression de Stace; mais ce qu'il y a de délicieux pour l'âme dans une pareille horreur, c'est ce que mon intelligence n'a pu encore comprendre.
Tel qu'il est, l'ouvrage a été vivement applaudi, et l'on ne peut trop louer le soin avec lequel il est exécuté ; on doit surtout de grands éloges à la pantomime de M"e Desgarcins, qui nous a toujours paru de la vérité la plus terrible et la plus touchante. Il ne sera peut-être pas inutile d'observer qu'on a fort abrégé à la représentation le discours que l'auteur faisait faire au malheureux frère Euthyme avant de mourir et qui paraît encore assez long.
— Le Présomptueux, ou ï Heureux imaginaire, comédie en cinq actes, en vers, de M. Fabre d'Églantine, dont on n'avait pas voulu entendre deux actes l'année dernière, vient de reparaître