‹ Correspondance littéraire (volume 5)Chapitre 104 sur 113 · GRAVEURS · texte numérisé non relu

GRAVEURS

Cars est le meilleur graveur pour l'histoire que nous ayons. Il excelle à rendre la manière des peintres d'après lesquels il a gravé. Le Moine, premier peintre du roi, avant Coypel, n'a rien fait de beau que Cars ne nous ait donné. U a malheureusement abandonné ou presque abandonné la gravure pour faire le commerce des estampes.

Cochin fils est un très-joli graveur; il dessine agréablement, finement et légèrement. Son génie est élégant, facile, abondant. l\ invente et compose au mieux. Quoique jeune, il a beaucoup gravé. Nous avons de lui presque toutes les fêtes de Versailles et de Paris ; beaucoup de vignettes, de frontispices et d'estampes pour des livres. Il est fils d'un bon gi-aveur. Cet artiste, qui est, outre cela, un homme d'esprit, est actuellement en Italie avec M. de Vandières, frère de M""* la marquise de Pompadour, pour y dessiner d'après nature.

Le Bas est un graveur à peu près dans le goût de Gochin, avec cette différence qu'il n'invente ni ne dessine guère d'original, n copie bien surtout Vl^ouwermans et Téniers. Il a beaucoup gravé, mais seulement en petit d'après ces deux peintres. Il néglige beaucoup la gravure pour le commerce. Ce qu'il a fait de mieux, ce sont ses premières gravures d'après Vi^ouwermans.

Lépicié est un bon graveur. Il a de l'esprit et des lettres ; il écrit passablement en prose et fait d'assez jolis vers qu'il met ordinairement au bas de ses estampes. Il est secrétaire de l'Académie de peinture, et est tout à fait propre pour cette place parce qu'il est poli, obligeant etcommunicatif.

Guay est un excellent graveur en pierres fines. Le bel antique n'est pas supérieur à ce qu'il fait. Il compose bien, et a fait grand nombre de morceaux où il y a plusieurs figures de la plus

grande beauté. Son dessin est fin, élégant et fini. 11 excelle surtout à faire des portraits en bague fort ressemblants. 11 est supérieur à feu Barier, qui était très-bon.

Roettiers père et fils sont deux excellents graveurs en médailles aussi bien que Marteau qui, de plus, grave en pierres fines.

— Les Comédiens français ont donné deux représentations d'une petite pièce nouvelle intitulée le Billet perdu. Le fond de cette agréable bagatelle est une tracasserie de société. 11 n'y a ni suite ni intrigue dans cette comédie. Ce sont quelques portraits fort chargés, faits sans x)ccasion par un petit maître d'un style plus ingénieux que facile. Les femmes ont été si révoltées des horreurs qu'on y dit d'elles qu'on a été obligé d'affaiblir beaucoup de choses, d'en retrancher d'autres et enfin de changer le titre de la pièce, qui sera jouée la troisième fois sous le titre de r Impertinent, Gresset disait qu'il faudrait l'intituler r Indécent, Les deux dernières scènes, qui sont les seules théâtrales, sont de l'abbé de Voisenon. Cet ouvrage, tel qu'il est, fait honneur à M. Desmahis, parce qu'on y a trouvé de l'esprit et du style. On s'accorde à dire que c'est une copie du Méchant.

— On vient de faire à Paris une édition de la Fable des Abeilles, ouvrage traduit de l'anglais de Mandeville ^ Le but de ce livre est de prouver que les vices sont essentiels à la société. J'ai trouvé dans ces quatre volumes des longueurs, des répétitions, des obscurités, des épisodes, des paralogismes et des choses lumineuses et profondes sur la politique, la philosophie et la religion.

— On a fait une édition des comédies de Regnard, qui est jolie et dans laquelle il y a quelques augmentations '.

— On vient de donner au théâtre de l'Opéra trois nouveaux actes'. Les paroles, qui sont ridicules, sont de Moncrif, et la musique est de trois musiciens différents. Celle à'Almasis^ qui

i. La première édition de la traduction de J. Bertrand est de Londres (Amsterdam), 1749, 4 vol. in-8.

2. Cette édition (Paris, 1750, 4 vol. in-12) est la première qui contienne le Carnaval de Venise, opéra imprimé en 1669.

3. Almasis et ïsmène avaient d*abord été représentés sur le théâtre des petits appartements à Versailles. Hs firent ensuite partie, avec Liniu, d*un spectacle coupé qui eut, selon M. de La)arte, vingt-quatre représentations consécutives, ce qui était un succès pour Tépoque et ne Justifie guère le dire de Raynal.

hlk NOUVELLES LITTÉRAIRES.

est de Roger, est froide et ridicule ; celle de Linusy qui est du marquis de Brassac, n*est que plate ; celle àUsmène^ qui est de Rebel et Francœur, est assez agréable ; mais elle est commune et pleine de souvenirs. Almasis et Ismène^ qui avaient été faits pour les petits appartements, viennent d'être donnés à Paris pour la première fois ; Linus est ancien^ mais on l'a assez rajeuni. Ce spectacle n'a point du tout réussi.

Il se répand une petite épitre de l'abbé de Lattaignant à l'abbé de La Porte; elle n'est ni légère ni ingénieuse. Mais elle est facile. On vient d'imprimer un Éloge de Petit *, le plus célèbre de nos chirurgiens. 11 est tourné d'une manière comaïune. Lejeune chirurgien qui l'a fait, appelé Louis, est pourtant un homme de grande espérance, et, si je ne me trompe, ce sera un jour un grand homme.

21 septembre 1750.

Daullé, notre meilleur graveur en portraits, vient de graver si parfaitement un tableau 'de Boucher que je crois que l'idée vous en sera agréable.

La scène de ce tableau est des plus gracieuses ; elle représente une mer doucement agitée ; c'est le moment qui suit la naissance de Vénus et celui de son triomphe. Cette déesse apparaît sur un flot plus élevé que les autres, dans l'attitude d'une femme à demi couchée dans un bain et qu'on verrait par le dos. Elle a la tête tournée vers l'épaule gauche, et caresse un pigeon qu'elle tient à la main ; trois naïades, agréablement groupées, la regardent avec admiration et lui présentent dans une grande coquille du corail et des perles. Derrière la déesse, on voit deux petits amours groupés ensemble ; celui qui est le plus près d'elle tient un pigeon. Sur le devant du tableau, dans la partie droite, deux grands tritons groupés avec un dauphin tiennent des

1. Éloge funèbre de M. Petit. Paris, 1760, in-4. Reproduit en tète da IVaitè d0t maUidies des ot de Petit, dont Louis donna une édition en 1758.

conques marines; l'un souffle dans la sienne pour publier le triomphe et la naissance de la déesse, l'autre regarde amoureusement les naïades, divinités subalternes, comme n'osant par respect regarder la déesse. Trois amours, groupés avec un dauphin, occupent la partie gauche du tableau et le milieu sur le devant. Au-dessus de la déesse et sur le fond d'un beau ciel clair voltigent cinq amours qui soutiennent un voile comme pour la garantir des rayons du soleil. Un de ces amours semble précéder la déesse et conduire les autres; il porte dans ses mains un carquois plein de flèches, les autres répandent des fleurs. Deux pigeons volent au-dessus de ces amours. Les naïades sont également coiflees de leurs cheveux, aussi bien que la déesse, qui est nue, mais dans une attitude modeste. Sa figure est de la plus élégante proportion. A travers l'eau de la mer et la draperie de linge sur laquelle repose Vénus, on croit apercevoir quelque partie d'une grande conque marine, qui lui sert comme de lit. Enfin, dans cette grande composition, tout respire la grâce et la beauté ; l'expression, la couleur, la touche et la perspective aérienne s'y trouvent à un degré éminent, ainsi que la correction du dessin. Daullé a parfaitement rendu le mérite de ce tableau dans toutes ses grâces.

— Vous avez su sans doute que l'archevêque de Sens avait dénoncé à l'assemblée du clergé les livres écrits contre la révélation et pour la religion naturelle qui se multiplient ici tous les jours ; nos prélats, occupés de leurs démêlés avec la cour et de leurs plaisirs, n'ont pas jugé à propos de se mêler dans cette affaire si délicate. La discussion de toutes ces choses a été renvoyée à la Sorbonne, qui s'en occupe sérieusement. Les livres qu'elle examine sont V Esprit des lois y V Histoire naturelle, les MœurSj la Lettre sur les aveugles, V Histoire de Vâme, les Pensées philosophiques^ et tout ce qui a été fait sur le clergé dans le cours de ses contestations sur le vingtième. Il commence à se répandre que la Sorbonne ne portera point de jugement doctrinal. Ces messieurs les docteurs craignent, dit-on, les arguments et les plaisanteries de nos philosophes.

— Réflexions de Af"* ***, comédienne française^. C'est une brochure d'un jeune homme qui a donné ce titre trompeur à son

Page 1