‹ Correspondance littéraire (volume 4)Chapitre 86 sur 377 · Acteur et actrice de la Comédie italienne. (J.-J. R · texte numérisé non relu

Acteur et actrice de la Comédie italienne. (J.-J. R

Et ils n'auront plus de plaisir d'habiter chez toi, car je n'y serai plus.

Et la voix se tut.

Et moi Gabriel-Joannes-Nepomucenus-Franciscus de Paula Waldstorch, dit Waldstoerchel, Philosoph. et Theolog. Moral. in Coll. Mai. HH. PP. Soc. Jes. studios., natif de Boehmischbrocla, en Bohème, je pleurai sur le sort de ce peuple; car j'ai le cœur tendre démon naturel.

Et je voulus intercéder pour lui, parce que je suis bon, et que j'étais las d'écrire, car il y avait longtemps que j'écrivais.

Et j'eus tort : car la voix était en colère, et je reçus un soufflet, et ma tête donna contre le pilier du coin qu'on appelle le Coin du côté de la Reine jusqu'à ce jour.

Et je m'éveillai en sursaut, et je me trouvai dans mon grenier que j'appelle ma chambre, et je trouvai mes trois menuets, dont le second est en mineur.

Et je pris mon violon, et je les jouai, et ils me plurent comme auparavant, et je les rejouai, et ils me plurent davantage, et je dis : Faisons vite les autres, car il en faut deux douzaines; et je ne me sentais plus la force du génie, car la chose qu'ils appellent opéra m'était toujours présente, et je faisais beaucoup de notes et point de menuets, et je m'écriai dans l'amertume de mon cœur : Que n'ai-je achevé les deux douzaines avant la Vision!

Malgré les obstacles qui se sont réunis pour retarder la publication de cet ouvrage et nous empêcher de le rendre digne de l'approbation des lecteurs, notre devoir le plus indispensable étant de remplir nos engagements avec le public, nous avons l'honneur de lui offrir le premier volume du Journal étranger, à peu près au temps où nous l'avions promis dans le dernier prospectus. Nous avouons avec déplaisir qu'il ne trouvera pas à ce volume, que nous lui présentons aujourd'hui, le degré de bonté dont ce journal est susceptible, et auquel nous avons lieu de nous flatter qu'il parviendra. Si le choix eût dépendu de nous seuls, nous

aurions préféré la perfection à la diligence , ou plutôt nous aurions concilié l'une et l'autre, et nous n'avons point épargné nos efforts pour en venir à bout ; mais dans des entreprises aussi difficiles que celle-ci, il faut quelquefois se résoudre à mal débuter, pour se mettre en état de faire bien dans la suite, et beaucoup d'ouvrages utiles ne se feraient jamais si l'on s'opiniâtrait à vouloir les rendre excellents dès le commencement. Les raisons en sont sensibles dans cette occasion : car, sans parler des mauvais auspices sous lesquels le projet de celui-ci a été formé, et des disgrâces particulières qui en ont longtemps retardé la publication, on doit sentir que, clans des relations aussi étendues et aussi nombreuses que les exige une pareille entreprise, il est presque impossible de bien réussir du premier coup; et que, forcés d'établir d'abord des correspondances presque au hasard, il n'y a que le temps et l'expérience qui puissent nous apprendre à mieux choisir dans la suite .

Ce n'est donc point de ce volume qu'il est ici question : nous l'abandonnons à la juste sévérité des lecteurs; et quelque regret que nous ayons de débuter par un essai si peu digne de leur approbation, nous nous en consolons par l'espoir fondé de leur donner bientôt meilleure opinion de cet ouvrage, et le plaisir de le voir augmenter en bien de volume en volume, jusqu'à ce que, devenu digne des suffrages du public, il ait atteint le degré de bonté où nous espérons le porter et où nous tâcherons de le maintenir.

Nous supposons les premières difficultés vaincues ; nous supposons que l'indulgence des lecteurs nous ait mis à portée de ne plus avoir besoin que de leur justice; nous supposons que cet ouvrage accueilli du public ait en effet acquis le droit de lui plaire ; nous le supposons goûté en France, répandu dans toute l'Europe, honoré de l'approbation des gens de lettres de toutes les nations, offrant à leurs talents divers un théâtre propre à les faire briller aux yeux de tous leurs contemporains, contribuant, en un mot, à rassembler en une seule confédération toutes les républiques particulières, dans lesquelles la République des lettres, divisée jusqu'à ce jour et resserrée pour ainsi dire par les limites de chaque peuple, reconnaît des bornes que la politique n'a aucun intérêt de lui prescrire, et qu'elle ne doit recevoir que de la mesure de l'esprit humain.

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Cette correspondance, aussi nécessaire entre les nations pensantes pour la perfection de la raison que l'usage de la parole entre les individus pour leurs secours mutuels, a besoin de quelque point commun de réunion, où toutes les connaissances acquises viennent s'éclairer mutuellement; où les génies des diverses nations viennent se réunir pour instruire l'univers; où les écrivains de tous les pays viennent épurer leurs goûts en \es comparant ; où le public cosmopolite puise des mémoires impartiaux pour décider, s'il le faut, ces vaines disputes de préférence qui divisent les peuples de l'Europe, et où du moins chacun d'eux apprenne une fois à ne plus s'attribuer ce don exclusif de penser, dont la prétention seule fournirait presque un titre contraire; à ne plus hasarder ces railleries indécentes, et capables de faire haïr un peuple de tous les autres ; à ne plus marquer ce mépris offensant pour des nations estimables, qui n'est qu'un reste des préjugés barbares de l'ancienne ignorance. Disposition d'autant plus injuste, qu'il en est à cet égard des peuples comme des particuliers, dont les plus enclins à prodiguer aux autres la plaisanterie sont précisément ceux qui savent le moins la supporter eux-mêmes.

Que de travaux inutilement répétés par le défaut de communications entre ceux qui courent la même carrière en différentes contrées! Que de fatigues et de veilles, que de temps et de progrès perdus pour l'esprit humain, seraient épargnés ou mis à profit, si, au lieu de partir du même point et de marcher parallèlement sur la même route, chaque homme de lettres, mieux instruit des progrès de ses collègues, et commençant sa carrière au terme où ils ont fini la leur, gagnait en avant tous les pas qui se perdent à revenir toujours inutilement dans les mêmes sentiers 1 Quels avantages encore les sciences ne retireraient-elles pas de la comparaison des différentes méthodes et les arts des différentes pratiques imaginées en différents pays! Les productions de la terre varient selon les climats, les productions du génie selon les caractères, celles de l'art selon les besoins ; et c'est en étudiant les rapports des unes et des autres qu'on peut surtout étendre et généraliser les connaissances humaines, déraciner les préjugés, naturaliser, pour ainsi dire, la raison chez tous les peuples, et lui donner partout une certaine universalité qui semble lui manquer encore.

Les mêmes avantages se'présentent du côté du goût, partie sur laquelle nous nous attendons le moins, et peut-être avec raison, à recevoir des secours étrangers. Cependant, comme le goût n'est guère susceptible de démonstration, s'il n'y en a qu'un qui soit le bon exclusivement, et que chacun croie le posséder, ce n'est qu'en les comparant tous qu'on peut s'assurer de celui qui mérite en effet la préférence. Parallèle d'autant plus honorable à la nation française qu'elle y triomphera sûrement à bien des égards, et qu'elle reconnaîtra son ouvrage dans une grande partie de ce que les autres auront de bon. Il est vrai qu'à en juger par la constitution actuelle de nos spectacles, et par le ton qui règne dans la plupart de nos écrits, il est à craindre que notre goût n'ait un peu dégénéré, et qu'il ne se trouve peut-être celui de tous qui s'est le plus éloigné de la nature; mais cette observation même serait utile, et servirait au moins à montrer la route qu'il faudrait prendre pour le ramener à la perfection ; entreprise, au reste, plus nécessaire que facile : car si nous nous en sommes écartés, c'est en passant au delà du terme ; et malheureusement, en matière de goût, il est plus aisé d'aller en avant que de revenir sur les pas.

Telle est, indépendamment des avantages dont nous avons parlé dans le prospectus, l'idée abrégée de ceux qu'on doit attendre d'un Journal étranger bien exécuté, et qui doivent intéresser à notre entreprise la France et toute l'Europe savante. Il y aurait d'autres moyens encore de la rendre plus utile et plus universelle, dont il n'est pas temps de parler aujourd'hui, puis* que leur exécution dépend en grande partie de ses premiers succès, c'est-à-dire d'un événement dont nous ne sommes pas les maîtres; et que les travaux qu'elle exigerait ne souffrent guère des arrangements conditionnels.

Dans le grand nombre de journaux et d'ouvrages périodiques, trop multipliés pour l'honneur et l'utilité des lettres, il n'en fallait pas moins pour justifier le projet de celui-ci que cette espèce de besoins que le public en a et l'utilité manifeste et générale qui en résultera nécessairement dans toute la république des lettres. Si nous avons le malheur de ne point réussir dans la carrière où nous entrons aujourd'hui, ce ne sera pas la faute du plan, qui est certainement excellent, qui nous paraît approuvé du public dans toutes ses parties, et susceptible d'une réforme aisée

dans celles qui en auraient besoin ; ce ne sera pas non plus pour n'avoir pas connu l'importance et l'étendue du travail que nous nous imposons. Loin de nous dissimuler la disproportion qui se trouve à cet égard entre notre tâche et nos forces, nous n'eussions jamais eu la témérité de nous charger d'une pareille entreprise si tant d'avantages reconnus ne nous eussent fait compter sur les secours de tous les gens de lettres qui ont à cœur la gloire et le progrès de la littérature , et si le prix que nous mettons à nos lumières et la justice que nous nous rendons à nousmêmes ne nous eussent répondu de notre docilité à profiter de leurs avis. Tels sont les fondements de l'espoir et du zèle qui nous animent. Telles sont les raisons de la confiance où nous sommes que le public ne nous refusera pas la sienne. Tels sont les justes motifs qui nous font espérer que, dirigé sur un bon plan, soutenu par de bonnes correspondances, entretenu par un travail assidu, et honoré des suffrages des gens de lettres, ce journal deviendra comme les archives des nations savantes, dans lesquelles les génies naissants déposeront les premiers titres de leur mérite littéraire, et que les plus grands hommes ne dédaigneront pas d'illustrer de leurs noms et de leurs écrits.

A considérer l'état actuel de l'Europe entière, à voir l'ardeur avec laquelle les hommes de toutes les nations cultivent leurs esprits et s'élèvent à l'art de penser, on peut dire que jamais ouvrage n'a paru plus à propos que celui que nous commençons, ni dans un temps plus favorable pour l'honneur de l'esprit humain. Ce n'est point sans une vive satisfaction que nous pensons d'avance à la multitude d'écrits utiles que l'amour des hommes et le désir du bien public auront dictés dans un pays, et que nous aurons à faire connaître à tous les autres. Chaque peuple enrichi des trésors de ses rivaux, sans avoir rien perdu des siens, l'Europe entière se trouvera plus savante et plus philosophe : et nous aimons à croire que nous aurons eu le bonheur d'y contribuer par cet ouvrage. Nous voudrions surtout pouvoir nous flatter que les écrits de tant de citoyens éclairés et respectables, dont nous aurons à rendre compte, hâteraient dans la littérature cette utile révolution à laquelle nous touchons peut-être, et qui vient d'être annoncée par un de ces hommes rares, à qui ses méditations ont appris à lire les événements futurs dans l'ac-

tuelle constitution des choses1. Jusqu'à présent on s'était entièrement livré aux arts agréables et aux sciences abstraites. Le moment approche où les sciences utiles auront leur tour. La physique, l'histoire naturelle, la chimie, la philosophie pratique, la politique, la morale, la bonne métaphysique si nécessaire dans chaque science, et que nos pères avaient trouvé le secret d'étouffer sous un jargon barbare ; toutes ces différentes branches d'une tige commune vont bientôt occuper la même nation, qui semble ne parler aujourd'hui que de peinture, de musique et de romans. 11 viendra un temps où la mode exigera qu'on soit instruit, qu'on observe, qu'on raisonne, qu'on discute avec justesse un fait de la nature, de même que le ton général nous porte aujourd'hui à parler avec goût de tout ce qui concerne les <arts agréables, à juger finement et légèrement un ouvrage de poésie, à critiquer une pièce de théâtre. C'est alors, que jetant avec admiration les yeux sur les productions de nos voisins, nous ne tarderons pas à nous enrichir de toutes les découvertes utiles qu'ils avaient faites, tandis que nous ne songions presque qu'à des études de pur amusement. L'un nous fournira l'agriculture, l'autre le commerce, l'autre l'architecture, l'autre la marine, l'autre la minéralogie ; parties importantes dans lesquelles il faut commencer par reconnaître des maîtres pour apprendre à les surpasser. C'est ainsi que les Français posséderont à leur tour des sciences et des arts que leurs voisins faisaient fleurir avant eux. Ils y porteront de leur côté la méthode, la clarté, la précision, le style et le goût qu'ils sont en possession de mettre dans tous leurs ouvrages ; talents qui semblent n'appartenir qu'à eux, et à qui seuls il appartient de consacrer à l'immortalité les découvertes utiles et la gloire du siècle qui les a produites. Un sujet mal traité par un auteur étranger deviendra un sujet tout neuf sous la plume d'un écrivain français : si l'un a fourni de meilleures idées, l'autre saura mieux les mettre en œuvre ; car, pour rendre à chacun la justice qui lui est due, si les bonnes choses se trouvent souvent chez les autres nations, il faut avouer au moins que ce n'est guère qu'en France que se font les bons livres. On gagnera donc de tous côtés à ces échanges mutuels; c'est de ce concours universel où les uns fourniront des maté-

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