‹ Correspondance littéraire (volume 4)Chapitre 85 sur 377 · Opéra de Rameau. (J.-J. R · texte numérisé non relu

Opéra de Rameau. (J.-J. R

Depuis le triomphe de la Phèdre de Pradon sur la Phèdre de Racine, jusqu'au triomphe de l'Opéra- Comique sur la Comédie française.

El je t'ôterai le théâtre de la Comédie française, et je l'établirai chez les nations étrangères, et tu ne l'auras plus, car tu auras réduit tes acteurs à la mendicité.

Et les peuples lointains verront les chefs-d'œuvre de tes pères ; et ils les verront sur leurs théâtres, et les admireront sans faire mention de toi : car ta gloire sera passée, et tu seras par rapport à tes pères ce que les Grecs d'aujourd'hui "sont par rapport aux anciens, cela veut dire un peuple barbare et stupide.

Et quand tu voudras voir ton Polyeucte et ta Phèdre et ton Athalie et ta Zaïre, et tant d'autres qui sont les chefs-d'œuvre de l'esprit humain, et que j'ai faits dans ta capitale et à ta face, tu seras obligé de faire trois cents lieues vers l'orient; à quatre cents lieues de chez toi on jouera ton Misanthrope et tes Femmes savantes. El l'on admirera les génies que je t'ai donnés sous l'astre de l'Ours et sous l'astre de l'Orion, et toi seul tu ne les entendras plus.

Et la farce italienne deviendra ton spectacle favori, et tu le trouveras délicieux. Et tu verras Arlequin et Seapin voleurs par amour soixante-dix fois de suite, et plus la farce sera mauvaise, plus tu y prendras goût, car tu seras stupide.

Et tu courras, dans la frénésie de ton esprit, à un spectacle qui me dégoûte, et tu l'appelleras, dans la bêtise de ton entendement, opéra-comique, lorsque ce n'est pas un opéra, et lorsqu'il n'est pas comique, et tu auras le malheur de t'y plaire.

Et tu quitteras tes Dumesnii et tes Dangeville, tes Grandval, tes Sarrasin et tes Armand1, pour des l'Écluse et des Raton2. Et le vaudeville grossier et licencieux fera les délices de ton esprit, et tu le trouveras délicat.

Et l'indécence et la platitude des propos ne te choqueront plus. Et l'on outragera les mœurs chez toi impunément, car tu n'en auras plus, et tu ne sentiras plus ni ce qui est bien, ni ce qui est mal.

Et tes philosophes ne t' éclaireront plus, et je les empêcherai d'écrire, et les presses leur seront défendues.

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